Santé buccodentaire : les conseils au comptoir

© Getty Images

Santé buccodentaire : les conseils au comptoir

Réservé aux abonnés
Publié le 5 avril 2025
Par Nathalie Belin
Mettre en favori
Outre la douleur et l’inconfort, les pathologies buccodentaires sont des facteurs de risque d’apparition, de déséquilibre ou d’aggravation de certaines pathologies. Leur prévention passe par une hygiène respectueuse des dents et des gencives, à intégrer dans une routine quotidienne.

Quel est le contexte ?

Les affections buccodentaires sont très fréquentes. Parmi les adultes, en France, 33 à 50 % présenteraient au moins une dent cariée et un tiers souffriraient d’érosion dentaire. La moitié des plus de 35 ans serait touchée par une affection parodontale avec, dans 10 % des cas, une forme sévère de la maladie.

Outre la gêne, les pathologies buccodentaires, en particulier les parodontopathies, peuvent générer un état de dénutrition. Elles sont aussi susceptibles de favoriser une inflammation à distance de la sphère buccale, via le passage de molécules pro-inflammatoires ou de bactéries dans la circulation générale. Ainsi, des liens ont été établis entre les pathologies buccodentaires et le risque d’accouchement prématuré, ainsi qu’avec le déséquilibre ou l’aggravation de maladies chroniques telles que des maladies cardiovasculaires, le diabète et la polyarthrite rhumatoïde.

Par ailleurs les foyers infectieux buccodentaires peuvent retarder la mise en œuvre de traitements médicaux (chimiothérapies, immunosuppresseurs, bisphosphonates, etc.).

© DR

Les principales pathologies buccodentaires

Les caries

Elles sont la conséquence d’une destruction localisée de la dent à la suite d’une déminéralisation de l’émail ou du cément par les substances acides produites par les bactéries de la plaque dentaire à partir des sucres alimentaires.

Principaux facteurs favorisants : consommation d’aliments ou de boissons sucrés, brossage inadéquat, absence d’utilisation de dentifrice fluoré, sécheresse buccale, port d’appareils orthodontiques, tabagisme, prédisposition génétique, médicaments (par exemple, ceux dont la composition inclut du sucre et ceux qui aggravent la sécheresse buccale comme les anticholinergiques, les anti-H1 et les neuroleptiques, les opioïdes, les cytotoxiques).

Publicité

Les pathologies parodontales

La gingivite entraîne une rougeur, plus ou moins associée à un œdème, et un saignement de la gencive. Elle résulte d’une inflammation des gencives liée à l’accumulation de la plaque dentaire qui, en se calcifiant, forme du tartre. Elle est réversible à un stade précoce.

La parodontite est la complication d’une gingivite non traitée. Il s’agit d’une inflammation du parodonte qui entraîne une destruction de l’os et un déchaussement des dents.

Principaux facteurs de risque : mauvaise hygiène buccodentaire, tabagisme, chevauchement des dents, appareils orthodontiques, modification hormonale de la grossesse, consommation d’alcool, diabète mal équilibré.

À noter : chez les fumeurs, les saignements des gencives, signes d’alerte de la gingivite, sont moins fréquents du fait de l’effet vasoconstricteur de la nicotine.

L’hypersensibilité dentaire est liée à une perte de substance de l’émail exposant la dentine et les tubuli (fins canaux dans la dentine qui communiquent avec la pulpe) aux stimuli thermique, physique ou tactile.

Facteurs de risque : abrasion ou érosion de l’émail à la suite de destructions non bactériennes par des acides (consommation alimentaire, notamment de sodas, reflux gastroœsophagien), par du bruxisme, etc., récession gingivale favorisée par l’âge ou un brossage abrasif, parodontite, entre autres.

Les recommandations

Le brossage

Dans la population générale, un brossage des dents matin et soir pour désorganiser le biofilm bactérien est recommandé. Il doit se faire en dehors d’un repas (au moins 30 minutes avant ou après) afin de permettre une remontée du pH buccal. En effet, l’acidité qui accompagne une prise alimentaire associée à l’action mécanique du brossage favorise l’érosion de l’émail.

