« Je voudrais un produit contre mes boutons ! »

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Publié le 23 septembre 2017 | modifié le 2 février 2025
Par Nathalie Belin
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Premier motif de consultation en dermatologie, l’acné concerne de nombreux adolescents mais aussi des adultes. Outre des conseils de bon sens, le pharmacien doit expliquer l’utilisation des soins locaux et encourager leur observance.

1 Prenez-vous des médicaments ?

– Anne, 50 ans : J’ai une poussée d’acné ! C’est peut-être la ménopause qui fait ça… Pourriez-vous me donner quelque chose ?

– Le pharmacien : Avez-vous pris un nouveau traitement récemment ?

– Oui, Téralithe depuis 1 mois…

Certains médicaments peuvent provoquer des éruptions acnéiformes ou aggraver une acné préexistante. Il s’agit notamment du lithium, de certains progestatifs (noréthistérone, lévonorgestrel), des corticoïdes, des anti-EGFR utilisés dans le traitement du cancer du poumon (géfitinib, erlotinib…), de certains inhibiteurs de tyrosine kinase (dasatinib, notamment indiqué dans certaines leucémies), de la phénytoïne ou encore de certains immunosuppresseurs (tacrolimus). Dans ces situations, un avis médical est recommandé pour adapter le traitement (changement de molécule, diminution de posologie…) et/ou mettre en place un traitement par doxycycline. En attendant la consultation médicale, des soins locaux peuvent être recommandés : produits d’hygiène adaptés, peroxyde de benzoyle… A noter également, des cosmétiques trop gras ou trop couvrants (certaines poudres, fonds de teint ou laits de toilette non rincés) favorisent la survenue de lésions acnéiques.

2Une exposition au soleil est-elle prévue ?

– Emmie, 18 ans, avec un tube de Curaspot : Je voudrais aussi des bouchons d’oreilles pour mon voyage en avion.

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– Le pharmacien : Vous partez en vacances ?

– Oui, en Australie !

– Avez-vous prévu une crème solaire ?

– Oui, un indice 15 pour le corps et le visage… J’espère que les boutons vont disparaitre avec le soleil !

Une amélioration de l’acné est fréquente en cas d’exposition solaire car les UV ont un effet anti-inflammatoire. Mais une aggravation survient souvent secondairement. Par ailleurs, les patients de phototype foncé sont exposés à un risque important de cicatrices pigmentées. Il est donc préférable de protéger sa peau du soleil en cas d’acné. L’utilisation de traitements photosensibilisants (peroxyde de benzoyle comme ici, ou cyclines), ou irritants (rétinoïdes locaux ou systémiques) impose une photoprotection élevée, non comédogène. On peut aussi recommander d’interrompre le traitement par peroxyde de benzoyle durant la durée de l’exposition solaire.

3 Quel est le contexte ?

– Mme X., 40 ans : Un flacon d’Eau précieuse et d’Hexomédine transcutanée, s’il vous plaît.

– Le pharmacien : Hexomédine transcutanée, c’est pour ?

– Pour les boutons d’acné de Paul. Il en a de plus en plus !

Hexomédine transcutanée peut être utile pour assécher et accélérer la cicatrisation de boutons occasionnels, mais ne convient pas à une peau acnéique. D’une manière générale, bannir les soins ou cosmétiques irritants (alcool, antiseptiques, gommages trop fréquents) qui provoquent une hyperséborrhée réactionnelle. Des produits d’hygiène adaptés aux peaux à tendance acnéique et du peroxyde de benzoyle, anti-inflammatoire, peuvent être recommandés à Paul en complément de l’Eau précieuse (à visée kératolytique).

4 Savez-vous l’utiliser ?

– Camille, 16 ans : J’ai commencé un traitement par Curaspot mais j’ai la peau super irritée, regardez !

– Le pharmacien : En effet. Comment l’utilisez-vous ?

– J’en mets matin et soir.

– Vous rincez bien le produit ?

