Génériques : faut-il ou non constituer dès maintenant des stocks ?

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Génériques : faut-il ou non constituer dès maintenant des stocks ?

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Publié le 29 août 2025 | modifié le 1 septembre 2025
Par Christelle Pangrazzi
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Depuis la publication de l’arrêté plafonnant les remises sur les médicaments génériques à 30 % (et à 15 % sur les médicaments biosimilaires), les pharmaciens s’interrogent : faut-il stocker, anticiper, attendre ? Entre la prudence de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et les recommandations plus offensives de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), le réseau cherche la voie la moins périlleuse.

Pour Guillaume Racle, élu national au bureau de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), la prudence doit primer. « La baisse des remises entraînera une baisse des prix. Or, nul ne sait aujourd’hui quelles molécules seront concernées ni à quelle échéance. Celui qui stocke prend donc le risque d’acheter ses médicaments plus cher qu’il ne pourra ensuite les vendre. »

Et de rappeler que les officines disposent déjà d’un volant moyen de 15 jours de stock : « Cela nous amène mécaniquement au 18 septembre, date de la prochaine réunion du Comité économique des produits de santé (CEPS) où les prochaines réunions de baisses de prix seront actées. Stocker massivement avant, c’est jouer à quitte ou double. »

« Commander deux mois de stock » : la lecture de la FSPF

Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), adopte une position plus offensive. « Pour bénéficier des remises encore valables jusqu’au 31 août, je conseille de commander jusqu’à fin octobre, soit deux mois de stock », recommande-t-il.

Il confirme que la réunion du Comité économique des produits de santé (CEPS) du 18 septembre doit acter les baisses de prix des génériques. « Même si elles sont décidées ce jour-là, elles ne seront applicables qu’après publication au Journal officiel, au mieux le 1er octobre, plus probablement le 1er novembre. Avec les règles de découlement des stocks des grossistes et pharmaciens, il reste un délai pour écouler les volumes commandés. »

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Contrats en cours : la bataille juridique

L’incertitude reste vive sur l’application des contrats en cours. « L’arrêté sera contesté, assure Guillaume Racle. Pour nous, les contrats signés doivent s’appliquer au moins jusqu’au 31 décembre. »

Mais tous ne partagent pas cette lecture. Certains juristes estiment que le droit de la Sécurité sociale prime sur les contrats commerciaux, ce qui limiterait la portée de cette contestation. Les positions divergent donc, et aucune issue claire n’est encore tranchée.

« Gare aux effets d’aubaine »

L’USPO insiste aussi sur l’opportunisme de certains laboratoires. « Nous voyons déjà des génériqueurs profiter de la réforme pour abaisser les remises de molécules qui n’étaient pas concernées par la fourchette 30-40 %. C’est une dérive contre laquelle les pharmaciens doivent rester attentifs », alerte Guillaume Racle.

Des négociations à rebattre

Pour Philippe Besset comme pour Guillaume Racle, une certitude s’impose : les discussions 2026 vont redistribuer les cartes. « L’industrie, qui va récupérer des marges, pourrait être amenée à rehausser les remises sur certaines molécules aujourd’hui très basses », estime Guillaume Racle. Philippe Besset, lui, rappelle que « les pharmaciens devront rester mobilisés pour défendre leur équilibre économique ».

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