Métro, boulot, sous l’eau

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Publié le 1 septembre 2008
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Préparatrice chevronnée de l’hôpital Saint-Antoine, Nathalie Fuss est accro à la bouteille. De plongée sous-marine.

Tête à tête avec une raie Aigle. » Ça pourrait être le titre d’un reportage de Thalassa, c’est juste le moment fort du dernier week-end de Nathalie à Banyuls dans le Var. Son groupe de plongeurs – ou palanquée (1) – est le seul à l’avoir vue ! Les connaisseurs apprécieront. C’est un privilège rare de rencontrer ce poisson dans la mer méditerranée. Son corps plat, sa longue queue fine, ses nageoires déployées telles des ailes, et son drôle de museau en forme de bec… Scène surréaliste : le poisson semble voler majestueusement dans les eaux profondes. Nathalie s’émerveille. Vingt ans de plongée sous-marine, l’enthousiasme est intact.

Histoire d’eau. Mais quelle méduse l’a piquée ? Sans connaissance du monde aquatique et parisienne de surcroît, rien ne destinait Nathalie au grand plongeon. Si ce n’est une idée fixe : l’eau. « C’est mon élément, celui qui a toujours guidé les vacances familiales. Mer ou océan, peu importe, tant qu’on pouvait se baigner ». À 25 ans, elle décide de partir seule. Dans les pages du catalogue de l’UCPA (2), elle repère, parmi les séjours sportifs proposés, un stage de plongée. Par hasard. « Je ne suis pas de cette génération Cousteau qui puise sa passion de la plongée dans les aventures télé du célèbre bateau La Calypso. Moi je voulais la mer. » En route pour le centre de Niolon, près de Marseille : savoir s’équiper, vider son masque, respirer à deux sur le même embout, maîtriser les signes sous l’eau… Nathalie décroche son niveau 1. C’est le coup de coeur. L’année suivante, elle s’inscrit au club de plongée de Corbeil-Essonnes dans le 91. Un entraînement par semaine et plusieurs sorties en mer par an, elle gravit les échelons. « C’est un milieu hiérarchisé avec des étapes de progression très cadrées », explique Nathalie. Au niveau 2, elle devient autonome en mer à 20 mètres de fond, puis à 40 mètres avec son niveau 3. Au niveau 4, autonome à 60 mètres, elle peut guider des palanquées de tous niveaux.

Une grande famille. Nathalie se sent redevable : « C’est un club de bénévoles, j’avais bien profité de l’expérience des autres, c’était naturel de donner à mon tour. » Dans cette logique de partage, aucune hésitation quand vient son tour d’encadrer des plongeurs en herbe. En 2000, elle passe son diplôme d’initiateur. Depuis, responsable de l’encadrement des enfants de plus de 10 ans, elle se régale : « Ils sont toujours plein d’ardeur, sans retenue. » Loin de l’esprit de compétition, le milieu de la plongée colle aux attentes de Nathalie : « C’est un sport de passionnés qui nécessite des traits de caractère communs et surtout une rigueur, la moindre erreur peut être dramatique. » Porter des kilos de matériel dans les transports, s’équiper, vérifier son bloc (3), les courts moments de pur bonheur se méritent ! Son meilleur souvenir ? Une semaine en Mer Rouge, à Safaga, en Égypte : premières tortues, multitude de poissons aux couleurs chatoyantes… Un moment fort de plongée et de convivialité : « C’était aussi un grand rassemblement familial autour de plusieurs générations, plongeurs ou non. » Chez Nathalie, c’est plongeur ! Ses deux filles de 17 et 20 ans ont chacune leur niveau 1. Son mari, le moins marin, s’est aussi jeté à l’eau, il y a trois ans.

