Picato

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Publié le 15 février 2014
Par Yolande Gauthier
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Si la cryothérapie reste le traitement de choix des kératoses actiniques, l’application de topiques constitue la seconde ligne thérapeutique. Après Aldara et Efudix, Picato est une nouvelle alternative dans la prise en charge de ces lésions cutanées. Son atout : une durée d’application courte de 2 ou 3 jours seulement.

Indications

Le mébutate d’ingénol (Picato) est indiqué dans le traitement cutané des kératoses actiniques discrètes cliniquement typiques, non hypertrophiques et non hyperkératosiques. Son emploi est réservé à l’adulte.

Mode d’action

Le mécanisme d’action du mébutate d’ingénol n’est pas encore totalement élucidé mais il repose sur deux effets synergiques :

– une action cytotoxique directe : l’application du gel provoque une nécrose rapide des kératinocytes localisés au niveau de la lésion. Les cellules dysplasiques sont beaucoup plus sensibles au mébutate d’ingénol que les cellules saines. Picato génère un œdème mitochondrial qui résulte d’une variation brutale des échanges calciques cellulaires ;

– une réponse inflammatoire : Picato stimule en quelques jours une réponse inflammatoire profonde au niveau de l’épiderme et du derme superficiel. Elle est caractérisée par l’activation d’une protéine kinase C qui, en provoquant la libération d’IL8 et de TNF-alpha, conduit à l’infiltration de cellules immunocompétentes (neutrophiles et lymphocytes) dans la zone traitée.

Posologie

La posologie et le dosage diffèrent selon la zone du corps où sont situées les lésions :

– en cas de kératose actinique du visage et du cuir chevelu, un tube de gel dosé à 150 µg/g, contenant 70 µg de mébutate d’ingénol, doit être appliqué sur la zone atteinte une fois par jour. L’application sera répétée pendant 3 jours consécutifs. Un tube couvre une zone de 25 cm2. Chaque tube est à usage unique et doit être jeté après son utilisation ;

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– en cas de kératose actinique du tronc et des extrémités, un tube de gel dosé à 500 µg/g, contenant 235 µg de mébutate d’ingénol, doit être appliqué sur les lésions (25 cm2) une fois par jour, et ce pendant 2 jours consécutifs.

Il est indispensable de se laver les mains à l’eau et au savon immédiatement après l’application de Picato. Si ce sont les mains qui doivent être traitées, seul le bout du doigt qui a servi à l’application sera lavé.

Contre-indications

Aucune contre-indication n’est mentionnée, excepté une hypersensibilité au principe actif ou aux excipients. Picato ne doit pas être appliqué sur des blessures ouvertes, sur une peau lésée, ni sur les lèvres, l’intérieur des narines ou l’intérieur des oreilles.

Grossesse et allaitement

– Par précaution, l’utilisation de Picato pendant la grossesse n’est pas recommandée.

– En cas d’allaitement, tout contact du nourrisson avec la zone traitée doit absolument être évité pendant les 6 heures qui suivent l’application du gel.

Effets indésirables

– Des réactions cutanées locales à type d’érythème, de desquamation, de formation de croûtes, de gonflement, de vésicules/pustules ou d’ulcérations sont très fréquentes. Elles apparaissent rapidement, dans les heures qui suivent l’application. Elles atteignent un pic d’intensité maximale au lendemain de l’arrêt du traitement (3e ou 4e jour) et se résorbent en deux à quatre semaines. L’intensité de ces réactions peut varier selon les individus et la zone traitée. La cinétique de ces réactions étant prévisible, le patient peut choisir à quel moment il préfère débuter le traitement.

– Picato ne provoque pas de troubles pigmentaires ou cicatriciels. Il est dénué de toute phototoxicité.

– Le contact avec les yeux est à éviter (risque d’œdème de la paupière et d’œdème périorbitaire). Si un contact accidentel survient, il convient de rincer immédiatement les yeux à grande eau et de consulter rapidement un médecin.

Interactions médicamenteuses

Aucune étude d’interaction n’a été effectuée. Picato n’étant pas absorbé par voie systémique, les interactions avec d’autres médicaments systémiques sont considérées comme minimes.

Conservation

Picato doit être conservé au réfrigérateur entre + 2 et + 8 °C.

FICHE TECHNIQUE

Liste I, remb. SS à 30 %.

→ Mébutate d’ingénol 150 g/g boîte de 3 tubes de 0,47g, 78,56 €, AMM : 34009 268 528 4 9.