Si l’AMM de Curaspot indique deux applications par jour, il est habituellement recommandé d’appliquer le peroxyde de benzoyle une fois par jour, le soir, pour une meilleure tolérance. Curaspot doit être impérativement rincé. Toute irritation nécessite d’espacer les applications, tous les 2 ou 3 jours par exemple, jusqu’à amélioration. Il faut appliquer le gel de peroxyde de benzoyle sur une peau bien sèche (moins irritant que sur une peau humide). Un soin hydratant adapté le matin peut aider à mieux supporter le traitement. La molécule décolore les textiles et les phanères : bien se laver les mains après l’application, utiliser une serviette de toilette et une taie d’oreiller blanches, éviter de l’appliquer à proximité des cheveux. 

L’ESSENTIEL SUR LES TRAITEMENTS 

L’acné est liée à un dysfonctionnement du follicule pilosébacé. Trois facteurs sont impliqués dans son apparition : une kératinisation anormale du follicule pileux et une hyperséborrhée sous l’action des androgènes, conduisant à la formation de comédons (points blancs et points noirs appelés aussi lésions rétentionnelles), ainsi qu’une inflammation à la suite de prolifération de Propionibacterium acnes. Une bactérie normalement présente sur la peau, conduisant à la formation de boutons (papules, pustules, voire nodules). L’acné peut être à prédominance rétentionnelle, inflammatoire ou mixte. Traitements locaux

PEROXYDE DE BENZOYLE

Antibactérien, modérément kératolytique et sébostatique (Curaspot 5 %).
Pour qui ? A partir de 12 ans, en cas d’acné légère à modérée, à prédominance inflammatoire ou mixte.
Comment ? Matin et soir, sur le visage ou les zones étendues (thorax, dos), à rincer après 1 à 5 minutes de pose (d’autres spécialités sur prescription s’appliquent une à deux fois par jour, le soir sans rinçage). Espacer les applications en cas d’irritations, ainsi qu’en entretien.
Des effets indésirables ? Irritations cutanées (rougeurs, desquamation, sensation de brûlure), sécheresse de la peau, photosensibilisation, décoloration possible des phanères et des textiles.
Des précautions ? Pas d’utilisation à proximité des muqueuses (yeux, bouches, narines).

SOINS DERMOCOSMÉTIQUES

A visée « traitante » pour peaux à tendance acnéique. Ils peuvent combiner une action kératolytique (AHA, acide glycolique, acide salicylique…), séborégulatrice (extrait de Sabal serrulata, gluconate de zinc…) et anti-inflammatoire en limitant l’action de P. acnes (lipobactol, vitamine PP ou niacinamide, extraits de plantules d’avoine Rhéalba, diolényl, myrtacine…). Exemples : Phys-Ac Soin Global, Cleanance Expert, Keracnyl PP, Exfoliac Global 6, Hyséac A.I. A appliquer le soir, voire matin et soir. Ces produits peuvent être irritants.
A visée hydratante : séborégulateur à appliquer le matin (Hyséac Mat’, Sebium Mat Control…) ou restructurant et apaisant, en association à des traitements asséchants en particulier l’isotrétinoïne orale (Keracnyl Repair, Hyséac R, Phys-Ac Hydra…).

Par voie orale

GLUCONATE DE ZINC

Granions de zinc, Rubozinc, Effizinc…Action essentiellement sur la composante inflammatoire.
Pour qui ? En cas d’acné légère à modérée, seul ou en complément d’un traitement local.
Comment ? 30 mg par jour pendant au moins 3 mois.
Des précautions ? A prendre à distance des repas. A éviter au premier trimestre de la grossesse.
Des interactions ? Prendre le fer, le calcium, les cyclines, les fluoroquinolones, le strontium à 2 heures de distance du zinc (risque de diminution de leur efficacité).
Conseils complémentaires
– L’amélioration n’est pas immédiate, mais apparaît après quelques semaines de traitement. Aucun traitement n’étant curatif (en dehors, dans certains cas, de l’isotrétinoïne orale), il est nécessaire de poursuivre un traitement local d’entretien aussi longtemps que nécessaire.
– L’effet néfaste de certains aliments (sucres rapides, laitages…) n’est pas clairement démontré. Il n’y a donc pas lieu de modifier l’alimentation.
– Ne pas manipuler les lésions : risque de cicatrices parfois irréversibles.