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© Les chiffres officinaux de mars - Pixabay
Activité économique en mars : le coronavirus fait aussi chavirer l’officine
Le mois de mars a été hors norme sur toute la ligne, à la hausse comme à la baisse, avec un avant et un après 18 mars (lendemain du confinement). A partir des remontées de données de 350 pharmacies, le groupement CGP constate que la croissance l’emporte sur la récession. « Au niveau national, le chiffre d’affaires global des officines a progressé en moyenne de 9 % en mars par rapport à la même période de 2019, cette augmentation étant cohérente avec celle de la fréquentation (+8,8 %) », présente Olivier Desplats, responsable de la communication de CGP.
Ce réseau d’experts comptables a analysé l’activité à l’aune de deux périodes (n° 1 : du 1er au 17 mars et n° 2 : du 18 au 31mars) :
– Sur la période n° 1, le CA progresse de 22,4 % (fréquentation : + 25,4 %) ;
– Sur la période n° 2, le CA chute de 4,9 % (fréquentation : – 10,4 %).
Ces chiffres sont assez éloignés de ceux de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). Le syndicat fait, lui, état d’une baisse d’activité depuis le 18 mars de 10 à 30 % pour 37 % des pharmaciens ayant répondu à son sondage en ligne et de 30 à 50 % pour près de 23 % d’entre eux.
Des disparités régionales
Des disparités en période n° 2 se retrouvent également suivant les régions et les typologies d’officines dans l’enquête CGP.
La Normandie et la Bretagne, deux régions relativement peu sinistrées par le Covid-19 jusqu’ici, enregistrent une baisse plus mesurée du CA (respectivement de – 3,40 % et – 4,7 %). Dans les Hauts-de-France, une région plus impactée par le coronavirus et moins rurale, l’activité dégringole de près de 9 %.
Les écarts sont également significatifs selon la localisation des officines. Ainsi, toujours dans les Hauts-de-France, les pharmacies urbaines régressent de plus de 12 %, les pharmacies rurales de gros bourg (plus de 3 pharmacies) progressent de 3,15 %, les pharmacies rurales de communes plus isolées (1 ou 2 pharmacies) chutent de 6,2 %, tandis que les pharmacies de centres commerciaux accusent une baisse de 30 % en moyenne. Pour celles qui bénéficient d’un accès par l’extérieur et disposent d’une population résidente autour du centre commercial, elle est de l’ordre de – 10 % à – 15 %.
+ 102 % de CA le 16 mars !
Les dernières données du GERS apportent un éclairage complémentaire sur l’activité des officines. Ainsi, les passages en pharmacie avec ordonnance sont passés de + 2 % en semaine 9 (24 février au 1er mars) à + 9 % en semaine 11 (9 au 15 mars) et à + 16 % en semaine 12, la première semaine du confinement (16 au 22 mars), avant de chuter à – 19 % en semaine 13 (23 au 29 mars).
L’évolution des passages sans ordonnance suit la même courbe mais avec des amplitudes plus importantes : hausse de 16 % en semaine 9 contre – 2 % en semaine 8, puis + 40 % en semaine 11 et + 47 % en semaine 12 avant de connaître une baisse de -19 % en semaine 13. Ces fluctuations ont évidemment un fort impact sur le CA et le trafic des officines. Le 16 mars (la veille du confinement), le CA quotidien a augmenté de + 102 % et celle du trafic quotidien de +105 %. Le 28 mars, La baisse du CA était de – 27 % et celle du trafic de – 24 %. Le GERS constate enfin que plus le CA est élevé, plus sa décroissance est forte à partir du 18 mars.
Les médicaments chers en trompe-l’œil
Si l’on revient sur l’année 2019, celle-ci a renoué avec une croissance de l’activité pharmaceutique plus soutenue que les années précédentes (+ 2,28 % pour un chiffre d’affaires moyen HT de 1,882 million d’euros). Le CA est tiré par une hausse significative de l’activité à TVA 2,1 % de +1,68 % portée à + 2,54 % en y ajoutant l’ensemble des honoraires de dispensation (en progression en moyenne de 12 636 €).
Cette évolution doit être tempérée par la variation des produits chers (de PFHT > 150 €) par rapport à 2018 (+ 15 %) conjuguée à une baisse des volumes des produits issus des trois premières tranches de MDL. « L’évolution du CA des produits chers masque les baisses de prix et celle des volumes qui compresse le montant d’honoraires à la boîte », a expliqué Bastien Legrand, expert-comptable, lors de la présentation des moyennes professionnelles CGP *, dans le cadre de la 6e édition de la table ronde des partenaires organisée par ce groupement le 13 mars à Paris.
En fait, à volume équivalent, et en tenant compte de l’indice négatif des prix des médicaments sur 2019, cela revient à une évolution de – 3,27 % du CA des médicaments remboursables. Dans ce contexte, l’évolution des honoraires de dispensation (+en moyenne) joue un rôle d’amortisseur.
Les plus belles progressions de CA ont été signées par les pharmacies de gros bourg (6 000 à 10 000 habitants) qui concentrent encore un tissu médical important. Elles font mieux (+ 3 %) que les pharmacies de centre commercial (+ 2,63 %).
Bien que la marge ait augmenté en euros (1,29 %), elle ne suffit pas à absorber l’augmentation des frais généraux et des frais de personnel, d’où un excédent brut d’exploitation en légère baisse en valeur (en moyenne 1 400 €, – 0,58 %). Et au jeu des comparaisons des évolutions de la rentabilité, les plus mal lotis sont les pharmacies rurales (-1,38 %) exposées à la désertification médicale et les pharmacies de centre commercial qui subissent les difficultés des grandes galeries marchandes (loyers et frais de personnel élevés, baisse de la fréquentation…). Pour ces dernières, l’épisode coronavirus ne devrait rien arranger à l’affaire.
*Moyennes établies à partir d’un échantillon de 1786 pharmacies, bilans de 12 mois clôturés au plus tard au 31 octobre 2019.
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