Si la France s’inspirait du système de santé danois

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Publié le 6 juillet 2019 | modifié le 13 septembre 2025
Par Magali Clausener
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Le Danemark a entrepris en 2007 une grande réforme de son organisation de soins. Avec un certain succès. Est-ce pour autant un exemple à suivre ? Tout est question de différences.

La réforme entreprise par le Danemark dès 2007 de son système de santé s’inscrit alors dans un contexte précis : infrastructures hospitalières inadaptées, vieillissement de la population, augmentation des maladies chroniques, cohérence des soins laissant à désirer… A cela s’ajoute le fait que le Danemark a réduit de 13 à 5 son nombre de régions et de 271 à 98 celui des municipalités. Investir dans de nouvelles infrastructures, diminuer le nombre d’hôpitaux, modifier l’organisation des services d’urgence et renforcer le système de soins primaires, telles sont les recommandations émises par un panel d’experts indépendants.

Concrètement, elles se traduisent par la fermeture de plus de la moitié des hôpitaux (128 en 1981, 61 en 2018 et 53 en 2025) et la concentration des spécialisations dans les plus grands établissements, le lancement du programme « super hôpitaux » avec la construction ou la reconstruction de 16 grands hôpitaux (4 ont déjà été inaugurés) et le regroupement de services d’urgence dans 21 hôpitaux contre 40. Quant aux 3 500 généralistes, ils traitent les « petites urgences », utilisent la télé-expertise, par exemple en dermatologie, et renouvellent les ordonnances par courriel ou via les applications mobiles de santé.

« Un sujet politique »

Peu peuplé mais riche, le Danemark ne compte que 5,8 millions d’habitants avec un PIB par habitant de 56 153 $ (38 477 $ en France). La décentralisation y est forte : ce sont les régions qui gèrent les hôpitaux et la médecine de ville. Enfin, comme la France, le Danemark a lui aussi son dossier médical partagé (DMP). Mais il est obligatoire, y compris dans son utilisation par les acteurs de santé.

Lors du colloque « Ma Santé 2022 à la lumière de l’expérience danoise », le 24 juin à la Maison du Danemark à Paris, Nanna Skovgaard, représentant le ministère de la Santé danois, a souligné que «   le processus pour décider des fermetures d’hôpitaux est politique   ». Pour Cédric Arcos, directeur général adjoint du Conseil régional d’Ile-de-France, l’occasion était trop belle de rebondir : «   Cela serait une erreur d’ériger le Danemark comme un modèle absolu.   » L’exemple montre toutefois que rien n’est possible en matière de santé sans une volonté politique forte.

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Le Danemark compte environ 500 pharmacies dont 174 nouvelles depuis 2015. En effet, depuis le 1er janvier 2015, les pharmacies sont autorisées à avoir jusqu’à 8 « pharmacies filles » ou branches dans un rayon de 75 km de la pharmacie mère. En contrepartie, les pharmaciens doivent réaliser des entretiens pharmaceutiques pour les malades chroniques et porter des médicaments à domicile entre 18 h et minuit si le médecin le juge nécessaire. Les pharmaciens peuvent aussi vacciner sur délégation du médecin. L’association des pharmacies danoises (Danmarks Apotekerforening) réclame cependant la possibilité de vacciner contre la grippe. Elle souhaite aussi que les pharmacies soient incluses dans les 21 « communautés de santé » et jouent un rôle plus grand dans le système de santé. Un « registre pharmaceutique » a été mis en place pour y inscrire toutes les ordonnances d’un patient. Ce sont les médecins qui renseignent ce registre. Les généralistes peuvent aussi organiser un rendez-vous par vidéo avec un pharmacologue pour faire le point sur les traitements et les risques iatrogènes et apporter, si besoin, les modifications nécessaires.