- Accueil ›
- Profession ›
- Socioprofessionnel ›
- Économie officinale : les 7 bombes à retardement
© Getty Images/iStockphoto
Économie officinale : les 7 bombes à retardement
Remises sur les génériques, Rémunérations sur objectif de santé publique, grilles salariales, ruptures de stock et préparations magistrales, missions non ou insuffisamment financées, l’USPO dresse un tableau bien noir de la situation économique des pharmacies.
1. Un écart de 300 M€ sur les chiffres de rémunération
L’Observatoire de l’économie, coanimé avec la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam), révèle une divergence d’appréciation majeure: + 300 millions d’euros de gains selon l’Assurance maladie, contre des estimations si inférieures pour Iqvia, GERS et Ospharm, que cela représente un différentiel de 16 000 € par pharmacie. « Cela fausse complètement la calibration conventionnelle. Les taux d’évolution diffèrent de 0,3 à 0,4 point, ce n’est pas neutre », alerte Pierre-Olivier Variot, président de l’USPO. La prévision pour 2025 est tout aussi sombre entre recul des remises sur les génériques et fin des missions liées au Covid-19 (− 50 M€).
2- Grille salariale : un surcoût de 9 000 € par officine
La réforme de la classification salariale, bien que jugée nécessaire, est rejetée par l’USPO pour des raisons économiques. Son coût global est estimé à 170 millions d’euros, soit environ 9 000 € par officine. « Ce n’est pas soutenable dans l’état actuel de l’économie officinale. À défaut de marges suffisantes, les titulaires devront choisir entre baisser leur revenu ou réduire les effectifs », prétend Pierre-Olivier Variot.
3- Rosp : malus injustifiés, traçabilité impossible
La Rosp continue de poser problème : malus pour instabilité de dispensation liée aux ruptures, pénalité pour usage du code « urgence », « oubli » que l’appli carte Vitale dont l’utilisation était exigée en 2024 n’a été déployée qu’en mars… 2025. Un tableau récapitulatif individuel est souhaité par le syndicat qui invite les titulaires à réclamer leurs justificatifs par écrit.
4- Ruptures de médicaments : triple peine pour les officines
Les tensions d’approvisionnement se multiplient sur des spécialités sensibles – sertraline, venlafaxine LP, quetiapine LP. Si l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) autorise ponctuellement le recours à certaines préparations magistrales, comme pour la sertraline le 14 mai, le problème n’est pas pour autant résolu.
Le tarif de prise en charge fixé par l’Assurance maladie est jugé trop faible par les façonniers, qui refusent de produire à perte. « Le tarif ne couvre ni le coût humain, ni les charges, ni le risque lié à l’achat de matière première », rappelle Pierre-Olivier Variot. Faute de producteurs volontaires et de monographies publiées, le dispositif est inopérant sur la sertraline.
La venlafaxine LP est désormais concernée, et l’ANSM pourrait publier de nouveaux tableaux de conversion. Mais la réalité est là : les stocks s’épuisent et les alternatives ne sont pas prêtes.
Au-delà du casse-tête thérapeutique, les ruptures pèsent directement sur l’économie des officines. Dans l’urgence, les pharmaciens doivent s’approvisionner auprès de laboratoires ou de distributeurs secondaires, hors de leurs accords habituels. Ces canaux n’offrent alors que des remises résiduelles, voire pas de remise du tout. À chaque rupture, les officines s’exposent au fond à une triple peine : perte de marge, surcharge de travail et risque de malus sur la Rosp en cas de substitution instable. Un engrenage économique délétère, dans un modèle de rémunération déjà fragilisé.
5- Génériques : les remises à 40 % sous haute tension
L’arrêté du 14 mai fixe un plafond de 40 % sur les remises génériques… jusqu’au 1er juillet seulement. Et ensuite ? Tout peut changer selon le bon vouloir du gouvernement. La profession craint un retour à 30 %, voire moins, sous décision unilatérale.
« C’est une machine à tuer les pharmacies rurales. Et à terme, toutes les pharmacies », prévient Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).
En conditionnant le maintien du plafond de 40 % à la conclusion d’une concertation d’ici au 1er juillet, le gouvernement impose de fait un agenda de négociation défavorable. « On nous dit : négociez vite sur les biosimilaires, sinon tout est gelé. C’est un levier pour imposer une réforme qui ne dit pas son nom », dénonce Pierre-Olivier Variot. Il règne d’ailleurs une ambiguïté sur les biosimilaires avec des gains promis qui, a priori, ne compenseront pas les pertes sur les génériques. Le risque ? Assister à un transfert à somme nulle, voire négative.
6- Préparations magistrales : un filet de sécurité percé
L’affaire de la sertraline illustre un échec réglementaire. L’ANSM autorise les préparations, l’Assurance maladie publie un tarif, mais aucun façonnier n’accepte de produire aux conditions édictées. « Le tarif est trop bas. Il ne couvre ni les charges, ni les risques. Résultat : des promesses intenables face aux patients. Si on laisse faire, demain toutes les préparations seront menacées », prédit Pierer-Olivier Variot.
7- Missions élargies : pas sans revalorisation
Les sept nouvelles missions issues du plan contre les déserts médicaux (Osys, vaccination du voyageur, consultations officinales) nécessitent investissements, ressources humaines et formation. « Ce ne sera pas à coût constant. Le président de la République l’a dit : la santé a un prix. Il est temps d’en tirer les conséquences. »
Dernier recours : l’avenant 2 en ligne de mire
Face à cette accumulation de signaux d’alerte, l’USPO appelle à rouvrir immédiatement les négociations conventionnelles. Le syndicat doit rencontrer le cabinet du ministre la semaine prochaine pour réclamer l’ouverture rapide d’un avenant 2. Objectif : réviser les hypothèses économiques, sécuriser la rémunération des nouvelles missions et retrouver un socle viable pour les années à venir.
- Rémunération des pharmaciens : une réforme majeure se prépare-t-elle ?
- Les métiers de l’officine enfin reconnus à risques ergonomiques
- Remises génériques : l’arrêté rectificatif en passe d’être publié
- Réforme de la rémunération officinale : quelles sont les propositions sur la table ?
- Paracétamol : quel est cet appel d’offres qui entraînera des baisses de prix ?
- Comptoir officinal : optimiser l’espace sans sacrifier la relation patient
- Reishi, shiitaké, maitaké : la poussée des champignons médicinaux
- Budget de la sécu 2026 : quelles mesures concernent les pharmaciens ?
- Cancers féminins : des voies de traitements prometteuses
- Vitamine A Blache 15 000 UI/g : un remplaçant pour Vitamine A Dulcis