Yannick Neuder annonce la fin du numerus apertus

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Yannick Neuder annonce la fin du numerus apertus

Publié le 13 juin 2025
Par Christelle Pangrazzi
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Le ministre chargé de la Santé et de l'Accès aux soins a confirmé jeudi 12 juin la suppression du numerus apertus dès le 17 juin, avec pour ambition d’augmenter le nombre de médecins formés en France. Objectif : regagner la main sur une démographie médicale en crise et renforcer les filières en tension, notamment la psychiatrie.

« Je vais supprimer le numerus apertus, pour former plus de médecins, le 17 juin », a déclaré jeudi matin sur France Inter Yannick Neuder, ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins. Ce changement de cap s’inscrit dans la continuité de la proposition de loi qu’il avait lui-même déposée à l’Assemblée nationale en 2023, alors qu’il était député. Adoptée par les députés en décembre, cette réforme est désormais à l’ordre du jour du Sénat le 17 juin prochain.

Une régulation jugée encore trop restrictive

Instauré par la loi « Ma santé 2 022 » pour remplacer le numerus clausus, le numerus apertus prévoyait un seuil minimal d’admission en deuxième année de médecine, défini localement par les universités, en concertation avec les ARS. Mais pour le ministre, ce dispositif reste insuffisant pour faire face à la pénurie médicale : « Le numerus apertus est encore beaucoup trop restrictif », a-t-il répété ce matin.

Le gouvernement entend désormais aller plus loin et lever les dernières barrières à l’entrée en médecine. Une manière, selon Yannick Neuder, de freiner l’exil massif d’étudiants français vers la Roumanie, l’Espagne ou la Belgique, en quête d’une formation plus accessible. « Il faut récupérer nos étudiants partis à l’étranger », a-t-il insisté.

Psychiatrie : faire sauter le verrou de l’attractivité

En parallèle, le ministre a détaillé les mesures du plan santé mentale présenté la veille par le gouvernement. L’un des volets prioritaires concerne l’augmentation du nombre d’internes en psychiatrie. L’objectif est de passer de 500 à 600 internes formés chaque année à partir de 2027, tout en intégrant systématiquement un stage en psychiatrie dans les cursus en santé, y compris pour les professions paramédicales.

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« La psychiatrie ne doit plus être le parent pauvre de l’hôpital », a martelé Yannick Neuder, évoquant une « urgence à renforcer la prise en charge de la santé mentale, particulièrement chez les jeunes ».

300 000 personnes formées aux premiers secours psychiques

Au-delà du monde hospitalier, le plan gouvernemental prévoit un élargissement du repérage précoce des troubles psychiques. Le ministre souhaite former 300 000 personnes aux gestes de secourisme mental d’ici 2027, contre 165 000 actuellement. Sont notamment visés les personnels de l’Éducation nationale, du monde associatif et du secteur privé, « pour dépister au mieux les jeunes en difficulté ».

Face à l’engorgement chronique des Centres médico-psychologiques (CMP), Yannick Neuder a également évoqué la mise en place de « coupe-fils » d’orientation rapide afin d’éviter les ruptures de parcours après un premier signalement.

Quels moyens pour quels objectifs ?

Interrogé sur le financement de cette ambitieuse réforme, le ministre affirme que « des budgets existent pour la santé mentale », citant notamment la création de postes de médecins et d’infirmiers scolaires. Mais il reconnaît en creux la difficulté structurelle : « Ce n’est jamais suffisant », admet-il.

Ces annonces pourraient modifier à moyen terme la structuration du système de santé : hausse attendue du nombre de prescripteurs, renforcement de la filière psychiatrique, nouveaux acteurs formés à la prévention en santé mentale. Reste à voir si l’effort de formation pourra être suivi d’une attractivité suffisante, notamment dans les zones sous-denses.

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