Masques chirurgicaux : pourquoi, combien et à quel prix dans les officines ?

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Masques chirurgicaux : pourquoi, combien et à quel prix dans les officines ?

Publié le 30 avril 2020
Par Magali Clausener
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L’Ordre des pharmaciens, les syndicats et les groupements ont acté dans la soirée du 29 avril la vente des masques chirurgicaux dans les officines. De quoi prendre de court les pharmaciens. 

Pourquoi ce revirement ?

 « Je suis écœuré outré, indigné de la façon dont les administrations de l’Etat se sont comportées avec les pharmaciens. Nous avons suivi les consignes et refuser de délivrer des masques chirurgicaux à des patients malades ou devant faire des déplacements sanitaires, parce que nous ne pouvions ni leur donner ni leur vendre et, hier, nous apprenons que la grande distribution va vendre 300 à 500 millions de masques chirurgicaux », déclare Pierre Béguerie, président de la section A de l’Ordre des pharmaciens. Ce discours résume la situation : les pharmaciens demandent depuis le 15 avril la possibilité de vendre des masques chirurgicaux en vue du début du déconfinement, le 11 mai, mais n’ont aucune réponse du ministère de la Santé ou de la Direction générale de la santé (DGS) sur une évolution de la doctrine. Et le 29 avril, plusieurs enseignes de la grande distribution annoncent qu’elles vont vendre des masques grand public, mais aussi des masques chirurgicaux, à partir du 4 mai. Aucune raison que les pharmaciens ne se positionnent pas non plus.

En outre, les approvisionnements en masques grand public sont en grande tension actuellement. Un pharmacien explique que, dans sa région, la moitié des producteurs français ne peut répondre à la demande et l’autre ne pourra livrer les masques qu’en juin. Les commandes de masques grand public de catégorie 1 s’avèrent encore plus difficile. Par exemple, Pharmacorp et Alliance Healthcare n’ont pu s’approvisionner qu’en masques de catégorie 2. « La production est franco-française et il n’y aura pas suffisamment de masques grand public pour le 11 mai. Alors que nous avons des filières bien identifiées et sécurisées qui nous permettent de nous approvisionner en masques chirurgicaux », explique Laurent Filoche, président de l’UDGPO.

Combien de masques dans le réseau officinal ?

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Selon Laurent Filoche et Alain Grollaud, président de Federgy, le réseau officinal devrait disposer aujourd’hui de 35 à 40 millions de masques chirurgicaux, dont 5 millions pour les adhérents de l’UDGPO et 13 millions de masques qui arrivent dès lundi 4 mai chez les adhérents de Federgy. Le groupement Pharmabest a ainsi annoncé hier être en mesure de proposer 4 millions de masques chirurgicaux dès samedi 2 mai dans ses 90 officines. « Aujourd’hui, nous avons 850 000 masques qui vont être livrés à partir de lundi. Nous serons ensuite régulièrement livrés et nos trois enseignes disposeront de 3,5 millions de masques chirurgicaux », détaille Lucien Bennatan, président du Groupe Ma Pharmacie Référence (MPR). 

Côté grande distribution, Leclerc doit recevoir 170 millions de masques chirurgicaux, Intermarché va vendre 90 millions et Carrefour en a « sécurisé » 175 millions. Les autres enseignes n’ont pas toutes communiqué sur le sujet, mais l’offre devrait en effet atteindre 500 millions de masques chirurgicaux. Dix fois plus que le réseau officinal…

Quels seront les prix en officine ?

Les prix dans les pharmacies devraient s’établir à moins d’un euro voire un euro maximum. Difficile de proposer des prix plus faibles. Les prix d’achat des masques chirurgicaux ont augmenté et les groupements doivent payer entre 0,70 à 0,90 € l’unité. Dans la grande distribution, les masques seront vendus au prix coûtant, soit entre 0,50 et 0,60 € l’unité. Les volumes achetés expliquent qu’ils puissent obtenir des conditions d’achat défiant toute concurrence. Lucien Bennatan estime cependant que les masques médicaux commercialisés en grande surface peuvent être de qualité moindre compte tenu de leur prix. 

Néanmoins, les prix des masques chirurgicaux pourraient être encadrés. C’est ce que demandent l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). Le prix maximum de vente pourrait être de 1 € TTC. Selon Philippe Besset, président de la FSPF, un prix de cession serait lui aussi encadré pour dégager une petite marge « raisonnable ». L’encadrement des prix pourrait être décidé ce week-end selon le président de la FSPF. 

Combien de masques vendre par personne ?

Les représentants des pharmaciens demandent aux officinaux de vendre les masques chirurgicaux avec « discernement » et en priorité aux personnes fragiles et à risque. Pour Laurent Filoche, il parait plutôt logique de vendre 50 masques à un patient malade et une quantité moindre à une personne bien portante et en télétravail. Lucien Bennatan juge qu’il est difficile « dans la vraie vie » de limiter la vente. « Il faut faire confiance aux pharmaciens », tranche Laurent Filoche.