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Fidèle dans l’engagement
Rugby, comptoir ou enseignement, Nicolas Leydier a toujours joué collectif. Avec un francparler teinté d’accent méditerranéen, ce Vauclusien de coeur, professeur de travaux pratiques au CFA d’Avignon, pousse chacun de ses élèves à la réussite.
Sous des dehors volubiles, ne supportant pas de rester en place, Nicolas Leydier est un homme de fidélité à trois familles. La sportive, depuis qu’il est entré dans le monde du rugby à l’âge de 12 ans, celle de la pharmacie, choisie après le bac, et la famille qu’il a fondée avec son épouse.
Voyou dans la vie, gentleman sur le terrain. Il est longtemps resté un petit garçon sage, presque trop sage. Vers 12 ans, les « choses se gâtent » de son propre aveu : « Je mesure à quel point ma mère a été patiente et aimante, je lui en ai vraiment fait voir de toutes les couleurs. » Il lui faut se défouler, aller au contact, coûte que coûte. Rugby et hockey sur glace ont ses faveurs, le second est écarté en raison d’un manque de disponibilité : « Impossible pour ma mère et ses horaires de travail de me conduire à la patinoire d’Avignon ». Ce sera le rugby, d’abord à Pernes-les- Fontaines, petite cité du Vaucluse, puis à L’Isle-sur-la-Sorgue, où il jouera pendant seize ans, jusqu’à l’année dernière. « Les blessures sont plus fréquentes, la fatigue se fait sentir, la récupération est plus longue », constate, à 33 ans, l’ancien trois-quarts aile. Fier de sa longévité au sein du BCI XV, le Boxeland Club L’Islois, il égrène les postes qu’il a occupés : « J’ai d’abord porté le maillot 10, demi d’ouverture, puis je suis passé au centre, n° 13. » Le jeu qui convient le mieux à ses capacités physiques, la vélocité notamment, est celui de trois-quarts aile ; il sera ainsi le joueur n° 11, le 14 et finira à l’arrière comme n° 15. Plus que les préoccupations tactiques, il aime la convivialité de l’ovalie. « Pendant quatre-vingts minutes, on donne tout pour gagner, mais dès que le coup de sifflet final retentit, les deux équipes se retrouvent ensemble, plus en coéquipiers qu’en adversaires. » Nicolas garde des liens d’amitié avec des joueurs d’autres équipes. Et une brochette de bons souvenirs, de la montée de son équipe en fédérale 3 à la participation à un quart de finale en championnat de France. Désormais, il vit sa passion du rugby autrement. Fini les entraînements bihebdomadaires et les dimanches loin de la maison. De joueur, Nicolas est devenu ardent supporteur, fidèle à son club : « J’éprouve plus de plaisir à voir jouer les juniors que les seniors. Leur jeu est plus spontané, moins calculé. Je retrouve mes jeunes années, on donnait tout, sans réfléchir. »
Trouver sa voie auprès des autres. Adolescent turbulent et peu porté sur la rigueur des études, en redoublant sa terminale S, il a les échos de copains en fac de pharmacie. « Je savais que je n’y aurais pas bossé, j’avais besoin d’être très vite dans la vie active. » Surtout ne pas travailler entre quatre murs dans un bureau. « Je serais au supplice si je devais rester toute la journée assis devant un ordinateur ! », insiste-t-il. Comme son stage de troisième dans une pharmacie lui avait plu, le choix de préparateur a été assez évident : « Le contact et l’échange avec le patient-client m’attiraient. Je sentais que ce métier demandait une réelle implication personnelle. » Son maître d’apprentissage le forme sur cinq ans, « une chance, j’ai eu le temps de bien m’imprégner du métier ». Il intègre le CFA d’Avignon, et l’officine à L’Isle-sur-la-Sorgue. Il restera dix ans dans cette grande pharmacie en dehors du centre historique de la ville, où se mêlent clientèle locale et touristes. Fidèle à son premier patron, comme il l’est resté à son centre de formation : « Depuis que je suis entré au CFA, je ne l’ai pour ainsi dire jamais quitté. » Une fois diplômé, en 2004, il passe régulièrement saluer ses enseignants. Son professeur de travaux pratiques lui propose un jour de l’assister. « C’était d’autant plus profitable que je réalisais beaucoup de préparations à l’officine », note-t-il. Une aide d’abord bénévole, qui se transforme en contrat de vacation, de quatre heures par semaine en 2005, jusqu’à une proposition de temps plein en 2009. « Durant toute cette période, j’ai rencontré beaucoup de compréhension de la part de mes titulaires qui ont aménagé mes plannings et accepté une année de congé sans solde avant que je saute le pas », se souvient Nicolas. Malgré cette transition en douceur, les six premiers mois, le contact au comptoir lui manque. Mais, très vite, il prend goût au travail en équipe, aux relations avec les maîtres d’apprentissage ponctuées de visites sur le terrain : « Cela m’a poussé à évoluer pour être au fait des nouveaux médicaments et des procédés innovants, des modifications de la législation… ». Le contraire d’une activité routinière dans laquelle il étoufferait.
