Les dépenses de médicaments restent sages

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Publié le 4 décembre 2021
Par Francois Pouzaud
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La crise sanitaire a profondément affecté la trajectoire des comptes de l’Assurance maladie qui connaît un déficit historique pour la deuxième année consécutive, estimé à 31 milliards d’euros en 2021. La faute n’en revient pas aux boîtes de médicaments.

Grevé par des dépenses exceptionnelles liées à la crise sanitaire, l’objectif national des dépenses d’Assurance maladie (Ondam) 2020 est dépassé de 13,8 Md€ par rapport à celui fixé dans la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2020. Dans le même temps, « les soins de ville ont très peu progressé l’an dernier et leur coût aurait même diminué si on n’intégrait pas les tests de dépistage du Covid-19. Les dépenses de l’Assurance maladie auraient connu la plus faible évolution depuis 1950 », souligne Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).

Il faut dire qu’une étude de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) sur le suivi des médicaments en ville fait état d’un déficit de soins et de maladies sous-traitées. « Les prescriptions d’antibiotiques avec l’application des mesures barrières ont baissé, les populations ne se vaccinent plus, la vaccination des bébés et le rappel des vaccinations de l’adulte ont chuté de plus de 30 % », ajoute-t-il. Une raison de plus, selon lui, pour que les pharmaciens d’officine continuent de se positionner en fers de lance de la stratégie vaccinale en France et pour l’inscrire dans la prochaine convention pharmaceutique.

Même si la crise sanitaire a fait chuter drastiquement – de 30 % à 60 % entre 2020 et 2021 – le nombre de boîtes prescrites et vendues lors des flambées des pathologies saisonnières, le marché du médicament est en croissance. Sur les cinq premiers mois de l’année 2021, les chiffres de l’Assurance maladie montrent une augmentation des dépenses de médicaments de 600 M€ par rapport à l’année précédente. Or, dans le même temps, la rémunération des pharmaciens enregistre une perte de 140 M€. La faute certainement aux médicaments chers, car la prescription médicale en ville ne s’enflamme pas. « L’activité des médecins généralistes est légèrement supérieure aux années passées (+ 6 %), mais a été en recul cet été (- 3 %) par rapport à 2020. Et, sur la période de janvier à août 2021, les consultations sans remise d’une prescription au patient ont progressé de 17 % par rapport à l’année précédente », signale David Syr, directeur général adjoint de Gers Data.

La convention doit tenir compte des impacts des PLFSS

L’exécution des baisses de prix des médicaments remboursables pour atteindre les objectifs d’économies de la LFSS 2021 (640 M€ en net) à fin août a déjà eu un rendement de 169 M€ en économies pour la Sécurité sociale et les prévisions sur les mois restants (d’ici à fin décembre) sont de 181 M€, soit 350 M€ en impact annuel, selon des données du Gers. « Ce qui sera en dessous de l’objectif à atteindre (réalisé estimé à 70 %) en l’absence de nouvelles baisses de prix », indique David Syr. Voilà qui n’est pas de nature à rassurer les syndicats pharmaceutiques qui gardent un œil attentif sur un projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) « qui chaque année nous fait les poches, un élément qu’il faudra désormais intégrer dans la convention pharmaceutique et dans l’évolution de notre mode de rémunération », demande Philippe Besset.

CONTRIBUTEUR

DAVID SYR

(Gers Data)

PHILIPPE BESSET

(FSPF)

L’analyse

Le marché du médicament remboursable est en croissance de 9,61 %, mais il intègre les actes et les tests antigéniques réalisés à l’officine dans le cadre des missions dérogatoires « Covid-19 », au grand dam de la FSPF qui dénonce une absurdité comptable.

Le poids des médicaments pris en charge à 100 % au titre d’une affection longue durée (ALD) évolue moins vite que celui des spécialités remboursées à 15 %.

Le poids des remboursements de l’Assurance maladie est augmenté également par l’ampleur des dépenses de médicaments de la rétrocession hospitalière : la part de cette dernière dans la dépense totale de médicaments est de 9,8 % en 2020 contre 10,3 % en 2019.

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