Se protéger des moustiques et des tiques

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Publié le 30 juin 2021
Par Nathalie Belin
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Moustiques et tiques sont les principaux vecteurs de maladies transmissibles à l’homme. Retour sur les solutions recommandées pour se protéger de leurs piqûres et les conseils à diffuser.

Pourquoi se protéger ?

• Des moustiques. Outre les réactions désagréables induites par la piqûre et le risque de surinfection par grattage, les moustiques sont vecteurs de nombreux agents pathogènes.

→ Genre Anophèles. Piquant surtout au crépuscule et la nuit, les anophèles transmettent le paludisme. En France, seuls existent des cas d’importation (les symptômes débutent au retour d’un séjour en zone endémique).

→ Genre Culex : ils piquent surtout la nuit et sont notamment responsables de la fièvre à virus West Nile, ou fièvre du Nil occidental. En recrudescence depuis 2010 sur le pourtour méditerranéen (25 cas autochtones en 2018).

→ Genre Aedes, dont fait partie le moustique tigre. Ils piquent le jour, avec une prédilection pour les début et fin de journée. Ils transmettent le chikungunya, la dengue et zika (voir Info+ p. 63 et 64). Fin 2020, 64 départements métropolitains étaient colonisés par le moustique tigre(1) et 6 foyers autochtones de dengue, identifiés.

→ Les moustiques transmettent aussi le virus de la fièvre jaune, dont il existe un vaccin, obligatoire pour aller en Guyane et recommandé aux voyageurs dans les régions intertropicales d’Afrique et d’Amérique du Sud.

• Des tiques. Elles se nourrissent de sang d’oiseaux ou de mammifères, dont l’homme. Au cours de ses repas, la tique peut être infectée par des virus, des bactéries ou autres parasites. Les tiques redoutant la sécheresse, elles sont absentes du pourtour méditerranéen et des zones d’altitude peu boisées à moins de 1 500 mètres en général (voir Info+).

→ Borréliose de Lyme. Due à une bactérie du genre Borrelia, c’est la plus connue et la plus répandue des maladies transmises par les tiques dans l’hémisphère Nord. En France, selon les régions, 2 à 20 % des tiques seraient infestées par Borrelia(2). L’Est et le centre sont les plus à risque, en particulier Alsace, Limousin et Rhône-Alpes.

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→ Encéphalite à tiques. Liée à un virus, cette maladie est très rare en France. Deux vaccins non remboursés existent (Ticovac et Encepur) et sont recommandés aux personnes séjournant dans certaines régions d’Europe centrale ou de l’Est notamment (Allemagne, Pologne, Autriche, Suisse, Finlande…) en zones rurales ou boisées, à moins de 1 500 mètres d’altitude.

Comment se protéger ?

Contre les moustiques

• Les répulsifs cutanés perturbent le système de repérage des moustiques et des acariens comme les tiques, sans les tuer. Ils font partie des produits biocides. À ce jour, quatre molécules sont recommandées dans la prévention des maladies à transmission vectorielle*. L’icaridine et l’huile d’Eucalyptus citriodora (PMD) sont encore en cours d’évaluation au niveau européen. Les produits avec DEET ou IR3535 doivent à présent demander une AMM.

→ DEET : molécule la plus anciennement utilisée, à des concentrations de 10 à 50 %, elle peut induire des irritations cutanées, voire des effets neurologiques rares mais graves à types de confusions, convulsions… notamment en applications prolongées et/ou sur une grande surface. Elle détériore certains tissus, le cuir et le plastique (branches de lunettes…). Précautions : non recommandé avant 2 ans et chez la femme enceinte sauf si risque de maladie vectorielle. En cas d’exposition aux anophèles transmettant le paludisme, la concentration minimale efficace est de 30 %. Exemples : Insect Écran Zones infestées, Moustifluid Zones à hauts risques, Biovectrol Tropiques…

