« Je voudrais la pilule du lendemain »

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Publié le 23 avril 2016
Par Nathalie Belin
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La contraception d’urgence limite le risque de grossesse non désirée si elle est correctement utilisée. Pour bien conseiller, il faut poser les bonnes questions…

1 De quand date le dernier rapport ?

UNE JEUNE FEMME D’UNE VINGTAINE D’ANNÉES : Je voudrais la pilule du lendemain.

LE PHARMACIEN : De quand date le rapport non protégé ?

– C’était il y a 8 jours. Mais je devais avoir mes règles cette semaine et je ne les ai pas.

Il n’est pas rare que les patientes ne s’inquiètent qu’à la date prévue des règles. Bien faire préciser la date du rapport non protégé. Le délai d’utilisation possible est de 3 jours à 5 jours après le rapport suivant la méthode utilisée. Pour une efficacité maximale, la contraception d’urgence hormonale doit être prise le plus tôt possible après le rapport à risque.

UNE JEUNE FEMME D’UNE TRENTAINE D’ANNÉES : J’ai oublié ma pilule Jasminelle hier. Que dois-je faire ?

LE PHARMACIEN : Je vais vous expliquer la conduite à tenir. Avez-vous eu un rapport au cours des 5 derniers jours ?

– Oui. Pourquoi ?

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Si un rapport sexuel non protégé a eu lieu dans les 5 jours précédant l’oubli de pilule, la prise d’une contraception d’urgence est recommandée par prudence. Cette période de 5 jours correspond à la durée de vie des spermatozoïdes dans les voies génitales féminines. Par ailleurs, en cas d’oubli de pilule de plus de 12 heures (ou 3 heures pour Microval) il faut prendre immédiatement le comprimé oublié, poursuivre la prise de la pilule et utiliser le préservatif pendant les 7 jours suivant l’oubli.

2 Suivez-vous une contraception régulière ?

UNE JEUNE FEMME : Bonjour, j’ai eu un rapport non protégé hier. Je voudrais la pilule du lendemain.

LE PHARMACIEN : Vous n’avez pas de contraception régulière ?

– Si, je mets des patchs, mais du coup je vais les arrêter jusqu’à ce que j’ai mes règles.

Le contraceptif hormonal régulier doit être poursuivi et de plus associé à une contraception locale durant 7 jours après la prise du lévonorgestrel (Norlevo et génériques), et jusqu’au retour des règles pour l’ulipristal (Ellaone) qui réduit l’action du contraceptif hormonal associé.

3 Quel âge avez-vous ?

UNE JEUNE FILLE : J’ai eu un rapport non protégé hier. Je ne sais pas bien ce que je dois faire. Mes parents ne sont pas au courant et j’ai peur d’aller chez le médecin.

LE PHARMACIEN : Quel âge avez-vous ?

– 15 ans. Pourquoi ?

Le lévonorgestrel et l’ulipristal peuvent être délivrés de manière anonyme et gratuite aux jeunes filles mineures. La dispensation doit s’accompagner de la remise d’une brochure d’information disponible gratuitement auprès du Cespharm (cespharm.fr). Rappeler que la contraception d’urgence ne protège pas des infections sexuellement transmissibles. En cas de risque de contamination, inciter à contacter Sida Info Service (0 800 840 800) ou les urgences d’un hôpital et promouvoir l’utilisation du préservatif. Si nécessaire, orienter vers un centre de planification et d’éducation familiale présent dans chaque département.

4 Prenez-vous d’autres médicaments en ce moment ?

UNE FEMME DE 35 ANS : J’ai eu un rapport sexuel non protégé hier et une grossesse pour moi c’est inenvisageable !

LE PHARMACIEN : Prenez-vous des traitements de manière régulière ou des plantes ?

– Non… enfin si, en ce moment je fais une cure de millepertuis.

Certains médicaments peuvent interagir avec la contraception d’urgence comme les inducteurs enzymatiques (anticonvulsivants, rifampicine, millepertuis, ritonavir…) qui peuvent diminuer son efficacité. Si le traitement ne peut être arrêté, la pose d’un DIU au cuivre est dans ce cas plus adaptée.