Brosse à dents. Manuelle ou électrique, elle doit avoir une tête adaptée à la bouche de l’utilisateur, suffisamment petite pour atteindre l’ensemble des zones à brosser. Des brins souples sont préconisés : moins agressifs, ils passent également mieux entre les espaces interdentaires que les brins médium ou durs, ces derniers favorisant l’usure de l’émail et la rétraction des gencives. Il est préconisé de changer de brosse dès que les brins s’ébouriffent, généralement au bout de 3 mois.

Technique de brossage manuelle. Il faut déposer le dentifrice fluoré sur une brosse sèche. Le brossage doit être doux sans agresser le sillon gingival et concerner toutes les faces des dents. Pour ce faire, l’apprentissage de la méthode manuelle Bros est recommandée à partir de 6 ans (voir encadré). Elle peut être remplacée par un brossage électrique, notamment si elle est mal maîtrisée : selon plusieurs études une brosse à dents électrique permettrait une meilleure élimination de la plaque dentaire qu’une brosse manuelle pour une même durée de brossage.

Chez l’enfant plus jeune, l’Union française pour la santé buccodentaire (UFSBD) préconise un brossage doux des dents par les parents dès qu’elles apparaissent, soit entre 6 mois et 12-14 mois généralement. Entre 2 et 6 ans, le brossage est progressivement effectué par l’enfant sous la surveillance des parents selon une technique simple, « horizontale ».

À la fin du brossage, après avoir recraché le dentifrice, il est conseillé de ne pas se rincer la bouche pour une meilleure action de ses composants.

Le dentifrice

Un dentifrice fluoré est recommandé pour renforcer la minéralisation de la dent et pour son action antibactérienne. Sa teneur en fluor doit être adaptée à l’âge.

Une supplémentation en fluor chez le jeune enfant, avant utilisation d’un dentifrice fluoré, n’est préconisée qu’en cas de risque carieux élevé et après évaluation individuelle des apports fluorés. Des apports excessifs peuvent en effet entraîner une coloration irréversible des dents. Une supplémentation fluorée orale n’est pas utile en cas d’usage d’un sel de table fluoré, par exemple, ou d’une eau de boisson comportant plus de 0,3 mg de fluorure par litre.

Le nettoyage interdentaire

Conseillé avant le brossage, il a pour but d’éliminer la plaque dentaire dans les espaces peu accessibles à la brosse à dents et de permettre aux ingrédients du dentifrice d’agir. Il s’effectue à l’aide du fil dentaire pour les espaces les plus étroits ou de brossettes interdentaires (à humidifier au préalable) pour les espaces plus larges. Les bâtonnets en silicone peuvent également être utilisés mais les cure-dents en bois, susceptibles de blesser les gencives, sont à éviter.

En complément

Un bain de bouche d’usage quotidien (sans alcool ou irritant, faiblement dosé en antiseptiques susceptibles de déstabiliser le microbiote buccal) peut contribuer à éliminer un peu la plaque dentaire, mais il ne remplace pas l’action mécanique du brossage et du nettoyage interdentaire. Il s’emploie après le brossage des dents.

Le grignotage, en particulier d’aliments sucrés ou acides, joue un rôle important dans la survenue de pathologies buccodentaires. Il est préférable de limiter les aliments sucrés et de les intégrer aux repas. À défaut, après une prise alimentaire solide ou liquide, l’UFSBD recommande de mâcher durant 20 minutes un chewing-gum sans sucre qui neutralise les acides de la plaque dentaire et favorise la reminéralisation de l’émail en stimulant la production de salive, ou de boire un verre d’eau.

Un contrôle dentaire annuel avec notamment détartrage-polissage sert à prévenir et à dépister les pathologies carieuses et parodontales.

Sources : « Santé buccodentaire des adultes », Santé publique France, 2016 ; « Promouvoir une bonne santé buccodentaire », agence régionale de santé d’Île-de-France, juillet 2024 ; « Powered/electric toothbrushes compared to manual toothbrushes for maintaining oral health », Cochrane, 2014.