→ IR3535 : reconnue pour sa bonne tolérance, elle est recommandée à des concentrations de 20 à 35 %. Concentrée à 20 %, elle est utilisable à partir de 6 mois. Exemples : Moustifluid Zones tempérées, Zones tropicales et Zones à hauts risques, Cinq sur cinq Tropic, Famille et Zones tempérées, Parasidose moustiques Zones tempérées, Apaisyl Protection quotidienne…

→ Icaridine : concentrée à 20 % au moins, elle a une efficacité répulsive similaire à celle du DEET contre les moustiques. Elle expose à des irritations cutanées et oculaires. Précautions : contre-indiquée avant 2 ans, décolore le cuir. Exemples : Insect Écran Spécial tropiques, Manouka Adulte et Famille, Mousti K.O Zones tropicales & infestées…

→ Huile d’Eucalyptus citriodora. Anciennement nommé PMD, P-menthane-3,8-diol, cet analogue semi-synthétique, dérivé de l’eucalyptus citronné et non de l’huile essentielle d’eucalyptus citronné, est efficace concentré de 19 à 25 %. Précautions : de nombreuses références le combinent à des huiles essentielles contre-indiquées chez les jeunes enfants et les femmes enceintes. Exemples : Biovectrol Eucalyptus, Parasidose moustiques Toutes zones Famille, Para’Kito Extra fort et Protection forte, gamme MoustiCare…

• Produits d’imprégnation. À base de perméthrine, substance pyréthrinoïde répulsive et insecticide, ils sont préconisés pour imprégner vêtements (les moustiques piquent à travers les tissus), moustiquaires si elles ne sont pas déjà imprégnées, toiles de tente ou voilages : Insect Écran Vêtements, Cinq sur cinq Spray vêtements et tissus, Biovectrol Tissu… Selon les formules, la protection persiste deux mois et/ou résiste à deux à six lavages. Précautions : l’ingestion ou l’inhalation massive de pyréthrinoïdes expose à des troubles neurologiques. À manipuler avec des gants dans une zone aérée, en laissant sécher le vêtement avant de le porter. Attention à n’imprégner que la partie extérieure du vêtement et pas celle en contact avec la peau ! Pas avant 2 ou 3 ans selon les fabricants mais utilisables chez les femmes enceintes. Très toxique pour les organismes aquatiques et les chats. À noter : certains sont imprégnés de géraniol (Mousticare Spray vêtements et tissus…) et leur action répulsive est temporaire.

• Moustiquaire. Elle est recommandée en première intention pour protéger les enfants avant l’âge de la marche/déplacement (moustiquaires pour berceaux, poussettes ou à poser au sol) ou se prémunir des moustiques qui piquent la nuit, donc notamment en zone impaludée. Privilégier une moustiquaire imprégnée d’insecticide : Pharmavoyage, Insect Écran…

• Diffuseurs électriques d’insecticide. Utiles en appoint des mesures précédentes dans les maisons, à condition de les employer dans un espace restreint, variable selon les produits (pièces de 10 à 30 m2). Précautions : privilégier des utilisations ponctuelles de quelques heures, puis aérer la pièce. À éviter avant 2 ans, chez les femmes enceintes et les personnes asthmatiques. Même précaution pour les aérosols insecticides qui, de plus, nécessitent de ne pas rester dans la pièce traitée dans les 15 à 30 minutes suivant la pulvérisation.

• Ventilation et climatisation : efficacité relative mais réduisant néanmoins le risque de piqûres en perturbant le vol des insectes.

• Huiles essentielles. Certaines ont des propriétés répulsives reconnues et prétendent à cette allégation, mais à ce jour, leurs propriétés répulsives sont jugées trop brèves et/ou insuffisantes pour une protection efficace. Exemples : huiles essentielles de menthe, de lavande, citronellal, géraniol, extraits de margousier, de chrysanthème (Chrysanthemum cinerariaefolium) et de lavandin (Lavandula hybrida)… À l’inverse, les huiles essentielles de géranium, d’eucalyptus citronné et de menthe poivrée ne peuvent revendiquer une action répulsive(3). Précautions : potentiellement irritantes et photosensibilisantes, elles sont contre-indiquées chez la femme enceinte, avant 30 mois et en cas d’antécédents de convulsions. Prudence chez les personnes asthmatiques.

