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UDGPO : « Le tout honoraire serait un suicide pour la profession »
Alors que l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) explorent une refonte du modèle économique des officines, Laurent Filoche, président de l’Union des groupements de pharmaciens d’officine (UDGPO) hausse le ton. Il se positionne contre un basculement « tout honoraire », rappelant les enjeux financiers autour des remises génériques et des biosimilaires.
Vous refusez la piste « tout honoraire », mais elle n’a pas forcément été évoquée par les syndicats…
Laurent Filoche. Aujourd’hui, 70 % de la rémunération des pharmaciens provient déjà des honoraires. Ce qui est proposé et porté à réflexion, c’est d’aller à 100 %, donc d’être financés majoritairement voire quasi uniquement par la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam). Or la Cnam est exsangue : 23 milliards d’euros de déficit, 30 milliards annoncés l’an prochain. Elle gèle déjà des revalorisations chez les kinésithérapeutes et les médecins spécialistes. Miser exclusivement sur elle, c’est la paupérisation assurée.
On pourra vous rétorquer que la profession est trop dépendante des remises octroyées par les laboratoires…
Ce n’est pas une dépendance, c’est un équilibre. Nous négocions des coopérations commerciales avec les fabricants de médicaments génériques, mais aussi, par exemple, avec Sanofi Pasteur sur les vaccins. Renoncer à ces revenus serait “se suicider”, je pèse mes mots. Les honoraires sont légitimes sur la délivrance et le bon usage ; mais il faut conserver des revenus issus de relations commerciales avec l’industrie, et ouvrir des partenariats avec des mutuelles ou des assureurs.
Que demandez-vous précisément ?
Deux engagements écrits sous une semaine : primo, l’abandon du “tout honoraire”; secundo, l’association formelle des groupements – Union des groupements de pharmaciens d’officine (UDGPO) et Federgy – aux travaux sur le modèle économique. Si, mardi prochain 21 octobre, rien ne bouge, nous allons créer l’Union des pharmacies groupées de France (UPGF).
Avec qui sera créé ce nouveau syndicat ?
L’Union des pharmacies groupées de France (UPGF) sera un syndicat de pharmaciens avec un conseil d’administration où siégeront l’Union des groupements de pharmaciens d’officine (UDGPO) et, s’ils le souhaitent, Federgy et l’Union nationale des pharmacies de France (UNPF). L’objectif est clair : peser dans le débat syndical et faire entendre la voix des pharmacies groupées.
Comment comptez-vous peser ?
Il existe deux voies : la reconnaissance par le ministre de la Santé, comme Philippe Douste-Blazy l’avait fait pour l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) ou les élections des Unions régionales des professionnels de santé (URPS) de fin 2027. Nous pouvons mobiliser très vite 3000 pharmacies d’ici fin décembre si nous lançons l’UPGF, puis plus de 10 000 d’ici 2027. Tous les pharmaciens sont groupés ; tous ne sont pas syndiqués. Notre base dépasse, et de loin, les syndicats en place. Nous officialisons donc un ultimatum. Beaucoup, y compris parmi les affiliés de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et de l’USPO, ne mesurent pas ce que signifie “transformer le modèle économique” sans associer les groupements. Il ne faut pas redouter notre point de vue. Nous avons été des supplétifs utiles à chaque crise : contre les plateformes, face à Leclerc, jusque devant la Cour de Justice de l’Union européenne. Nous ne laisserons pas la profession aller dans le mur, sans consultation.
Quelles conséquences concrètes voyez-vous au passage au « tout honoraire » ?
Le “tout honoraire”, c’est la fin des fonds de commerce. Les pharmaciens investissent, bâtissent un capital transmissible. Si nous devenons dépendants à presque 100 % de la Cnam, ce patrimoine disparaît. Demain, nous serons des “fonctionnaires du médicament”, sous perfusion, et l’État décidera qui survit. »
Au Royaume-Uni, l’enveloppe est capée : quel que soit le nombre de boîtes délivrées, le budget est le même. Résultat : des chaînes quittent le marché, comme Lloyds, et les indépendants ne s’en sortent qu’en multipliant des services payants aux patients. C’est exactement ce que nous voulons éviter.
La mission conjointe de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale des finances (IGF) sur les flux économiques des officines peut-elle rebattre les cartes ?
Nous sommes très transparents : nos accords commerciaux sont validés par nos avocats. L’État les connaît. Cette mission ressemble à de la poudre aux yeux. Juridiquement, tout est bordé, c’est du droit commercial. À moins de changer la loi, on ne voit pas ce qui serait reprochable.
Les partisans de la décorrélation entre volumes et rémunération y voient une modernisation
Ce n’est pas tenable. Dès l’an prochain, les tombées de brevets côté génériques représentent 1 milliard d’euros d’économies potentielles. Sur les médicaments biosimilaires, c’est 5 milliards d’euros d’ici 2030. Abandonner les coopérations commerciales, c’est perdre 6 milliards d’euros pour la profession… et pour l’Assurance maladie. Et quand on entend que l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) ne serait relevé que de 1 %, il est illusoire d’imaginer compenser 2,5 milliards d’euros pour simplement rester au niveau actuel.
Se recentrer sur le service au patient n’impose-t-il pas d’aller vers une rémunération exclusive à l’honoraire ?
Nous sommes pour le bon usage, la vaccination, l’observance, l’accompagnement ; les groupements y travaillent déjà. Mais cela demande des investissements (locaux, équipes, équipements). Croire que la Cnam pourra tout financer est illusoire. Notre cœur de métier demeure la délivrance ; elle doit reposer sur deux piliers : honoraires et relations commerciales.
Souhaitez-vous figer la situation actuelle ?
Non. Nous sommes ouverts à discuter avec les industriels et les pharmaciens pour ajuster le modèle. Ce que nous refusons, c’est une vision dogmatique qui mettrait les officines en danger. L’État doit rémunérer correctement les missions (qui n’ont plus rien de “nouvelles”), et nous laisser négocier la valeur sur la délivrance.
La mission Igas-IGF risque aussi de porter sur la financiarisation
On confond tout. Des fonds ont investi dans quelques pharmacies, souvent à perte ; c’est infinitésimal à l’échelle du réseau. La comparaison avec la biologie n’a aucun sens : on ne transforme pas une officine en centre de prélèvement avec plateaux techniques. En officine, les gains de productivité sont sans commune mesure. Et quand on voit des redressements judiciaires aujourd’hui, on se demande bien où serait “l’eldorado” pour les investisseurs…
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