AINS et grossesse : pourquoi une nouvelle alerte ?

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Publié le 11 février 2017
Par Yolande Gauthier
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Ce n’est pas une nouveauté, mais l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a tenu à le rappeler fin janvier : l’ensemble des anti-inflammatoires non stéroïdiens ou AINS (ibuprofène, kétoprofène, diclofénac, acide niflumique, piroxicam…), y compris l’acide acétylsalicylique à des doses quotidiennes supérieures à 100 mg, sont contre-indiqués chez la femme enceinte dès le début du 6e mois de grossesse. Et ce pour toutes les voies d’administration incluant la voie cutanée, quelle que soit la durée du traitement. Les coxibs Celebrex (célécoxib) et Arcoxia (étoricoxib) sont quant à eux contre-indiqués pendant toute la grossesse.

A l’origine de cette nouvelle alerte, un travail du centre régional de pharmacovigilance de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme)en cours de publication, dont les résultats préliminaires avaient été présentés au congrès de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique en avril 2016. Les auteurs ont étudié le dossier de remboursement de 22 000 femmes enceintes entre 2011 et 2013. 61,5 % d’entre elles ont eu une prescription d’antalgique durant leur grossesse, principalement du paracétamol (59,5 %). L’utilisation des AINS diminue au fil du temps mais n’est pas nulle au dernier trimestre de grossesse : 4,3 % au premier, 1,2 % au second et 0,5 % au troisième. « Nous estimons qu’en France, près de 10 000 femmes enceintes reçoivent chaque année une prescription d’AINS », concluent les auteurs. Un chiffre sans doute sous-évalué, puisque l’automédication n’était pas prise en compte dans cette étude.

Un tel mésusage risque d’avoir de graves conséquences pour la santé du fœtus ou du nouveau-né. L’inhibition de la synthèse des prostaglandines fœtales par les AINS peut, dès la première prise à dose usuelle, provoquer une constriction du canal artériel in utero (avec mort fœtale ou insuffisance cardiaque droite fœtale parfois mortelle) ou induire une insuffisance rénale. Le mot d’ordre est donc : vigilance au comptoir après le 5e mois de grossesse, et utilisation parcimonieuse avant.§

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