• Bracelets imprégnés de citriodiol, géraniol, lavandin (Pharmavoyage, Phytosun arôms, Para’Kito, MoustiCare, Moustifluid…). Leur effet répulsif est limité et ils ne sont pas recommandés si une protection efficace est recherchée. Irritations cutanées et/ou oculaires sont rapportées ! L’Anses déconseille ces bracelets chez les nourrissons et les jeunes enfants(4).

Contre les tiques

• Répulsifs cutanés. Le DEET est le répulsif le plus étudié contre les tiques. Une concentration de 20 % au moins est recommandée. Icaridine, PMD et IR3535 ont aussi prouvé leur efficacité et sont recommandés pour se protéger. « La formulation intervenant dans l’efficacité répulsive, préférer ceux qui mentionnent spécifiquement une action contre les tiques car cela signifie qu’ils ont été testés en laboratoire contre le parasite », recommande Nathalie Boulanger, pharmacienne et entomologiste médicale à Strasbourg (67). Exemples : Insect Écran Zones infestées, Moustifluid Zones à hauts risques, Apaisyl Lotion protection quotidienne, Cinq sur cinq Anti-tiques… Les huiles essentielles aux propriétés répulsives, trop volatiles, ne sont pas recommandées. « L’Anses pratique des essais spécifiques d’un certain nombre de produits (dont le géraniol, des extraits de plantes(5), NDLR) pour mesurer l’efficacité de ces molécules contre les tiques », précise le Dr Boulanger.

• Produits d’imprégnation. Les pyréthrinoïdes sont efficaces contre les tiques. Les produits d’imprégnation sont surtout recommandés dans les zones à forte densité de tiques.

Quels conseils donner ?

• Application des répulsifs. En respectant les restrictions d’emploi et le nombre d’applications du fabricant selon l’âge et en cas de grossesse, ces produits sont sûrs et bien tolérés.

→ Sur les zones découvertes uniquement, sur une peau saine, en évitant la proximité des yeux et des muqueuses. Les durées de protection affichées, issues de tests en laboratoire, dépendent des concentrations en actifs et des composants associés. Elles ne sont qu’un repère car l’humidité atmosphérique, les frottements et la transpiration diminuent la durée d’action. Après une baignade, en cas de sueur ou d’humidité ambiante importante, réitérer l’application.

→ En cas d’exposition au soleil, appliquer la crème solaire 20 à 30 minutes avant le répulsif. Certaines références intègrent une protection solaire mais pas toujours assez efficace.

• Moustiques. Le port de vêtements couvrants est conseillé mais n’empêche pas une femelle moustique affamée de piquer. D’où l’usage de produits d’imprégnation en zone à risque.

→ Toute fièvre au retour d’un voyage en zone à risque doit amener à consulter.

→ En zone colonisée par le moustique tigre, une fièvre, des douleurs articulaires et/ou des éruptions cutanées font suspecter la dengue, le chikungunya ou le zika. Si l’infection est avérée, les mesures de protection contre les moustiques sont indispensables pendant sept jours minimum après le début des symptômes pour éviter de se faire piquer par des moustiques autochtones qui pourraient transmettre la maladie.

• Contre les tiques. Idéalement, marcher au milieu du chemin plutôt que dans les herbes ou les talus.

→ La mesure de protection la plus simple reste les vêtements, et un chapeau car les tiques s’agrippent aux cheveux, et si possible clairs, pour mieux les repérer et vite s’en débarrasser car, une fois sur les vêtements, la tique se déplace pour trouver une zone à piquer !

