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80 millions pour l’État, 300 millions pour les pharmaciens : quel est le vrai impact de la baisse des remises pour les officines ?

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80 millions pour l’État, 300 millions pour les pharmaciens : quel est le vrai impact de la baisse des remises pour les officines ?

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Publié le 1 septembre 2025
Par Christelle Pangrazzi
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Pour l’administration, l’abaissement du plafond de remise de 40 à 30 % représenterait 80 millions d’euros de pertes pour les pharmacies. Les syndicats, eux, avancent des chiffres presque quatre fois supérieurs, entre 271 et 289 millions d’euros par an. La différence atteint près de 200 millions d’euros. Le gouffre illustre l’ampleur du désaccord.

L’explication tient d’abord à une hypothèse de périmètre. L’administration a limité ses calculs aux seules spécialités déjà positionnées à 40 %. En passant de 40 à 30, la perte est effectivement contenue. Mais les syndicats rappellent une réalité de marché : lorsqu’un génériqueur de tête place une molécule à 40 %, les autres laboratoires sont contraints de s’aligner. Des spécialités initialement à 20 ou 25 % de remise sont ainsi « remontées » à 40 %. En les plafonnant à 30 %, ces molécules subissent elles aussi l’impact. Ce mécanisme d’entraînement, appelé effet de leader, explique l’essentiel de la divergence.

La MDL, un multiplicateur de pertes

À ce premier décalage méthodologique s’ajoute la mécanique de la marge dégressive lissée (MDL). Ce dispositif réglementaire fixe une rémunération variable pour l’officine selon le prix du médicament : plus le prix fabricant HT est élevé, plus le taux de marge appliqué diminue.

Or, le 18 septembre prochain, le Comité économique des produits de santé (CEPS) annoncera des baisses de prix sur de nombreux produits, réduisant mécaniquement la marge unitaire du pharmacien. Lorsque ces baisses de prix touchent des molécules déjà concernées par le plafonnement des remises, l’impact se cumule :

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– la remise passe de 40 à 30 %, réduisant la part commerciale ;

– le prix plus bas entraîne une marge MDL plus faible.

Ce double effet de ciseaux explique pourquoi les syndicats estiment la perte réelle non pas à 80 millions d’euros, mais proche de 300 millions.

Une bataille de chiffres aux conséquences politiques

Cette controverse n’est pas qu’un débat comptable. En affichant 80 millions, l’État présente la mesure comme un effort limité, « soutenable » pour les officines. En avançant près de 300 millions, les syndicats veulent démontrer qu’il s’agit d’une remise en cause structurelle du modèle économique officinal. La bataille des chiffres devient ainsi une bataille de récit : qui imposera sa version de la réalité avant l’arbitrage politique ?

Un calendrier resserré, un risque accru

Le débat intervient dans une séquence où les négociations entre l’administration et les professionnels vont s’enchaîner : le 3 septembre avec les cabinets du ministère de la santé, le 5 septembre à Matignon, puis le 18 septembre au CEPS. Derrière ces rendez-vous se joue la possibilité d’un ajustement du plafond des remises avant que les baisses de prix n’interviennent. Une fois la double mécanique enclenchée – remise abaissée et MDL rognée – le risque est celui d’une fragilisation durable des trésoreries d’officine. Et le possible effondrement de tout un réseau.

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