Pas touche

Et si le camouflet venait de là où on s’y attendait le moins ? En annonçant qu’elle souhaitait que le paracétamol, l’ibuprofène et l’aspirine repassent, dès janvier 2020, derrière le comptoir pour n’être délivrés que sur conseil du pharmacien, l’Agence nationale de sécurité du médicament oppose ni plus ni moins une fin de non-recevoir à l’Autorité de la concurrence. Autorité dont on ne connaît que trop les prises de position en faveur de la vente de médicaments à prescription médicale facultative dans les parapharmacies des hypermarchés. On connaît certainement moins l’histoire du libre accès, introduit en 2008 avec un double objectif : encourager l’éducation thérapeutique et faire baisser les prix. Le tout auréolé d’un postulat de départ conceptuellement séduisant : la responsabilité du pharmacien commence au pas de la porte. Autrement dit, tout « produit » mérite une attention soutenue de la part de l’équipe officinale. Quelle que soit la localisation dans les rayons. Factuellement, une grosse dizaine d’années après, force est de constater que le libre accès renvoie encore trop souvent une image de supermarché du médicament, où publicités colorées côtoient promotions en têtes de gondole. Factuellement encore, il est bien plus difficile de reprendre un médicament des mains d’un patient croyant bien faire que de lui conseiller soi-même la solution thérapeutique la plus adaptée à son état. Voilà pourquoi, aujourd’hui, sanctuariser autant que faire se peut l’objet « médicament » ne peut qu’être salué. Ainsi que toutes les occasions d’envoyer un message clair : le médicament, c’est pas touche.
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