On ne change pas de pharmacien comme on change de chemise !

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Publié le 11 juin 2022
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Quand de grands journaux s’intéressent à ce qui se passe dans les officines, leur regard peut nous réconforter. Ainsi, pour une journaliste1 qui désirait enquêter sur le rapport des Français à leur santé en scrutant ce qui se vit au sein de l’espace officinal, le constat fut sans ambages : « La pharmacie est, plus largement, un miroir dans lequel se reflètent leurs contradictions : ils pestent, protestent, mais ce qu’ils veulent, c’est qu’on s’occupe d’eux. »

Ce reportage effectué dans une officine rurale fait mention du conseil avisé ; mais aussi de la qualité de relation qui passe par l’écoute, l’empathie qui favorise la reconnaissance des sentiments et des émotions d’autrui ; et enfin du service rendu : « ravitailler » quelqu’un d’immobilisé, « dépanner » pour éviter toute rupture de traitement, et… « la débrouille », surtout en milieu rural. De là, l’attachement de nombreux patients à leur pharmacie, même si parfois leurs sauts d’humeur nous font mal…

Par ailleurs, les constats du sentiment de non-reconnaissance que vivent nos contemporains ne manquent pas : ils se sentiraient de plus en plus malmenés au sein d’une société où règne un climat individualiste, où sévit l’irrespect, notamment sur les réseaux sociaux, tout cela dans un contexte général de relations de domination. Par conséquent, ce sentiment de non-reconnaissance serait à l’origine de l’attente d’une certaine libéralité à leur encontre.

A côté de cette lecture « désenchantée », Philippe Chanial2, sociologue, écrit dans son dernier livre que la générosité et la réciprocité sont toujours là pour soutenir notre tissu social. Le monde ne tiendrait tout simplement pas sans les « liens de sollicitude, de confiance réciproque et de solidarité partagée ». Le geste gratuit n’étant pas que « simple affaire de bons sentiments », il constitue rien de moins que « la matrice des relations humaines ». Car c’est par lui que « les hommes se confirment les uns aux autres qu’ils ne sont pas des choses mais des sujets ».

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Alors, continuons à ne pas trop privilégier le principe de l’intérêt, lequel assure notre existence, au détriment du paradigme de la générosité, pour que nos patients continuent de dire : « On ne change pas de pharmacien comme on change de chemise ! »

Le conseil de l’Association française des pharmaciens catholiques

1 La Croix L’Hebdo des 7 et 8 mai 2022.

2 Nos généreuses réciprocités, tisser le monde commun, Actes Sud.