Bruxelles met la pression pour une pharmacie durable

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Bruxelles met la pression pour une pharmacie durable

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Publié le 3 octobre 2025
Par Christelle Pangrazzi
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Limiter le gaspillage, encadrer la collecte des médicaments non utilisés, renforcer la formation des professionnels : l’Europe fixe sept recommandations pour réduire l’empreinte écologique du médicament. La France, déjà en action, entend jouer un rôle moteur dans la révision de la législation pharmaceutique.

En septembre 2025, le réseau des chefs d’agences (HMA) a présenté le rapport final d’un groupe d’experts mandatés par 13 États membres de l’Union européenne, l’EMA et la Commission. Quatre années de travaux (2020-2024) ont débouché sur sept recommandations phares pour réduire l’impact environnemental du médicament :

– renforcer le bon usage, notamment des antibiotiques, pour contenir l’antibiorésistance ;

– former les étudiants et les professionnels de santé aux enjeux écologiques ;

– informer le public et les soignants sans verdissement excessif, en encadrant les allégations des titulaires d’AMM ;

– limiter le gaspillage grâce à des conditionnements adaptés, des emballages durables et une durée de conservation allongée ;

– réduire et mieux trier les déchets médicaux ;

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– développer la collecte des médicaments non utilisés (MNU), dans une logique de responsabilité élargie du producteur (REP) ;

– intégrer une expertise environnementale dans les comités d’évaluation des médicaments.

Ces mesures sont appelées à nourrir la révision de la législation pharmaceutique européenne attendue pour 2026.

La France, représentée par l’ANSM, a pris une part active à ces travaux en pilotant trois des sept chantiers. Ce rôle s’inscrit dans une politique publique déjà structurée, où l’État, les agences sanitaires, les industriels et les pharmaciens sont mobilisés.

Antibiorésistance : un objectif fixé à 2034

La consommation française d’antibiotiques reste 30 % supérieure à la moyenne européenne (données Santé publique France 2023). En ville, près de 750 prescriptions pour 1 000 habitants ont été recensées en 2022. Malgré une baisse tendancielle depuis vingt ans, la surconsommation persiste.

La feuille de route interministérielle 2024-2034 inscrit la lutte contre l’antibiorésistance dans une approche « Une seule santé ». L’ANSM y contribue via la publication régulière de données de consommation, la diffusion de recommandations d’usage raisonné et le relais des campagnes nationales en officine.

Former à l’écologie pharmaceutique

Les facultés de santé sont désormais incitées à intégrer l’impact environnemental des soins dans leurs cursus. Quelques universités ont déjà introduit des modules d’« éco-prescription ». Côté formation continue, les ordres et syndicats professionnels initient les premiers programmes.

Cette acculturation vise à sensibiliser les futurs médecins, pharmaciens et infirmiers à la gestion des déchets, aux résidus médicamenteux dans l’eau et à l’empreinte carbone des pratiques.

Cyclamed, un modèle français à consolider

La collecte des médicaments non utilisés constitue un atout majeur du dispositif français. En 2023, 8 600 tonnes de MNU ont été rapportées en pharmacie et traitées par l’éco-organisme Cyclamed. Ce chiffre reste stable, confirmant l’efficacité du maillage officinal.

Parallèlement, les déchets d’activités de soins à risque infectieux (DASRI) sont pris en charge dans des filières dédiées, représentant environ 170 000 tonnes par an en France.

Mais les marges de progrès sont réelles : l’Agence européenne pour l’environnement estime que des résidus pharmaceutiques sont encore détectés dans plus de 50 % des rivières européennes, signe que les filières de collecte et d’élimination doivent être renforcées.

Écoconception : la nouvelle frontière

L’ANSM pilote, avec les industriels, un groupe thématique « Pratiques industrielles » centré sur l’écoconception. Objectifs : adapter les conditionnements aux durées réelles de traitement, développer des emballages recyclables et prolonger la conservation des spécialités.

Ces évolutions visent à réduire les destructions prématurées, limiter l’usage du plastique et abaisser l’empreinte carbone de la chaîne du médicament.

L’évaluation environnementale gagne du terrain

Depuis quelques années, les dossiers d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) incluent un volet environnemental. Si ces critères n’empêchent pas encore une mise sur le marché, leur poids dans l’évaluation est appelé à croître.

La France plaide au niveau européen pour une harmonisation stricte, afin que chaque nouveau médicament soit jugé à l’aune de son efficacité clinique mais aussi de son impact écologique.

Pharmaciens : un rôle central à jouer

Les pharmaciens sont déjà au cœur de ce dispositif, par leur rôle dans la collecte Cyclamed et la sensibilisation des patients. Demain, ils pourraient être davantage impliqués dans la lutte contre l’antibiorésistance, la réduction du gaspillage et l’information sur les bonnes pratiques environnementales.

L’Europe fixe un cap. La France, forte de ses dispositifs existants, entend montrer l’exemple. Mais la réussite passera par une transformation profonde des pratiques professionnelles, industrielles et officinales.

« Le médicament doit être pensé tout au long de son cycle de vie, de sa conception à son élimination », rappelle l’ANSM. Une exigence qui place les officinaux au cœur de la transition écologique du système de santé.

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