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Fluoroquinolones : leur usage en France a chuté de 50 % en dix ans
Selon une étude nationale, la consommation de fluoroquinolones par voie orale a été divisée par deux entre 2014 et 2023. Cette tendance reflète les mesures de restriction et de vigilance mises en place.
Les fluoroquinolones sont des antibiotiques à large spectre longtemps prescrits en première intention pour de nombreuses infections bactériennes sévères et compliquées, notamment urinaires et respiratoires. Elles ont également été utilisées dans d’autres infections, devenant ainsi des alternatives fréquentes aux pénicillines et aux céphalosporines. Mais leurs effets indésirables potentiellement graves (tendinopathies, hépatotoxicité, atteintes neurologiques, troubles cardiovasculaires ou encore décollement de rétine) et le risque de résistance bactérienne ont conduit les autorités sanitaires à restreindre leur usage.
L’étude publiée par le groupement d’intérêt scientifique Epi-Phare, menée à partir des données du Système national des données de santé couvrant 99 % de la population française (soit plus de 66 millions de personnes), dresse un bilan de la consommation des fluoroquinolones orales en médecine de ville entre 2014 et 2023. L’analyse porte ainsi uniquement sur les prescriptions ambulatoires, sans données hospitalières complètes.
Une baisse marquée
Entre 2014 et 2023, le nombre d’utilisateurs de fluoroquinolones est passé de 3,5 millions à 1,7 million, tandis que le nombre de prescriptions chutait de 4,8 millions à 2,2 millions, soit une réduction de moitié.
Cette tendance n’a pas été linéaire : une forte baisse a d’abord été observée entre 2014 et 2019 (− 40 %), suivie d’une relative stabilité durant la pandémie de Covid-19 (2020-2021). Une légère reprise est intervenue en 2022, avant une nouvelle diminution en 2023.
Le profil des patients change
L’âge moyen des utilisateurs est passé de 54,8 ans en 2014 à 58,2 ans en 2023. La proportion de femmes, très majoritaires en 2014 (68 %), a reculé à 51 % en 2023, ce qui reflète la baisse des prescriptions dans les cystites simples.
En parallèle, l’usage a reculé de 60 % chez les moins de 60 ans et de 40 % chez les plus de 60 ans. La baisse est visible sur tout le territoire, mais la consommation reste plus élevée dans les zones socialement défavorisées et dans les départements et régions d’outre-mer.
Des molécules inégalement touchées
Toutes les molécules n’ont pas connu les mêmes baisses. Entre 2014 et 2023, les prescriptions d’ofloxacine et de ciprofloxacine ont diminué respectivement de 40 % et 22 %, tandis que celles de lévofloxacine n’ont reculé que de 5 %, avec même une remontée en 2022 après son intégration dans les recommandations pour certaines infections masculines.
La moxifloxacine a en revanche vu son usage chuter de 72 %. Le déremboursement de la norfloxacine et de la loméfloxacine en 2019 a entraîné une baisse brutale de leur consommation (- 86 % et – 79 %). Quant à l’énoxacine, elle a disparu du marché dès 2015.
Qui prescrit encore les fluoroquinolones ?
En 2023, les médecins généralistes restaient les principaux prescripteurs, à l’origine de 82,9 % des ordonnances, loin devant les urologues-néphrologues (6,1 %), les ophtalmologistes (1,6 %), les ORL (1,2 %) et les gynécologues (1,1 %).
Sur la période 2014-2023, la baisse a concerné toutes les spécialités, mais de manière inégale : – 63 % pour les généralistes, – 76 % pour les gynécologues, – 57 % pour les ORL, – 46 % pour les ophtalmologistes et – 30 % pour les urologues néphrologues. On note une baisse de 40 % pour les autres spécialités.
Cette étude confirme l’impact des recommandations (Société de pathologie infectieuse de langue française, Haute Autorité de santé), des mesures de déremboursement et des alertes de pharmacovigilance sur la réduction de l’usage des fluoroquinolones. Néanmoins, au niveau européen, leur prescription reste plus élevée en France qu’en Allemagne ou en Belgique, tandis que l’Italie et l’Espagne présentent des consommations nettement plus fortes. En 2023, les fluoroquinolones représentaient 4,6 % de l’ensemble des antibiotiques utilisés en France, contre une moyenne européenne de 6,9 %.
Epi-Phare souligne la nécessité de maintenir une vigilance accrue et de poursuivre les efforts pour lutter contre l’antibiorésistance.
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