- Accueil ›
- Profession ›
- Socioprofessionnel ›
- Génériques : la France décroche (et ce n’est pas près de s’arranger)
© Getty Images
Génériques : la France décroche (et ce n’est pas près de s’arranger)
Alors que les génériques constituent partout un levier stratégique pour contenir les dépenses et financer l’innovation, la France reste enfermée dans une politique de prix bas et d’instabilité réglementaire. Résultat : les pharmacies sont fragilisées et le système de santé se prive d’un outil clé de soutenabilité.
Entre 2025 et 2029, près de 220 milliards de dollars de chiffre d’affaires basculeront des médicaments princeps vers les génériques et biosimilaires, selon le rapport d’Iqvia (The global use of medicines outlook through 2 029).
Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA), l’agence fédérale de régulation du médicament, facilite ce basculement grâce à des procédures d’enregistrement rapides qui permettent une substitution quasi immédiate. Ce modèle réactif génère rapidement des économies substantielles, tout en maintenant la capacité d’investir dans les innovations thérapeutiques.
En Europe, la mécanique est beaucoup moins fluide : Iqvia prévoit 25 milliards de pertes liées aux expirations de brevets d’ici 2029, mais seulement 10 milliards compensés par les génériques et biosimilaires.
La France : prix bas et instabilité réglementaire
La stratégie française repose depuis plus d’une décennie sur un mot d’ordre : tirer les prix vers le bas. Certaines boîtes de médicaments génériques sont aujourd’hui vendues à moins d’un euro, ce qui réduit considérablement la marge unitaire et vide ce marché de son attractivité économique.
À cette fragilité s’ajoute une incertitude réglementaire permanente. L’arrêté de juin 2025, qui devait plafonner les remises à 30 % pour les génériques et 15 % pour les biosimilaires, a finalement été suspendu sous la pression des syndicats. Ce recul n’efface pas le signal envoyé : celui d’un cadre instable et défavorable aux pharmaciens, déjà affaiblis par des baisses tarifaires répétées.
Officines : un effet ciseau destructeur
Les pharmacies françaises sont prises en étau :
– des prix toujours plus bas, imposés par le Comité économique des produits de santé (CEPS), qui minent la rentabilité;
– des remises commerciales fragilisées, pourtant vitales pour amortir l’érosion des marges;
– contrairement au modèle américain, où les génériques demeurent une source de marge indispensable pour les officines, en France ils se transforment en facteur de fragilité économique.
Un choix risqué pour l’avenir du système de santé
En fragilisant les pharmacies, la France affaiblit aussi son système de santé. Car le générique n’est pas seulement une alternative low-cost : c’est un outil stratégique permettant de financer l’innovation thérapeutique et de maîtriser l’explosion des dépenses.
En persistant dans une logique de prix cassés et d’instabilité réglementaire, la France s’expose à un double danger : moins d’économies pour l’Assurance maladie et un réseau officinal fragilisé. Une politique qui, loin de renforcer la soutenabilité du système, l’expose à un risque majeur de déséquilibre.
- Rémunération des pharmaciens : une réforme majeure se prépare-t-elle ?
- Les métiers de l’officine enfin reconnus à risques ergonomiques
- Remises génériques : l’arrêté rectificatif en passe d’être publié
- Réforme de la rémunération officinale : quelles sont les propositions sur la table ?
- Paracétamol : quel est cet appel d’offres qui entraînera des baisses de prix ?
- Comptoir officinal : optimiser l’espace sans sacrifier la relation patient
- Reishi, shiitaké, maitaké : la poussée des champignons médicinaux
- Budget de la sécu 2026 : quelles mesures concernent les pharmaciens ?
- Cancers féminins : des voies de traitements prometteuses
- Vitamine A Blache 15 000 UI/g : un remplaçant pour Vitamine A Dulcis

