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Quelle stratégie vaccinale contre le Covid-19 ?
Les précommandes de vaccins contre le Sars-CoV2 se multiplient partout dans le monde. Avant même que les produits ne soient autorisés par les instances sanitaires, et alors que les questions sur l’immunité naturelle conférée par l’infection restent en suspens, les autorités se demandent déjà comment utiliser les futurs vaccins.
Selon le rapport « Une stratégie de vaccination » du Comité scientifique Covid-19, du Comité vaccin Covid-19 et du Comité analyse, recherche et expertise (Care) publié le 9 juillet, l’immunité collective à l’issue de la première vague de Covid-19 au niveau européen est estimée entre 6 et 15 %. C’est toujours très peu. La quasi-totalité des patients infectés développent des immunoglobulines G (anticorps IgG) corrélés positivement avec l’âge et la sévérité de la maladie, majoritairement dirigés contre les protéines de nucléocapside (NP) et la glycoprotéine spike S. Les malades produisent également des anticorps neutralisants dirigés contre la protéine S, détectables en phase de convalescence et fortement corrélés aux taux globaux d’anticorps. Ils pourraient exercer un effet protecteur contre l’infection. Une réponse immune cellulaire (lymphocytes T CD8 et CD4) a par ailleurs été retrouvée chez respectivement 70 % environ et 100 % des convalescents. Les données suggèrent qu’une élimination efficace du virus fait appel aux deux types de réponses immunitaires, humorale (anticorps) et cellulaire. Le vaccin anti-Covid-19 idéal doit donc induire la production rapide d’anticorps neutralisants dirigés contre la protéine S (avec un ratio anticorps neutralisants/anticorps totaux le plus élevé possible pour minimiser les risques d’exacerbation de la maladie) et une réponse cellulaire de type lymphocytes Th1.
Au 20 août, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recense 139 candidats vaccins en phase préclinique et 30 en cours d’évaluation clinique, dont seulement 6 sont actuellement en phase 3 : université d’Oxford/AstraZeneca (vecteur viral), Moderna (ARN), Pfizer (ARN), Sinopharm (avec 2 vaccins inactivés) et Sinovac (inactivé). A l’exception du vaccin AstraZeneca (1 dose), les 5 autres candidats sont testés avec deux doses à 2, 3 ou 4 semaines d’intervalle. Le groupe Johnson & Johnson a annoncé fin juillet le passage du vaccin à vecteur viral de Janssen en phase 3 en septembre.
A la date du 24 août, la Commission européenne s’est d’ores et déjà positionnée pour l’achat de 1,1 milliard de doses de vaccin auprès de 5 fabricants : AstraZeneca, Curevac, Johnson & Johnson, Moderna et Sanofi/GSK. Au vu des avancées, certains produits pourraient recevoir une autorisation d’utilisation chez l’homme durant le dernier trimestre de l’année, au mieux. L’annonce tonitruante de l’approbation par le ministère de la Santé russe d’un vaccin à vecteur viral développé par l’institut Gamaleya et baptisé… Spoutnik V, laisse la communauté scientifique dubitative. L’accélération des progrès dans le développement des vaccins ne doit pas se faire à tout prix. « La préqualification de tout vaccin comprend l’examen et l’évaluation rigoureux de toutes les données requises en matière de sécurité et d’efficacité lors des essais cliniques », a aussitôt rappelé un porte-parole de l’OMS, le 11 août. « Il est impératif de se donner le temps nécessaire à une évaluation rigoureuse tant de l’efficacité que de la sécurité des candidats vaccins avant leur utilisation à grande échelle », insistent également les experts des Comités scientifique et vaccin Covid-19. Une évaluation d’autant plus importante que, d’après une enquête Santé publique France menée en ligne en juillet auprès de 2 000 personnes, 37,7 % des Français se déclarent réticents à la vaccination contre le Covid-19 et à peine 30 % se feraient vacciner sans hésiter si le vaccin était disponible.
Le vaccin, pour qui ?
Dans ces conditions, comment intégrer efficacement l’outil vaccinal dans la lutte contre l’épidémie liée au Sars-CoV-2 ? « Si une vaccination obligatoire n’est ni souhaitable ni envisageable, une stratégie de vaccination fondée sur des choix purement individuels peut manquer d’efficacité et se révéler injuste socialement », estime le Comité scientifique. Qui préconise la mise en place d’une stratégie de vaccination organisée, tout comme la Haute Autorité de santé (HAS). « Les objectifs de santé publique sont multiples », explique cette dernière dans un rapport présenté fin juillet. Il y a en premier lieu la prévention individuelle, qui implique de vacciner des groupes de populations spécifiques comme les personnes vulnérables à risque de formes graves ou leur entourage. Mais la prévention collective pour freiner la transmission du virus et la nécessité de maintenir les besoins vitaux de bon fonctionnement du pays sont également à prendre en compte. La HAS propose quatre scénarios différents de vaccination selon l’intensité de la circulation virale. Dans tous les cas, « les professionnels de santé et du médicosocial de première ligne constitueront les cibles prioritaires incontournables de la vaccination », de même que « les personnes à risque de forme grave » (personnes âgées de plus de 65 ans et celles présentant une comorbidité). Soit, au total, environ 25 millions de Français.
Le Comité scientifique prône la vaccination des personnes concernées par les professionnels de soins de santé primaire, dont les pharmaciens. Et propose d’intégrer dans la campagne les vaccinations grippale et pneumococcique. Les médecins et les pédiatres appellent en sus à la généralisation de la vaccination des nourrissons contre le rotavirus, qui contribuerait aussi à faciliter le diagnostic différentiel de Covid-19.
L’hiver 2020 s’annonce donc comme éminemment vaccinal. Mais pour emporter l’adhésion des Français échaudés par de précédents débats largement médiatisés, une communication transparente est indispensable. Elle devra explicitement dire (et redire) que l’accélération de la vitesse de développement des nouveaux vaccins ne concerne pas les étapes de sécurité, qui sont maintenues, mais les modes de développement et de production. Un message qu’il conviendra de relayer en officine.
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