Une lutte… à mort

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Publié le 21 avril 2015
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À Agen, l’ouverture d’une pharmacie Lafayette en 2008 a fait du bruit dans le Landerneau. Et la guerre des prix a causé beaucoup de dégâts…

Décembre 2008. Une pharmacie Lafayette ouvre ses portes dans le quartier de la gare à Agen. La réaction de la part des grandes pharmacies du centre-ville installées à proximité est radicale. « Elles ont choisi de s’aligner en pratiquant des prix coûtants sur les produits phares en parapharmacie et des prix bas sur tout le reste, se souvient Corinne Trémon, cotitulaire avec Laurence Cornier de la pharmacie Jayan-Palissy située à un kilomètre de la pharmacie discount. Même si nous n’étions pas parmi les plus proches, nous avons été obligés d’adopter la même stratégie pour que nos clients n’aillent pas voir ailleurs. »

Cette guerre engagée sur les prix a débouché sur une baisse de marge de cinq à six points. « Mais elle nous a permis de ne pas enregistrer de baisse du flux de clientèle car nous avons montré que nous pouvions rivaliser, en expliquant à nos clients pourquoi nous n’avions pas baissé nos prix plus tôt », souligne-t-elle. Elle n’a pas changé le positionnement généraliste de son officine et a continué à miser sur l’expertise de son équipe en phytothérapie, homéopathie, aromathérapie et matériel médical pour se différencier. « Je dois aussi dire que le départ d’une collaboratrice, qui souhaitait changer d’orientation professionnelle, et qui n’a pas été remplacée, nous a aidés à traverser l’orage sans trop de dégâts. »

Cinq fermetures…

Car cette lutte sur les prix a finalement eu raison de la pharmacie Lafayette, qui a fermé ses portes en juin 2011. « Dans la foulée, nous avons pu redresser progressivement nos prix et nos marges, même si nous n’avons jamais retrouvé les niveaux d’autrefois sur la parapharmacie, souligne Corinne Trémon. La guerre des prix est en effet toujours d’actualité, puisque deux ou trois grosses pharmacies continuent de pratiquer des prix bas. »

Après le baisser de rideau de la pharmacie Lafayette, quatre autres pharmacies ont à leur tour jeté l’éponge. « Mais attention, on ne peut pas imputer ces fermetures à la seule arrivée de Lafayette, estime-t-elle. Ces pharmacies étaient déjà fragilisées… » Mais, pour Gérard Deguin, vice-président du Conseil de l’Ordre des pharmaciens d’Aquitaine, lui-même installé à Colayrac-Saint-Cirq, dans la banlieue d’Agen, « cette guerre des prix a contribué à déstabiliser un peu plus le réseau des petites officines qui étaient déjà en difficulté. Je suis persuadé que, sans cette réaction violente, le nombre de fermetures n’aurait pas été aussi important. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé à Périgueux, où la réponse des titulaires en place n’a pas été aussi agressive. »

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