Les industriels du médicament alertent sur le risque de droits de douane

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Les industriels du médicament alertent sur le risque de droits de douane

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Publié le 30 juillet 2025 | modifié le 13 août 2025
Par Christelle Pangrazzi
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Alors qu’un nouvel accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis prévoit une taxation généralisée des produits européens, les représentants de l’industrie pharmaceutique, en France comme à Bruxelles, s’inquiètent de l’absence d’exemption explicite pour les médicaments. Une incertitude lourde de conséquences sur la production, l’innovation et l’approvisionnement.

Le 27 juillet, à l’issue de négociations bilatérales tendues, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président américain Donald Trump ont conclu un accord douanier prévoyant une taxe de 15 % sur les produits européens exportés vers les États-Unis. Sauf que ce nouveau cadre tarifaire ne mentionne pas explicitement l’exclusion des produits pharmaceutiques, pourtant exonérés depuis 1994 dans le cadre d’un accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Une omission qui fait réagir la Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques (Efpia). Dans un communiqué publié mardi 29 juillet, l’organisation avertit : « Les droits de douane sur les médicaments sont un instrument brutal qui perturbera les chaînes d’approvisionnement, aura un impact sur les investissements en recherche et développement, et, en fin de compte, nuira à l’accès des patients aux médicaments des deux côtés de l’Atlantique. »

Trump agite la menace d’une surtaxation à 200 %

L’inquiétude est d’autant plus vive que Donald Trump a, dès le début du mois de juillet, menacé d’imposer une surtaxe de 200 % sur les produits pharmaceutiques importés, s’ils ne sont pas rapidement fabriqués aux États-Unis. Dimanche dernier, il a réaffirmé que les médicaments ne bénéficieraient d’« aucun traitement particulier », sans toutefois préciser les modalités ni le calendrier d’application.

Face à ces signaux contradictoires, l’Efpia indique « continuer d’examiner les annonces concernant l’accord commercial UE-États-Unis, car les implications clés pour le secteur pharmaceutique restent incertaines. »

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L’organisation appelle les institutions européennes à agir pour protéger la circulation des médicaments et insiste : « Il existe des moyens plus efficaces qui contribueraient, plutôt que d’entraver, les progrès mondiaux en matière de soins aux patients et de croissance économique. »

Le Leem alerte sur les risques de hausses de coûts et de pénuries

Du côté français, le Leem, qui représente les entreprises du médicament implantées en France, partage cette analyse. Il appelle dans un communiqué distinct à « exclure explicitement et durablement les produits pharmaceutiques de toute mesure tarifaire », estimant que « les médicaments, vaccins, dispositifs médicaux et intrants pharmaceutiques ne sont pas des biens comme les autres. »

Pour l’organisation, l’imposition de droits de douane sur le médicament aurait plusieurs effets en cascade :

  • hausse des coûts de production,
  • risque de ruptures d’approvisionnement,
  • réduction des investissements industriels et R & D en Europe.

Un enjeu stratégique pour la compétitivité européenne

Les enjeux économiques sont considérables. Selon les données de l’Efpia, les exportations pharmaceutiques de l’Union européenne vers les États-Unis représentaient en 2023 plus de 125 milliards d’euros, soit près d’un tiers des exportations du secteur.

La France, dont le déficit commercial dans le médicament s’est aggravé ces dernières années, observe avec attention les conséquences d’une politique tarifaire américaine plus agressive. Alors que l’Europe s’efforce de renforcer sa souveraineté sanitaire et industrielle, la perspective d’une guerre commerciale dans le secteur de la santé constituerait un sérieux contretemps.

« Nous devons garantir un accès fluide et sûr aux médicaments pour les patients, quelle que soit leur origine géographique », conclut le Leem. Reste à savoir si Bruxelles obtiendra de Washington une clarification sur ce point, avant que les surtaxes ne s’appliquent aux traitements eux-mêmes.

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