« Correcteur de surdité » en officine : les audioprothésistes protestent

© Luis Godinho, président du Syndicat national des audioprothésistes, s’insurge contre l’arrivée en officine des « correcteurs de surdité » préréglés à 35 décibels. - © D. R.

« Correcteur de surdité » en officine : les audioprothésistes protestent

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Publié le 23 février 2018 | modifié le 27 mars 2025
Par Matthieu Vandendriessche
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Proposé sous l’intitulé DE17L et commercialisé par le groupement de pharmacies Evolupharm sous le nom d’Audibest, un « correcteur de surdité » investit le circuit de distribution des pharmacies, mais aussi des optiques. Ce dispositif médical préréglé jusqu’à 35 décibels ne se présente pas comme un assistant d’écoute, dont la vente est légale en officine depuis 2014, avec un préréglage limité à 20 décibels. Uniquement disponible sur ordonnance, donc prescrit après examen par un médecin ORL, il prétend au remboursement dans la LPP au titre d’une audioprothèse.
Echaudés par le précédent des assistants d’écoute, les audioprothésistes s’opposent à ce nouveau venu en officine. Entretien avec Luis Godinho, président du Syndicat national des audioprothésistes (UNSAF).

Audioprothèse, assistant d’écoute et maintenant correcteur de surdité, qu’est-ce qui fait la différence entre ces appareils ?

Luis Godinho : Dans notre domaine, ce n’est pas tant le type d’appareil que le fait qu’il soit posé et suivi par un audioprothésiste qui fait la différence et justifie son remboursement. L’assistant d’écoute, c’est un appareil auditif mis à disposition sans l’accompagnement d’un professionnel de l’audition. Quant au produit que vous évoquez, il ne peut pas être pris en charge. Seuls le sont les appareillages auditifs adaptés par un audioprothésiste.

Pourrait-on alors imaginer pour ce produit un achat en officine et un réglage par un audioprothésiste ?

L’un ne va pas sans l’autre, appareil et suivi sont indissociables. Ce serait comme demander à un médecin de définir une posologie sans avoir choisi le médicament.

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La perspective du « zéro reste à charge » sur les appareils auditifs, sur lequel travaille le gouvernement, aiguise forcément les appétits…

Nous sommes en effet engagés dans une concertation avec le ministère de la Santé sur cette question du reste à charge des Français concernant leurs dépenses liées à la malaudition. Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que ces types d’offre pullulent.

En 2018, les pharmaciens seront rémunérés par l’Assurance maladie pour un suivi approfondi des traitements des patients âgés. A cette occasion, ils seront tentés de proposer une assistance auditive à ceux qui le nécessiteraient…

Les pharmaciens sont les spécialistes du médicament et sont reconnus comme tels. Nous, audioprothésistes, sommes spécialistes de l’audition, au terme de trois années d’études. Une déficience auditive, ce n’est pas seulement une gêne ou un inconfort. Les liens entre déficit auditif non traité et sur-risque de dépression, démence, dépendance chez le sujet âgé sont établis. Les pharmaciens peuvent délivrer une aide auditive de 20 décibels maximum. C’est inscrit dans le code de la santé publique depuis 2014. Mais ceux qui se lancent, par exemple, dans des tests d’audition se livrent au métier d’audioprothésiste au rabais. Et même à un exercice illégal de notre profession.