La main et l’âme du bâtisseur.
« Dis, papa, on regarde le match ce soir ? » À cette question de sa petite Emma, 2 ans et demi, le jeune père ne résiste pas. Et de s’installer sur le canapé, pendant que sa femme s’incline devant ces marques de complicité. « Maintenant que je ne joue plus en club, je me rattrape en suivant les matches à la télévision. » Il retient de sa propre histoire à quel point la pratique du rugby a été constructive et structurante : « Cela m’a non seulement épanoui, mais régulé et stabilisé. » Se souvenant au passage de cours de musique imposés qu’il avait vite abandonnés, il est convaincu qu’il laissera sa fille faire ses choix. Père attentif, il est également un formateur soucieux de conduire ses apprentis au meilleur. « Je sais que c’est une utopie, mais j’aimerais mener 100 % d’une promotion à la réussite, parvenir à effacer les différences de niveau et de capacité », déclare l’enseignant trentenaire. Ce défi est le moteur de sa vie. Nicolas aspire à apporter le meilleur à ses proches, que ce soit dans sa vie professionnelle ou dans sa vie privée. Il espère que la famille s’agrandira avec l’arrivée d’autres enfants, et nourrit un projet de bâtisseur au sens propre : « Construire de mes mains une maison pour ma famille est mon rêve le plus cher. » L’engagement pour le collectif coule dans ses veines.
Portrait chinois
Si vous étiez un végétal ?
L’acérola, riche en vitamine C, pour que tout le monde soit aussi dynamique que moi. Il y en a qui planent, moi j’aime quand ça bouge. Je ne comprends pas l’hésitation, mais je ne suis pas forcément directif. J’aime l’échange et le répondant.
Une forme galénique ?
Une huile de massage car je n’aime pas les tensions entre les gens. J’aime ce qui est « cash », direct, mais pas les conflits.
Un médicament ?
Une pastille contre le mal de gorge. J’ai besoin de ma voix pour échanger. Je préfère le dialogue au monde virtuel.
Un dispositif médical ?
Un pansement, car c’est utile sur le terrain de rugby. Avec, je m’imagine aussi réparer les bobos et panser les plaies des élèves qui découvrent les résultats des examens et ont échoué.
Un vaccin ? Contre la connerie. On rencontre tous des gens qui tentent de nous embobiner, de se foutre de nous ou de nous casser le moral sans aucune ouverture à l’autre.
Une partie du corps ?
Les mains. Mes origines italiennes et corses me font les bouger. J’en ai besoin dans mon métier – je suis prof de TP – et quand je construirai ma mmaison. Je suis un manuel.
Nicolas Leydier
Âge : 33 ans.
Formation : Brevet professionnel.
Lieu d’exercice : enseignant au CFA d’Avignon (Vaucluse).
Ce qui le motive : construire le meilleur environnement pour sa famille.
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