En apesanteur.Comme chef de palanquée, Nathalie impose son tempo : « Les plongées commando, hors de question. Je prends le temps de m’arrêter, de me retourner, d’observer. » Les prouesses techniques ne l’intéressent pas. Elle se souvient de moments éprouvants comme 500 mètres de nage en capelé en surface mais avec équipement – ou la descente de 10 mètres en apnée pour passer le niveau 4 « Ce n’est pas naturel pour moi, je ne suis pas Jacques Mayol, ce célèbre plongeur qui descendait à plus de 100 mètres de profondeur ! » Sinon, jamais d’angoisses, son bonheur est d’évoluer en apesanteur dans ces grands espaces, en silence : « J’en ai besoin, je ne suis pas du genre à vivre la musique à fond… » Et le plaisir des yeux : « les gens s’attendent à voir seulement des poissons, c’est bien plus que ça, il y a tous les animaux fixés comme le corail, les spirographes… » Une biodiversité que Nathalie connaît bien, avec deux diplômes de biologie marine (4), elle met des noms sur beaucoup de ses rencontres. Il y a dix jours, avec le club de biologie marine de Banyuls, elle comptait les nudibranches, des petites limaces de mer multicolores aux mouvements ondulatoires. « C’est de l’observation fine, elles mesurent parfois seulement 1 cm. On en a vu dix-neuf espèces différentes en quatre jours, avec leur panache de branchies externes, elles peuvent être si belles… »

Les pieds sur terre. Nathalie est sereine. Jusque dans son travail à l’hôpital Saint-Antoine. « J’ai trois vies : ma famille, la plongée et mon boulot. » Comme la plongée, l’hôpital est un hasard. Diplômée du CFA de Versailles, Nathalie enchaîne les remplacements et cherche la pharmacie idéale. « En 1986, je suis tombée sur l’annonce du concours hospitalier, je ne connaissais pas ce milieu mais j’ai dit banco. » Là encore, elle gravit les étapes, progressivement : responsable des préparations, puis polyvalente, elle est aujourd’hui référente pour la gestion et la fabrication des anticancéreux. Rétrocession des antirétroviraux, dérivés sanguins… La pharmacie hospitalière évolue sans cesse. Nathalie prend tous les virages. Et toujours cette logique de partage : « je m’y retrouve en échangeant mon expérience avec mes collègues, les internes et en formant les jeunes préparateurs. » Prochain challenge : le concours de cadre de santé. « Métro, boulot, dodo, très peu pour moi. Il me faut quelque chose sur le gaz. » En attendant, Nathalie poursuit ses rêves de poissons. Pourquoi pas dans les eaux chaudes de l’océan indien, aux Maldives… Surprendre les murènes léopards dans le trou des rochers, les poissons clown ou les requins à pointe noire. Et croiser le vol des raies aigles qui, là-bas, évoluent à profusion.

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(1) Palanquée : groupe de plongeurs évoluant ensemble guidé par un chef. (2) UCPA : Union nationale des centres sportifs de plein air. (3) En jargon de plongeur, le bloc désigne la bouteille. (4) IFBS : initiateur fédéral de biologie subaquatique.

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Portrait chinois

• Si vous étiez un végétal, lequel seriez-vous ? Un olivier parce que c’est toujours vert, vigoureux. J’ai envie d’avoir cette image de stabilité, de force, d’être quelqu’un sur qui l’on peut compter.

• Si vous étiez une forme galénique ? Une crème, pommade ou huile, tout ce qui sert à masser. J’aime bien masser et être massée.

• Si vous étiez un médicament ? Un anti-douleur. Ce n’est pas normal de souffrir à l’heure actuelle. Quant t’as mal, c’est dans toute ta vie que tu es en difficulté.

• Si vous étiez un matériel ou dispositif médical ? Une seringue. Avec elle, le geste est rapide, efficace, tu vas à l’essentiel. À mettre en parallèle avec mon côté moral et droit.

• Si vous étiez un vaccin ? Contre les maladies orphelines. On ne doit pas oublier les « exceptions », chaque individu a le droit de vivre et mérite que l’on s’occupe de lui.

• Si vous étiez une partie du corps ? Les mains et les yeux. Quand tu fais de la plongée, les gestes et le regard « parlent ». J’aime bien conduire les gens à regarder.

Nathalie Fuss

Âge : 46 ans.

Formation : préparateur en pharmacie hospitalière.

Lieu d’exercice : hôpital Saint Antoine (Paris).

Ce qui la motive : l’échange avec les autres, les rapports humains.