5 Connaissez-vous les modalités de prise ?

UNE JEUNE FEMME TRÈS ANXIEUSE : J’ai besoin de la pilule du lendemain. C’est vraiment efficace ? ça m’angoisse tellement que ça me rend malade.

LE PHARMACIEN : Ne vous inquiétez pas, pris dans les délais recommandés, la contraception d’urgence réduit fortement le risque de grossesse. Après la prise du comprimé, vous savez quoi faire si vous vomissez ?

En cas de vomissement survenant dans les 3 heures suivant la prise d’ulipristal ou de lévonorgestrel, il faut reprendre un comprimé supplémentaire immédiatement. Au-delà, il n’est pas nécessaire de prendre un nouveau comprimé.

L’ESSENTIEL

La contraception d’urgence désigne les méthodes visant à prévenir la survenue d’une grossesse non désirée après un rapport non ou mal protégé. Elle peut être prise si besoin plusieurs fois au cours du même cycle. Toutefois, elle n’est qu’une solution de dépannage. Le fait d’y recourir fréquemment doit amener à faire le point pour mettre en place une contraception régulière adaptée ou pour en changer le cas échéant (oublis trop fréquents de pilule). Le lévonorgestrel et l’ulipristal n’ont pas le même mécanisme d’action et les associer n’est pas logique. Au contraire, leur antagonisme réciproque fait courir un grand risque d’échec.

Les contraceptifs d’urgence

LÉVONORGESTREL

• C’est un progestatif agissant principalement en inhibant ou en retardant l’ovulation.

• Comment le prendre ? 1 comprimé le plus tôt possible, de préférence dans les 12 heures suivant le rapport et jusqu’à 72 heures (3 jours) après. Effectuer un test de grossesse si les règles n’apparaissent pas dans les 7 jours suivant la date prévue ou en cas de règles modifiées en quantité et en durée. Si les cycles sont irréguliers, effectuer le test de grossesse 21 jours après le rapport non protégé.

• Des effets indésirables ? Spottings, règles en avance ou en retard, douleurs pelviennes et abdominales, tension mammaire, nausées, vomissements, diarrhées.

• Quand l’éviter ? En cas d’atteinte hépatique sévère. En cas de surpoids ou d’obésité, possible diminution de l’efficacité.

• Des interactions ? Inducteurs enzymatiques (réduction de l’effet des contraceptifs estroprogestatifs et progestatifs).

• Quelles précautions prendre ? Allaitement non recommandé dans les 8 heures suivant la prise.

ULIPRISTAL

• C’est un modulateur sélectif des récepteurs à la progestérone agissant en inhibant ou en retardant l’ovulation.

• Comment le prendre ? 1 comprimé le plus tôt possible et jusqu’à 120 heures (5 jours) après le rapport. Effectuer un test de grossesse si les règles n’apparaissent pas dans les 7 jours suivant la date prévue ou en cas de règles modifiées en quantité et en durée. Si les cycles sont irréguliers, effectuer le test de grossesse 21 jours après le rapport non protégé.

• Des effets indésirables ? Spottings, règles en avance ou en retard, douleurs pelviennes et abdominales, tension mammaire, nausées, vomissements, diarrhées et aussi céphalées, myalgies, douleurs dorsales, troubles de l’humeur.

• Quand l’éviter ? En cas d’atteinte hépatique sévère ou d’asthme sévère traité par corticoïdes oraux. En cas de surpoids ou d’obésité, possible diminution de l’efficacité.

• Des interactions ? Inducteurs enzymatiques (réduction de l’effet des contraceptifs estroprogestatifs et progestatifs).

• Quelles précautions prendre ? Allaitement non recommandé durant les 7 jours suivant la prise selon le RCP ; selon le Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT), il n’est pas nécessaire de suspendre l’allaitement.

DIU AU CUIVRE

• Le cuivre a un effet cytotoxique sur les gamètes et engendre une inflammation locale. Il est plus efficace que les options hormonales. Il assure une contraception durable. La prescription et la pose se font par le médecin ou la sage-femme.

• Pour qui ? Toutes les femmes y compris les nullipares.

• Quand ? Jusqu’à 5 jours après un rapport sexuel non ou mal protégé.

• Des effets indésirables ? Métrorragies, spottings, anémie, maladie inflammatoire pelvienne.

• Quand l’éviter ? Malformations utérines et infections en cours.