→ Mébutate d’ingénol 500 g/g, boîte de 2 tubes de 0,47 g, 78,56 €, AMM : 34009 268 529 0 0.

Léo Pharma

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LA KÉRATOSE ACTINIQUE

Qu’est-ce que c’est ?

La kératose actinique (ou solaire) désigne une lésion cutanée liée à la saturation de la capacité de résistance de la peau aux rayonnements UV, naturels ou artificiels, et particulièrement aux UVB. La kératose actinique se manifeste par l’apparition de papules kératosiques au niveau de zones exposées au soleil : visage, cuir chevelu pour les personnes chauves, dos des mains, avant-bras, décolleté… La kératose actinique peut également toucher les lèvres : on parle alors de chéilite actinique.

Qui touche-t-elle ?

La kératose actinique touche surtout les sujets de plus de 60 ans ayant les cheveux, la peau et les yeux clairs : près de 80 % des sujets caucasiens de cette tranche d’âge en sont atteints. La kératose actinique touche davantage les personnes immunodéprimées. La prévention de la kératose actinique repose essentiellement sur la mise en place de mesures de protection solaire efficaces en cas d’exposition (crème solaire et vêtements couvrants), l’éviction des cabines de bronzage et la réalisation d’une surveillance dermatologique régulière, particulièrement pour les peaux concernées.

Comment évolue-t-elle ?

La kératose actinique est une lésion bénigne mais dite précancéreuse car pouvant évoluer, sans traitement efficace, vers un carcinome épidermoïde cutané, appelé anciennement carcinome spinocellulaire. L’évolution d’une kératose actinique en carcinome épidermoïde cutané concernerait environ 10 % des patients. Les carcinomes épidermoïdes peuvent métastaser mais sont de bon pronostic lorsque le diagnostic est réalisé précocement. Le risque de cancérisation est d’autant plus important que le nombre de lésions et leur surface sont élevés. Le tabac et l’infection par le HPV (papillomavirus humain) sont, en tant que cocarcinogènes, des facteurs de risque de cancérisation.

Delphine Guilloux

L’AVIS DU PHARMACOLOGUE Denis Richard, hôpital Laborit (Poitiers)

Ingénol : en seconde intention

L’intérêt du mébutate d’ingénol (Picato) a été analysé par la Commission de la transparence au vu de six études :

– Quatre études randomisées en double aveugle versus placebo, à court terme (57 jours), dont deux portaient sur des lésions kératiniques s’étendant sur le visage et le cuir chevelu et deux sur des lésions affectant le tronc et les extrémités. Dans ces études, l’ingénol s’est globalement montré plus efficace que le placebo sur la disparition complète des lésions. Les résultats au niveau de certains des sous-groupes sont impossibles à interpréter au plan statistique (nombre de patients insuffisant).

– Trois études observationnelles de suivi prospectif sur 12 mois destinées à évaluer le taux de récidive, suivant les études en double aveugle versus placebo, ont été réalisées en ouvert. Deux d’entre elles seulement ont été présentées à la Commission de la transparence : elles portaient respectivement sur les lésions du visage et du cuir chevelu et sur celles du tronc et des extrémités. Les patients inclus présentaient une disparition complète des lésions ; ceux traités par placebo constituaient un groupe contrôle. Ces études non comparatives, limitées à une période de une année, n’ont pas permis de conclure quant à l’efficacité du mébutate d’ingénol sur les récurrences de kératose. Il n’existe pas d’étude comparant l’action de l’ingénol à celle de la cryothérapie ou à celle d’un autre traitement médicamenteux de la kératose actinique (la seule étude comparative avec l’imiquimod est sans valeur méthodologique).

La Commission de la transparence attend des études complémentaires : l’une portant sur l’usage répété de Picato (résultats en 2014) et l’autre sur le risque de développement d’un carcinome spinocellulaire dans la zone traitée par le médicament (résultats attendus en 2018). Au vu d’un faible niveau d’efficacité à long terme et des effets iatrogènes locaux, la HAS préconise de réserver Picato à la seconde ligne de traitement.

Dites-le au patient

Il faut éviter tout lavage et tout contact physique avec la zone traitée durant les 6 heures qui suivent l’application.

Le gel ne doit pas être appliqué tout de suite après une douche ou un bain.

Un intervalle d’au moins 2 heures entre l’application et le coucher est requis.

Pour atténuer les réactions locales, pulvériser de l’eau thermale éventuellement glacée (6 heures au moins après l’application) et/ou appliquer un topique apaisant.