« Quand on est issu d’un milieu modeste, on ne peut pas rester indifférent à la précarité »

« Quand on est issu d’un milieu modeste, on ne peut pas rester indifférent à la précarité »

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Publié le 19 octobre 2024
Par Carole De Landtsheer
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Docteur en pharmacie et étudiant en médecine, Sami Tayb-Boulahfa est le fondateur de l’association Pharma solidaires, qui collecte et redistribue des produits de parapharmacie invendus pour les plus démunis.

 

C’est en mai 2019 que Sami Tayb-Boulahfa, alors âgé de 29 ans, fonde l’association Pharmaciens solidaires, rebaptisée depuis Pharma solidaires. Ce docteur en pharmacie poursuit alors des études de médecine à Paris, une formation qu’il reprend, fidèle à sa vocation, après avoir réussi le concours Passerelle, en 2013. Pour subvenir à ses besoins, il effectue des remplacements de nuit au sein de grandes pharmacies parisiennes. Il a alors une révélation : « Les pharmaciens jetaient, systématiquement, les stocks de produits (gels douche, couches, pansements, etc.) et échantillons arrivés à péremption. Quand je rentrais chez moi, en métro, je croisais toute la misère du monde. Cela m’est apparu comme une évidence : tous ces produits, encore utilisables, seraient d’une grande utilité pour les plus démunis », explique le trentenaire. Car, pour ce fils d’ouvriers, la solidarité va de soi : « Quand on est issu d’un milieu modeste, on ne peut pas rester indifférent à la précarité et aux difficultés que peuvent rencontrer certaines personnes. »

Un justicier au pouvoir de récupération

S’il commence par endosser un habit de justicier et subtilise, dans la pharmacie où il travaille, des échantillons promis à la benne pour les remettre, en personne, aux sans-abri, sa démarche prend un tour plus officiel avec la création, en compagnie de deux autres pharmaciens, d’une association, établie à Paris. Au moment de la crise sanitaire, l’activité explose et conduit à la création d’antennes locales. L’objectif est simple et vertueux : limiter les déchets et favoriser le réemploi solidaire de produits de santé, soit les produits de parapharmacie à date limite d’utilisation optimale (DLUO) courte, ceux ayant subi des avaries, mais aussi les surstocks et les fins de lots. Sont ainsi collectés et redistribués les matériels et dispositifs médicaux (béquilles, fauteuils roulants, genouillères, lecteurs de glycémie, pansements, compresses, etc.), les produits d’hygiène et de dermocosmétique (du simple gel douche ou produit de maquillage aux traitements pour les dermatoses de type psoriasis, eczéma, etc.) et les compléments alimentaires (dont les suppléments vitaminiques et les compléments nutritionnels oraux).

L’entraide mise en application

« Nous sommes un intermédiaire de dons qui se positionne entre la pharmacie et les associations », résume Sami Tayb-Boulahfa. Si les distributions répondent aux besoins des structures associatives, tels le Secours populaire, le Secours catholique, la Croix-Rouge et Aurore, des demandes peuvent également émaner d’établissements publics tels un centre communal d’action sociale ou un centre d’hébergement d’urgence… Reconnue d’intérêt général en 2022, l’association Pharma solidaire compte, à ce jour, plus de 200 structures bénéficiaires qui sont venues en aide à plus 100 000 personnes dans le besoin. Sa source d’approvisionnement ? Les laboratoires pharmaceutiques, principalement. À l’horizon 2025, les pharmaciens vont être mis dans la boucle et pouvoir participer, à leur échelle, à cet élan d’entraide : « Grâce à une application conçue à cet effet, ils pourront donner des invendus et, plus largement, des produits dont ils n’ont plus l’usage – d’après un listing qui exclura ceux affichant une date de péremption trop courte – qu’ils n’auront qu’à scanner et à emballer dans des cartons, enlevés sur leur point de vente. Pour leur éviter une perte sèche, ils bénéficieront d’une déduction fiscale de 60 % calculée sur le prix d’achat », détaille Sami Tayb-Boulahfa.

Une méga officine solidaire

Tout en finalisant son cursus de médecin interniste à Paris, il exerce pleinement son (premier) métier de pharmacien au sein de son association : « Je gère le back-office d’une méga officine solidaire », résume-t-il. « Tous les produits sont tracés, unité par unité, avec la possibilité de rappeler des lots en cas de problème », ajoute-t-il. Si l’aventure a démarré à trois, la structure a pris de l’ampleur et compte aujourd’hui cinq antennes régionales : Toulouse (en Haute-Garonne), Nantes (Loire-Atlantique), Tours (Indre-et-Loire), Lyon (Rhône), Montpellier-Béziers (Hérault) et Paris. Toutes sont dirigées par des pharmaciens et des professionnels de santé qui travaillent avec une cinquantaine de bénévoles. Mais une réorganisation est en cours pour pouvoir agir sur l’ensemble du territoire et gagner en efficacité : « L’année prochaine, les produits seront expédiés depuis un hub national, localisé en Île-de-France, et les antennes joueront un rôle de relais pour nous faire connaître auprès des associations. » Un autre projet voit actuellement le jour : l’ouverture d’un centre de consultation de dermatologie et vénérologie abrité par la Halte Femmes, un dispositif d’accueil implanté à l’hôtel de ville de Paris. Il s’adresse aux plus démunis, qui pourront bénéficier d’un suivi médical. Enfin, la récente signature d’un partenariat avec Aviation sans frontières va donner à Pharma solidaires une dimension internationale. Infatigable, Sami Tayb-Boulahfa est décidément sur tous les fronts.

« Pour éviter une perte sèche, les pharmaciens bénéficieront d’une déduction fiscale de 60 % calculée sur le prix d’achat des invendus. »

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2013

Parallèlement à ses études de pharmacie, il démarre, en double cursus, ses études de médecine, à l’université Paris-Saclay.

2015

Diplôme d’État de docteur en pharmacie à l’université de Grenoble (Isère). 

2019

Création de l’association Pharmaciens solidaires, renommée Pharma solidaires.

2024

Interne en médecine, il soutient une thèse sur les effets indésirables de certains anticancéreux.