«   Je voudrais un produit antimoustique   »

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Publié le 2 juillet 2016
Par Nathalie Belin
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Les répulsifs ont-ils tous la même efficacité, la même innocuité ? Non bien sûr. Mais en posant les bonnes questions, vous délivrerez le produit le plus adapté.

1  Pour qui est-ce ?

Une femme de 40 ans :Nous sommes attaqués par les moustiques tous les soirs. Il paraît que le DEET est efficace.

Le pharmacien : Oui, mais c’est pour qui exactement ?

— Eh bien… moi, mon mari et mes enfants de 3 et 10 ans.

Bien vérifier à qui est destiné le produit antimoustique. Le DEET n’est pas la molécule la plus adaptée chez les enfants de moins de 12 ans, en dehors des zones à risque de transmission de maladies vectorielles. L’IR3535 et l’icaridine à concentration plus faible que chez l’adulte, ainsi que le PMD conviennent aux enfants.

Un homme avec un bébé en poussette : Je voudrais un antimoustique.

Le pharmacien : C’est pour vous ?

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— Non, c’est pour mon bébé de 13 mois et ma femme qui est enceinte. On va camper près d’un lac la semaine prochaine…

Chez les enfants, jusqu’à l’âge de la marche et au cours de la grossesse, il est recommandé de privilégier les mesures physiques de protection (moustiquaire sur la poussette ou le lit, vêtements de préférence imprégnés). Néanmoins, les répulsifs peuvent être utilisés dès 6 mois et chez la femme enceinte, à concentration minimale efficace. L’ANSM précise que, hors situations à risque, l’IR3535 est à privilégier.

2  Quel est le contexte ?

Un homme de 25 ans constituant sa trousse à pharmacie de voyage : Voilà… et il me faudrait aussi une boîte de spray antimoustique.

Le pharmacien : Où partez-vous ?

— En Afrique du Sud. Pendant 3 semaines.

— Comment serez-vous hébergé ?

— On sera en maison et sous tente.

Outre une protection antimoustique efficace, certaines destinations en pays tropicaux exigent une chimioprophylaxie antipaludéenne et la réalisation ou mise à jour de certaines vaccinations. Si le patient ne l’a pas fait, lui recommander une consultation médicale, le cas échéant dans un centre de médecine des voyages. De plus, une moustiquaire imprégnée est ici fortement recommandée en plus du répulsif cutané et d’un spray pour vêtements à base de perméthrine. Prévoir une quantité de répulsif cutané suffisante : 100 ml de produit assurent la protection d’une personne (bras, jambes, visage) durant 15 à 20 jours environ à raison de 2 à 3 applications par jour.

Une femme de 35 ans, enceinte :Vous auriez des bracelets antimoustiques ?

Le pharmacien : Vous partez en voyage ?

—Oui, je dois aller en Guadeloupe avec mon mari.

Il est déconseillé aux femmes enceintes de se rendre dans les zones où sévit une épidémie de Zika. Si cela n’est pas possible, l’infection étant potentiellement grave pour le fœtus (microcéphalie…), une protection antimoustique efficace doit être recommandée aux femmes enceintes, ainsi qu’à leur partenaire sexuel (transmission sexuelle du virus démontrée). Les bracelets, qui n’offrent pas une protection suffisante, sont à proscrire.

3  Pas de problème de santé particulier ?

Une femme de 50 ans : Bonjour, je voudrais un antimoustique pour mon mari et moi.

Le pharmacien : Souffrez-vous de pathologies particulières ?

— Non… Enfin mon mari fait de l’asthme.

Les formes sprays ou à pulvériser sont à éviter chez les patients souffrant de pathologies pulmonaires. Préférer une forme stick, par exemple. Attention aussi à certains répulsifs à base de PMD renfermant des huiles essentielles parfois déconseillées en cas d’asthme ou d’épilepsie.

4  Savez-vous l’utiliser ?

Un homme de 30 ans : Je pars en Bolivie. Il me faut un répulsif.

Le pharmacien : Savez-vous à quel moment l’appliquer ?

— Le soir au coucher du soleil, non ?

