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Halte aux passe-droits accordés aux laboratoires : dans son officine, Philippe Besset met le ministre de la Santé face aux réalités du comptoir

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Halte aux passe-droits accordés aux laboratoires : dans son officine, Philippe Besset met le ministre de la Santé face aux réalités du comptoir

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Publié le 2 septembre 2025
Par Christelle Pangrazzi
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À Limoux, le président de la FSPF a reçu le ministre Yannick Neuder. Un échange de quarante minutes, sans langue de bois, où il a dénoncé l’arrêté du 4 août plafonnant les remises génériques, pointé les pénuries et rappelé l’urgence économique qui menace le réseau officinal.

Devant son comptoir, Philippe Besset a voulu frapper fort. « Ce que des milliers de pharmaciens répètent depuis des semaines, je l’ai dit au ministre : le passe-droit accordé aux laboratoires par l’arrêté du 4 août met en danger la santé de chacun d’entre nous », affirme-t-il.
Pour le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) la mécanique est connue : le plafonnement des remises à 30 % sur les génériques freine la politique du générique, fragilise les officines et les emplois, accroît l’opacité des prix et accentue le risque de ruptures.

Les chiffres donnent la mesure du danger : 1 500 pharmacies ont disparu en dix ans et la tendance reste lourde, avec 200 à 300 fermetures supplémentaires prévues chaque année. « Et tout cela, sans réaliser la moindre économie pour l’Assurance maladie », insiste-t-il.
Sa demande est claire : « Suspendre puis abroger l’arrêté du 4 août, et ouvrir avant le PLF/PLFSS une clause de revoyure qui protège la santé de proximité et les génériques. »

Crise immédiate et perspectives à long terme

Le ministre de la Santé, Yannick Neuder, dit avoir conscience de l’ampleur du problème. Selon Philippe Besset, « il estime que la crise actuelle est le révélateur d’un enjeu plus large : il faut redonner une perspective aux pharmaciens, refonder un modèle ».
Mais le président de la FSPF martèle : « Pour penser l’avenir, encore faut-il régler l’urgence. Je lui ai dit que s’il voulait dépasser la crise, il fallait envoyer une lettre de mission à l’Assurance maladie pour reprendre les travaux. »

Des réunions décisives début septembre

Philippe Besset compte poursuivre cette offensive lors de deux rendez-vous cruciaux : le 3 septembre avec Catherine Vautrin et Yannick Neuder, puis le 5 septembre avec les conseillers de Matignon.

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Selon une étude du cabinet de conseil La Longue Vue, menée avec la FSPF, la baisse des remises génériques entraînerait une perte moyenne de 30 000 euros par an et par officine, soit la disparition de 791 pharmacies, la suppression de 2 300 emplois et la mise en péril de l’accès au médicament pour 884 208 Français.

Pénuries : « pas une boîte de quétiapine »

La visite a aussi permis de rappeler le quotidien des titulaires. « Je n’ai plus de quétiapine en stock, pas une boîte, rapporte Philippe Besset. J’étais de garde ce week-end et, face aux patients, c’est compliqué. » Pour lui, revenir au comptoir est indispensable pour mesurer la tension vécue par les équipes : « Ça permet de se remettre en colère », glisse-t-il.

« Le seul gagnant, c’est l’industrie générique »

L’arrêté du 4 août ne profite à personne d’autre, selon la FSPF, que l’industrie du générique. « En abaissant les plafonds, on empêche les pharmaciens de négocier. Les laboratoires vendront plus cher, feront plus de marge et gagneront davantage », explique Philippe Besset.

À ceux qui imaginent un accord tacite entre l’État et l’industrie pour compenser les baisses de prix, il répond : « Le Comité économique des produits de santé fixe les prix. Quand il y a une baisse, les pharmaciens en supportent la moitié via les remises. Plus le plafond est haut, plus l’État y gagne, car il connaît le vrai prix auquel les laboratoires peuvent descendre. Ce que recherche l’industrie, c’est l’opacité. »

Une séquence politique à haut risque

À Limoux, le message est passé directement, sans filtre technocratique : « J’ai demandé des actes, pas des promesses », martèle Philippe Besset.

La séquence de septembre sera décisive. Entre réunions ministérielles et rendez-vous à Matignon, la profession attend des signaux clairs. « Nous voulons des réponses », conclut le président de la FSPF.

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