À corps et à sueur

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Publié le 1 février 2008
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Le jour, elle est préparatrice à Alès, dans le Gard. Le soir, Candy Malgoire est animatrice de gymnastique volontaire à Saint-Jean-Du-Pin. La santé est aussi une histoire de corps.

Jeudi soir. L’officine fermée, les préparateurs regagnent leur domicile. Pas Candy Malgoire. Cette jeune femme de 35 ans rejoint la salle des fêtes de son village du Gard. À Saint-Jean-Du-Pin, une trentaine de femmes l’attendent avec impatience. Pantalon souple et chaussures de sport, Candy débute son cours de gymnastique volontaire. Il est 19 h 30. C’est parti pour une heure d’échauffement, d’abdos-fessiers, d’étirement sur des airs de salsa ou de Norah Jones. Le préparatoire est oublié, la blouse blanche a disparu. La préparatrice s’est transformée en cadre animateur fédéral au sein au sein de la Fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire.

Des planches au « théâtre officinal ». Dès l’âge de 4 ans et jusqu’à ses 18 ans, Candy a fréquenté deux fois par semaine les cours de danse du centre culturel d’Alès. En tutu ou en justaucorps, elle exprimera son tempérament d’artiste en faisant des arabesques ou en enchaînant les mouvements endiablés du modern jazz. « J’aime les planches », avoue-t-elle. Mais pas au point d’en faire son métier. « Le métier de danseur est une vie de sacrifice et je dansais pour mon plaisir. » En seconde, Candy souhaite continuer ses études tout en gagnant sa vie, dans le paramédical si possible. Le stage en troisième effectué à la Pharmacie Pillet, à Alès, est un bon souvenir. Elle s’inscrit alors au CFA de pharmacie d’Alès et devient apprentie, toujours à la Pharmacie Pillet. En deuxième année de BP, Candy rejoint la Pharmacie Nicolas, à Alès, une grosse officine où elle exerce toujours aujourd’hui, dix-sept ans après…

Une ambition est née. Candy n’a pas 20 ans quand elle s’installe avec David (« l’amour de ma vie »), rencontré à 15 ans. Le couple va vivre une grande épreuve. Un grave accident de moto, auquel Candy réchappe, qui va priver David d’une de ses jambes. La rééducation est longue, et puis la vie reprend. « Cet accident a mis un frein à nos ambitions », confie Candy. Pudique, elle n’en dira pas plus. Candy soutient sans relâche son compagnon. Ils se marient en 1993. Puis arrivent Axel, en 1997, et Eva, en 2000. « La vie a recommencé lorsqu’ils sont nés », assure-t-elle. Jeune maman, Candy découvre le fitness et les cours d’abdos-fessiers et reprend la danse à 26 ans. Elle a « perdu la technique », mais persiste deux ans dans une association de gymnastique d’un petit village du Gard. Une révélation. « En regardant l’animatrice, je savais que j’étais faite pour donner des cours », lâche Candy. Elle écume alors différents cours de la région pour observer la façon d’animer. L’envie mûrit, mais elle hésite. Sa vie de famille et ses trente heures hebdomadaires à l’officine lui prennent du temps. Dany, une collègue préparatrice, ancienne animatrice de gymnastique, la pousse. Elle ose enfin. En 2006, direction l’antenne de Nîmes de la Fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire pour devenir animatrice.

Un deuxième apprentissage. Le diplôme de cadre animateur fédéral nécessite une formation de quatre semaines. Sous réserve de réussir le concours d’entrée d’une journée à Moreillan, dans les Pyrénées-Orientales. Lancer de ballons, course de trente minutes, saut d’obstacles, la fédération teste sa bonne condition physique. Reçue, Candy est accueillie en formation dans un grand gymnase de Moreillan fin 2006. Sur place, la pression est rude. « Les formateurs de la fédération nous poussaient à nous remettre en question, afin d’être capable de tenir un groupe en tant qu’animatrice. » Projet pédagogiques, cours d’anatomie, la formation initiale de préparatrice est un avantage. « Je connais désormais la plupart des notions d’anatomie et de physiologie (échanges gazeux, respiration, muscles…) » Athlétisme, basket et jeux collectifs sont aussi au programme. Cette formation est complétée par un apprentissage dans le Gard avec une tutrice fédérale. « Je devais assister à des cours, prendre des notes, je redevenais apprentie. » Sous le regard de sa tutrice, Candy anime des débuts de cours à Saint-Jean-Du-Pin. Ce sont pour la plupart des femmes, de 19 à 63 ans. « Elles m’ont soutenue, ont souffert avec moi», reconnaît Candy, qui réussit son diplôme d’animatrice de gymnastique volontaire en avril 2007.

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Entrée en scène. Affublée d’une image de gym pour les vieux, la gymnastique volontaire, d’origine suédoise, est arrivée en France en 1888. Pratique éducative, de proximité et en groupe d’activités physiques diversifiées, elle améliore, entretient et dynamise santé et bien-être. « La gymnastique volontaire est conçue pour maintenir son capital santé et forme », précise Candy. L’approche de cette gymnastique est également humaniste car non compétitive et fondée sur la connaissance de soi et la solidarité. « Je connais toutes mes élèves, elles ne sont pas un numéro comme dans un club de fitness. On ne cherche pas la performance, celle qui ne peut pas faire 20 abdos en fait 10… » Chaque cours est différent et un nouveau projet pédagogique est concocté chaque trimestre. Déhanchement avec foulard ou mouvements de salsa, elle commence toujours par un échauffement dynamique en musique puis passe au renforcement musculaire avant de finir par les étirements. « La gym m’apporte quelque chose d’indéfinissable, de personnel. Un sentiment égoïste de plaisir », expliquer Candy. Plaisir auquel elle a ajouté un peu de souffrance. « Après avoir emmené mes enfants à l’école le matin, je cours 45 minutes pour améliorer mon endurance, bien que je n’aime pas spécialement ça. » Aujourd’hui elle affiche 48 kilos pour 1 m 58. Candy a le projet de monter une animation dans un autre village. Ce n’est pas l’argent qui motive cette fille de maraîchers qui ont trimé toute leur vie. « Je suis payée 20 euros de l’heure… » Ni le ronronnement des cours bien rodés. « La fédération impose 10 heures de stage en formation continue (j’ai déjà fait des stages de pilate, de low impact aerobic et de ragga). » Être reconnue, peut-être ? « Je n’ai jamais eu autant de reconnaissance de la part des clients de l’officine.» Et si c’était l’envie d’être sur scène, tout simplement… •

Portrait chinois

• Si vous étiez un végétal, lequel seriez-vous ? Un olivier, parce que je suis du Sud et qu’il symbolise la paix. J’en ai planté un dans mon jardin à la naissance de chacun de mes deux enfants.

• Si vous étiez une forme galénique ? Un comprimé effervescent, pour son côté pétillant et ludique.

• Si vous étiez un médicament ? Un médicament universel. Je ne supporte pas la souffrance, qu’elle soit physique ou psychologique.

• Si vous étiez un matériel ou un dispositif médical ? Des béquilles. Je peux être là pour quelqu’un qui a besoin de moi, mais il faut savoir rester humble.

• Si vous étiez un vaccin ? Un vaccin contre la connerie…

• Si vous étiez une partie du corps ? Les yeux, pour le regard, lequel révèle beaucoup d’une personne. Mon mari dit d’ailleurs que j’ai un regard…

Candy Malgoire

Âge : 35 ans.

Formation : préparatrice en pharmacie.

Lieu d’exercice : Pharmacie Nicolas à Alès (Gard).

Ce qui la motive : l’amour de ses proches.