Quand c’est flou

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Publié le 17 octobre 2020
Par Laurent Lefort
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La queue sur le trottoir comme aux plus belles heures du confinement, des pharmacies dévalisées de leurs vaccins antigrippaux dès le premier jour. Un début réussi ? Pas vraiment. On passera sur les inévitables couacs de livraison : un millier de pharmaciens n’auraient pas reçu la totalité des doses commandées pour le début de la campagne. Le flou autour de la « priorisation » et de la délivrance de vaccins aux patients hors cible mérite, lui, de s’y arrêter. On appréciera le choix du terme « prioriser » tellement plus édulcoré que « refuser ». Mais, concrètement, pour quelle différence ? « Le message DGS-urgent qui incite à la priorisation n’est qu’une recommandation. Il faudrait un texte réglementaire qui nous permette de refuser de délivrer des vaccins aux patients hors cible, nous expliquait d’ailleurs Pierre Béguerie, président de la section A de l’Ordre des pharmaciens, le 13 octobre. Nous l’avons signalé au ministère, nous attendons une réponse. » On espère juste qu’elle arrive avant la fin de la campagne. Le transfert de responsabilités a bon dos et la période revêt des contours suffisamment nébuleux pour ne pas faire l’économie de consignes claires. D’autant qu’il me semble que le Code de la santé publique ne prévoit qu’un seul cas où le pharmacien a le droit de « refuser » la vente de médicaments : quand la santé du patient lui-même est en jeu. Une justification strictement médicale donc. Que se passerait-il si, à la suite d’un refus de délivrance, une personne se trouvait contaminée et en devienne « pénalement » grincheuse ? Après le flou, un loup.

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