→ Inspection minutieuse après une balade. La piqûre d’une tique est indolore et sa petite taille de 2 ou 3 millimètres, mais jusqu’à 2 cm gorgée de sang, rend son repérage difficile. Une fois ses parties buccales insérées dans la peau, elle y reste solidement fixée. « Plus son repas est long, plus il est difficile de l’extraire et plus le risque de transmission d’un pathogène potentiellement présent est important », indique le Dr Boulanger. Le risque de transmission de Borrelia est très faible les premières 24 heures, mais augmente ensuite significativement. En pratique : « Inspecter les vêtements après la balade car les tiques peuvent y rester accrochées, et éviter de les remettre dans les jours qui suivent ». Les rechercher aux endroits où la peau est fine : aisselles, plis du coude ou du genou, derrière les oreilles, cuir chevelu… Passer la main sur la peau permet de les sentir. Répéter l’opération le lendemain car la tique aura entre-temps grossi et sera plus facilement repérable.

→ Retrait d’une tique. Idéalement avec un tire-tique (Moustifluid, Cinq sur cinq…) ou une pince à épiler. Inutile de faire des mouvements de rotation mais la saisir au plus près de la peau pour ne pas l’écraser. Désinfecter ensuite la zone de piqûre avec chlorhexidine ou du Dakin.

→ Surveiller un mois toute zone piquée. Une rougeur durant deux à trois jours, conséquence d’une réaction inflammatoire locale, est normale. En revanche, un halo rouge de 5 cm au moins s’agrandissant peu à peu peut être l’un des premiers signes de la maladie de Lyme, comme une fièvre, une grande fatigue ou des douleurs articulaires inexpliquées. Un avis médical s’impose alors pour une antibiothérapie. Attention ! Les autotests de la maladie de Lyme ne sont pas recommandés par les experts car ils peuvent être à l’origine de faux positifs, et rassurer à tort.

(1) Carte de présence du moustique tigre en France métropolitaine, sur le site solidarites-sante.gouv.fr

(2) Borréliose de Lyme, Santé publique France.

(*) Recommandations de bonne pratique pour la protection personnelle antivectorielle, Société de médecine des voyages et Société française de parasitologie, 2010.

(3) Fiches pratiques « Produits anti-moustiques », DGCCRF, juin 2020.

(4) Réactions cutanées et oculaires aux bracelets répulsifs anti-insectes, Anses, novembre 2019.

(5) Saisine n° 2018-SA-0105 relative à l’efficacité des biocides répulsifs contre les tiques et aux modalités de leur utilisation, Anses.

Info +

→ En France métropolitaine, la période d’activité des moustiques s’étale de juin à fin octobre. Pour les tiques, on note une recrudescence au printemps et à l’automne, avec des disparités régionales : maintien de leur activité en hiver en climat doux et océanique ; recrudescence en été pour les régions les plus en altitude.

Info +

→ Le virus du chikungunya, qui signifie « qui marche courbé en avant », provoque des douleurs articulaires aiguës des poignets, doigts, chevilles, pieds, genoux, qui peuvent être persistantes, accompagnées de fièvre, de douleurs musculaires, d’éruption cutanée, voire d’atteintes neurologiques graves.

Signaler et s’informer

→ Le programme de recherche Citique vise à mieux comprendre l’écologie des tiques, les maladies qu’elles transmettent et leur prévention. Il invite toute personne à signaler une piqûre de tique sur l’adresse citique.fr ou via l’application smartphone « Signalement Tique », qui diffuse également des conseils de prévention et la carte de présence des tiques en France.

→ La diffusion du moustique tigre est également étroitement surveillée. Pour s’informer, visualiser son implantation et signaler sa présence en France, rendez-vous sur signalement-moustique.anses.fr.

Info +

→ La dengue est une maladie due à un virus qui se manifeste par une forte fièvre, des troubles digestifs, des douleurs musculaires et articulaires et une éruption cutanée. Elle peut évoluer vers une forme hémorragique grave et un syndrome de choc mortel.

→ Zika est une maladie virale qui peut être silencieuse ou donner fièvre, maux de tête, éruption cutanée, fatigue, douleurs musculaires et articulaires… Chez la femme enceinte, elle peut entraîner une malformation sévère du fœtus avec retard mental irréversible.

Avec l’aimable collaboration du Dr Nathalie Boulanger, pharmacienne et entomologiste médicale à l’université de Strasbourg (67) et au Centre national de référence des Borrelia.