Pour une efficacité optimale, les applications doivent s’effectuer durant la période d’activité du vecteur : début de journée et fin d’après midi pour les moustiques du genre Aedes ; au coucher du soleil et avant de se coucher pour une protection vis-à-vis des anophèles et des moustiques du genre Culex. Et renouveler l’application après une baignade ou en cas de transpiration importante. En cas d’utilisation d’une crème solaire, celle-ci doit être appliquée en premier, 20 à 30 minutes avant d’utiliser l’antimoustique, pour conserver l’efficacité du répulsif. §

  • *Dans le cadre du règlement européen sur les biocides, ces substances sont en cours d’évaluation (efficacité et sécurité pour l’homme, l’environnement et l’animal). Une fois l’avis d’approbation rendu, les spécialités doivent obtenir une AMM biocide ; pour la France auprès du ministère en charge de l’écologie.

L’ESSENTIEL 

Outre les réactions cutanées, les moustiques sont vecteurs de nombreux agents pathogènes (virus Zika, paludisme, dengue, chikungunya…). Pour se protéger, il faut privilégier l’application de répulsifs le matin et le soir, périodes d’activité maximale des insectes vecteurs. La durée de protection varie selon la nature et la concentration de la substance active ainsi que des conditions d’utilisation. Les limites d’utilisation des répulsifs (en fonction de l’âge, d’une grossesse) évoluent au fur et à mesure de leur évaluation au niveau européen et du risque d’apparition en France de maladies vectorielles. Quatre molécules sont recommandées.

LES RÉPULSIFS CUTANÉS

Autres mesures – Vêtement couvrants, de préférence imprégnés d’insecticide (perméthrine) ; moustiquaires imprégnées ; diffuseurs électriques (efficacité variable) à l’intérieur des habitations ; spirales insecticides à brûler à l’extérieur . – Huiles essentielles, extraits de plantes et bracelets n’offrent pas une protection suffisante. Les ultrasons ne sont pas efficaces. DEET (ou diethyltoluamide)
Il est considéré comme l’un des répulsifs les plus efficaces vis-à-vis des anophèles. Les produits doivent désormais obtenir une AMM biocide*.
En pratique ? Concentration efficace sur les anophèles ≥ 30 %.
Effets indésirables ? Irritations cutanées et oculaires possibles, rares effets neurologiques (confusions, convulsions…). Hyperexcitabilité possible (patients épileptiques).
A savoir ? Détériore les matières plastiques, certains cuirs et fibres synthétiques (montres, branches des lunettes, lentilles de contact…).
Pour qui ? Non recommandé avant 2 ans (sauf risque élevé de maladie vectorielle sur une période courte). Entre 2 et 12 ans, ainsi que chez la femme enceinte, recommandé uniquement si risque de maladie vectorielle.

ICARIDINE (ou pipéridine-1 ou KBR3023)
Comme le DEET, il s’agit d’une molécule de référence, en particulier vis-à-vis des anophèles. En cours d’évaluation au niveau européen*.
En pratique ? Concentration efficace entre 20 et 30 %.
Effets indésirables ? Irritations cutanées et oculaires possibles.
Pour qui ? Contre-indiquée avant 2 ans et chez la femme enceinte pour des concentrations ≥ 25 %.

IR3535
La molécule est reconnue pour sa bonne tolérance. Les produits doivent désormais demander une AMM*. La durée de protection est moindre vis-à-vis des anophèles.
En pratique ? Concentration efficace entre 20 et 35 %.
Pour qui ? Utilisation possible dès 6 mois et chez la femme enceinte pour une concentration de 20 %.

PMDRBO (ou cis- et trans-p-menthane-3,8 diol ou PMD – marques déposées : Citriodiol, Citrepel 75)
Il s’agit d’un analogue synthétique d’un composant extrait de l’eucalyptus Corymbia citriodora. En cours d’évaluation au niveau européen*.
En pratique ? Concentration efficace entre 20 et 30 %.
Effets indésirables ? Irritations cutanées possibles. En association à d’autres huiles essentielles, se méfier du risque de photosensibilisation.
Pour qui ? Utilisation possible chez l’enfant dès 6 mois, mais pas chez la femme enceinte.