Masques d’Etat : quand des pharmaciens en ont trop, les autres pas assez !

© masques chirurgicaux, covid-19, stock d’Etat, flux tirés - Pixabay

Masques d’Etat : quand des pharmaciens en ont trop, les autres pas assez !

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Publié le 17 juin 2020
Par Magali Clausener
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« J’ai refusé 2 livraisons, soit 4 000 masques chirurgicaux au total, car mes tiroirs sont remplis de masques des dotations d’Etat. Pratiquement aucun professionnel de santé vient en chercher, à part des ophtalmologues et une dermatologue. Et j’ai peu de prescriptions pour des patients », explique cette pharmacienne dans le 17e arrondissement à Paris. En Meurthe-et-Moselle, des officinaux ont également des stocks même si des professionnels de santé et des patients bénéficient de masques. En fait, de nombreux pharmaciens en France sont dans cette situation. Y compris Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), qui a plus de 3 000 masques chirurgicaux en stock dans sa pharmacie de l’Aude. Pour autant, la réalité peut s’avérer très différente d’une officine à l’autre. « Des pharmaciens ont trop de masques et d’autres pas assez », relève le président de la FSPF. Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et titulaire dans la Drôme, partage ce constat. 

Des prescriptions en hausse

Quelles sont les raisons de ces disparités entre pharmacies ? Dans certains cas, les professionnels de santé ne viennent plus effectivement chercher leurs dotations. « Certains ont retrouvé un approvisionnement normal. Ils avaient passé des commandes il y a un mois et sont maintenant livrés », observe Gilles Bonnefond. « Beaucoup ont acheté des masques car c’était compliqué de venir les chercher à la pharmacie. Cela leur prenait du temps », note la pharmacienne parisienne. Leurs besoins peuvent aussi être moins importants. Tous les professionnels de santé n’ont pas repris une activité « normale ». Des médecins poursuivent aussi les téléconsultations. 

A l’inverse, des pharmacies ont aussi un nombre élevé de prescriptions pour des patients fragiles. « Dans le Pas-de-Calais, les dotations ne tiennent pas compte des données épidémiologiques et des indicateurs de santé. Or, dans ce département et dans les Hauts-de-France, nous avons beaucoup de personnes fragiles et de patients en ALD, commente Grégory Tempremant, président de l’URPS des Hauts-de-France. Pour faire face aux besoins des officines de la région, l’URPS a fait appel à l’ARS qui a mis 150 000 masques chirurgicaux à disposition des pharmaciens dans des pharmacies-relais. Il y a une semaine, j’avais l’impression de me retrouver de nouveau en situation de pénurie. » En Nouvelle-Aquitaine, des pharmaciens sont également en manque de masques. « Les professionnels de santé continuent de venir chercher leurs masques. Nous avons eu aussi beaucoup de prescriptions pour des patients fragiles, mais cela s’est calmé », explique François Martial, président de l’URPS de la région, qui a obtenu avec d’autres URPS de pharmaciens des « dépannages » par les ARS lorsque des pharmacies sont en difficulté dans un département.

La solution des flux tirés

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Une autre raison est avancée : les livraisons. « Nous recevons les masques de manière très aléatoire », déclare Grégory Tempremant. « En Gironde, une partie de mes confrères n’a pas reçu la dotation de la semaine dernière », relate François Martial. « En fait, nous n’avons jamais su quels étaient les critères d’attribution des masques aux officines et nous n’avons jamais pu intervenir sur ces critères. Et actuellement, avec la facturation, les pharmaciens n’utilisent plus AmeliPro pour la traçabilité », remarque Grégory Tempremant. La solution ? Les flux tirés qui permettent aux pharmacies de commander directement à leur grossiste selon leurs besoins et qui doivent être opérationnels cette semaine. Ce dispositif devrait réguler les dotations et donner la possibilité aux pharmaciens d’écouler leurs stocks d’Etat.