- Accueil ›
- Profession ›
- Socioprofessionnel ›
- Les remises sur les biosimilaires compenseront-elles la perte des remises génériques ?
© Getty Images
Les remises sur les biosimilaires compenseront-elles la perte des remises génériques ?
Avec l’entrée en vigueur du plafonnement des remises génériques à 30 % dès le 1er août 2025 et à 20 % en 2027, la marge des officines risque de prendre du plomb dans l’aile. Le gouvernement parie sur les biosimilaires pour compenser. Mais à ce stade, les projections restent défavorables. Une refonte du mode de rémunération pourrait-elle rééquilibrer les comptes ?
Les simulations établies par la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) révèlent une perte de marge brutale liée à la baisse du plafond des remises génériques. Elle est estimée entre 170 et 260 millions d’euros par an à 30 %, et pourrait atteindre 520 millions d’euros par an si le plafond est abaissé à 20 % en 2027.
Le gain escompté sur les biosimilaires, plafonnés à 15 %, reste quant à lui très incertain. Il oscille entre 43 et 180 millions d’euros selon les hypothèses de substitution. « Nous passons d’un modèle d’équilibre à une économie déficitaire. Il s’agit d’un arbitrage en faveur de l’industrie, pas d’un choix de santé publique », dénonce Philippe Besset.
Un avenant 2 est-il une solution ?
Pour Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), la réponse à cette impasse est claire. Il faut rouvrir immédiatement la négociation conventionnelle avec un avenant 2 dédié au mode de rémunération. « Il faut se pencher rapidement sur ce chantier. Le cabinet du ministre de la Santé nous a dit : allons-y. Il faut compenser la perte sèche imposée par l’arrêté du 1er août », affirme-t-il.
L’objectif est d’instaurer un nouveau mécanisme de financement indépendant des marges commerciales. Il reposerait sur l’activité réelle des officines, la sécurisation des volumes et la valorisation des missions. « Si la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) n’est pas en capacité de remettre de l’argent sur la table, il faudra bien qu’on trouve une autre solution. Sinon, c’est la faillite programmée du réseau », avertit-il.
Le signal positif du ministère
Selon Pierre-Olivier Variot, le ministre délégué à la Santé et sa directrice de cabinet se sont déclarés favorables à une concertation technique. Il s’agit de construire un modèle moins dépendant des remises génériques et plus stable à long terme.
« Ce que nous proposons, c’est de sortir de la logique d’affrontement sur les remises pour entrer dans une logique de sécurisation de l’économie officinale. »
La FSPF dénonce un reniement conventionnel
La FSPF rappelle que le plafonnement à 30 % contrevient à la trajectoire négociée dans l’avenant conventionnel de 2024. Celle-ci prévoyait une croissance annuelle de 2 % des ressources jusqu’en 2027 à condition de maintenir les remises génériques à leur niveau de départ. « Le gouvernement a rompu cet engagement. L’arrêté du 1er août est une trahison. Nous entrons dans la politique du pire », affirme Philippe Besset.
Le président de la FSPF n’écarte pas la possibilité d’un avenant, mais pose comme préalable l’abandon des plafonds à 30 et 15 %, ainsi que du 20-20 prévu pour 2027.
Offensive parlementaire à venir
Les syndicats entendent désormais porter le débat sur le terrain législatif. Une mobilisation intersyndicale est annoncée pour le 18 septembre, jour de présentation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Objectif : obtenir un amendement parlementaire rétablissant un plafonnement à 40 % sur les génériques et 15 % sur les biosimilaires.
« Ce que nous demandons au gouvernement, c’est une cohérence. On ne peut pas exiger des pharmaciens qu’ils assurent la permanence des soins tout en les privant des ressources qui garantissent la survie de leur officine », déclare Pierre-Olivier Variot.
Vers une transformation du modèle officinal
Derrière le débat technique sur les remises se joue l’avenir du modèle économique des pharmacies. La substitution des biosimilaires, même encouragée, ne suffira pas à combler la perte de marge sur les génériques. Le répertoire reste restreint et les volumes limités.
La seule issue viable passe par une refonte complète du système de rémunération, assise sur un avenant 2. Encore faut-il que cette piste soit portée de manière unitaire par la profession et validée comme prioritaire par le gouvernement.
- Rémunération des pharmaciens : une réforme majeure se prépare-t-elle ?
- Les métiers de l’officine enfin reconnus à risques ergonomiques
- Remises génériques : l’arrêté rectificatif en passe d’être publié
- Réforme de la rémunération officinale : quelles sont les propositions sur la table ?
- Paracétamol : quel est cet appel d’offres qui entraînera des baisses de prix ?
- Comptoir officinal : optimiser l’espace sans sacrifier la relation patient
- Reishi, shiitaké, maitaké : la poussée des champignons médicinaux
- Budget de la sécu 2026 : quelles mesures concernent les pharmaciens ?
- Cancers féminins : des voies de traitements prometteuses
- Vitamine A Blache 15 000 UI/g : un remplaçant pour Vitamine A Dulcis