« J’ai créé l’association Degetel en Moldavie »

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Publié le 8 octobre 2022
Par La rédaction
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Livraison de médicaments en Roumanie, rénovation des hôpitaux moldaves, accueil des réfugiés ukrainiens : engagé par nature, Philippe Chaudier n’a jamais cessé de se battre pour les causes qui lui importent.

Après tout ce que nous avons vécu, voir qu’il existe encore des personnes aussi dévouées et altruistes que Philippe me réchauffe le cœur. Il nous a donné un toit, à manger, et plus que tout un environnement sécuritaire pour mes enfants. Je lui serai éternellement reconnaissante. » Les yeux embués de larmes et le visage assombri par l’émotion, Inna ne masque ni l’affection ni la reconnaissance qu’elle éprouve pour son hôte. Originaire d’Odessa, les flammes de la guerre ont poussé la jeune mère de 32 ans à fuir. Comme elle, l’ensemble de sa famille – excepté les hommes réquisitionnés – a trouvé refuge à Ungheni, petite ville moldave frontalière de la Roumanie. C’est dans ce pays qu’un humanitaire infatigable, Philippe Chaudier, originaire de La Voulte-sur-Rhône (Ardèche), a choisi de poser ses valises. Et c’est dans sa maison que sont hébergées depuis plus de 6 mois pas moins de 13 personnes.

A 70 ans, l’homme à la poigne de fer et dont le visage reflète pourtant la douceur confie n’avoir pas hésité une seule seconde. « Il était minuit. Alors que j’allais m’endormir, je reçois un appel du commissaire d’Ungheni me demandant s’il était possible d’accueillir une famille de 16 réfugiés ukrainiens. Ma réponse ne se fit pas attendre : “Cela va nécessiter de la place et de mettre quelques lits par terre, mais pas de problème, je peux le faire.” Depuis, à l’exception de trois qui sont partis aux Etats-Unis, tous sont restés. » Engagé dans l’associatif et l’humanitaire depuis sa jeunesse, l’Ardéchois n’imagine pas un seul instant refuser.

L’humain comme passion

Philippe Chaudier s’est en effet intéressé au secteur humanitaire à l’aube des années 1970. Membre du Parti communiste et militant, le jeune homme intègre rapidement la sphère associative. « A 20 et quelques années, je présidais une association d’amicales laïques dans mon département natal, raconte le Rhônalpin. Nous avons créé un centre aéré pour les enfants à Romans-sur-Isère (Drôme). Longtemps, il est demeuré le plus performant du département, et il fonctionne encore très bien de nos jours. »

A la fin des années 1990, Philippe Chaudier part s’installer à Iasi, ville roumaine située à deux pas de la Moldavie. Loin d’inhiber sa fibre humanitaire, son arrivée dans les Carpates l’engage aussitôt dans une cause locale. « A chaque retour en France, je récupérais des médicaments à Lyon (Rhône) afin d’approvisionner l’hôpital pédiatrique de Ia s i, spécialisé dans les leucémies. » Sur place, il rencontre et collabore avec sœur Josette, une Française expatriée devenue l’une de ses plus proches amies. « Nous prenions d’énormes risques, car il était indispensable de maintenir les températures pour conserver notre marchandise durant l’ensemble du trajet en voiture, mais nous y sommes parvenus. La combine a fonctionné pendant de nombreuses années », ajoute le Voultain dans un clin d’œil.

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Degetel et PHI : associations sœurs

Le philanthrope décide en 2003 de traverser la frontière et s’installe à une quinzaine de kilomètres de là, à Ungheni, port fluvial moldave en plein essor bordant la rivière Prut. Rapidement, il se lie d’amitié avec le maire de la ville et, malgré la barrière de la langue initiale, le duo crée l’association Degetel. Sa vocation ? « L’éducation, le social et le médical », lâche laconiquement le Français. « Quand j’ai vu à quel point le pays était démuni, j’ai immédiatement décidé d’agir. Les hôpitaux étant délabrés, leur rénovation était l’un de nos principaux objectifs. » Face à ce constat, Degetel établit un partenariat avec l’association Pharmacie Humanitaire International (PHI) Anjou. Au fil des années, un fort lien d’amitié se crée entre Philippe Chaudier et Alain Daver, vice-président de l’association. En 15 ans, la collaboration franco-moldave permet l’acheminement de 32 camions pour approvisionner près d’une dizaine de centres médicaux en lits, médicaments, matériel médical… et même en ambulances. « L’hôpital d’Ungheni se trouvait dans une situation catastrophique, pose le septuagénaire. Les lits, datant de l’époque soviétique, n’avaient jamais été remplacés. Nous sommes parvenus à l’équiper complètement, notamment en y acheminant 400 lits. »

Main dans la main, les deux associations ne se contentent pas d’apporter le matériel, elles s’assurent également d’améliorer les conditions d’accueil des patients. « Lorsque nous donnons des biens aux hôpitaux, nous leur imposons la remise en état et aux normes des chambres, notamment en réduisant le nombre de lits, précise le président de Degetel. Je leur demande, ils préparent, et nous équipons. »

En 2020, l’arrivée du Covid-19, synonyme de fermeture des frontières, perturbe les activités des associations et l’expatrié connaît une période particulièrement difficile. « Ma femme était atteinte d’une maladie grave, nous nous sommes battus des années pour tenter de la vaincre. Malheureusement, sa santé a fini par avoir raison d’elle et elle s’est éteinte il y a maintenant deux ans, confie l’Unghenois. Dans la foulée, j’ai moi-même attrapé le Covid-19, et j’ai failli y passer. J’ai vécu une période noire. Aujourd’hui encore, j’avoue avoir du mal à en sortir. »

Lever le pied

Après toutes ces épreuves, l’humanitaire commence à se dire qu’il est temps de lever le pied… jusqu’à ce que la guerre en Ukraine vienne perturber ses plans. Désormais, il voue son énergie aux réfugiés ukrainiens. Outre son apport matériel et financier, c’est également un rôle de conseiller, presque paternel, que le veuf adopte à leurs côtés.

Son compagnon d’aventure, Alain Daver, s’avère sans doute être celui qui en parle le mieux. « C’est un homme qui a le cœur sur la main, il est toujours prêt à aider et se dévoue corps et âme dans chacune des causes qu’il embrasse. » Degetel et Pharmacie Humanitaire Internationale Anjou préparent un nouveau convoi de matériel médical à destination d’un hôpital moldave. Une fois ce dernier projet mené à son terme, celui qu’Alain Daver décrit comme un « immense collaborateur » prévoit de se retirer. « Je pense prendre une pause, planifie Philippe Chaudier , arrêter l’associatif. Vous savez, j’ai 70 ans, j’aimerais me rapprocher de ma famille et me reposer un peu. »

BIO Philippe Chaudier

1952 Naissance le 28 décembre 1952 à La Voulte-sur-Rhône (Ardèche)

1969 Enchaîne les projets associatifs depuis ses 17 ans

2003 S’installe en Moldavie où il crée l’association Degetel ; travaille pendant près de 20 ans avec Pharmacie Humanitaire Internationale Anjou sur la rénovation d’hôpitaux du pays