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« Il faut profiter de ce répit pour se repositionner comme acteur de santé »
Carsten Wohlfeil, directeur de l’Apothekerkammer de la Sarre Pour le responsable de ce qui serait en France à la fois l’Ordre et le syndicat, la menace persiste si l’officine n’évolue pas.
Les pharmaciens sarrois ont-ils fêté le jugement de la CJCE ?
Etonnamment pas. Le 19 mai, certains pharmaciens allemands ignoraient l’importance de cet arrêt pour leur propre avenir ! Peut-être finissent-ils par se replier sur eux-mêmes. C’est une espèce d’agonie après des années de réformes qui ont porté principalement à réduire la rentabilité des pharmacies.
Vous-même, avez-vous été surpris ?
J’ai été surpris par la clarté des arguments, notamment pour justifier l’exclusion totale de certains acteurs au nom de la protection de la santé publique. Bien sûr, l’officinal n’est pas à l’abri de toute tentation. Comme partout, la Sarre a connu son lot de dérapages – ordonnances falsifiées ou échanges d’ordonnances contre de la cosméto… – c’est très grave, mais c’est peu, on le voit avec les dérives de la finance mondiale, par rapport au risque que fait courir la logique purement économique liée à la verticalisation. Cela étant, je m’attendais à une ouverture partielle du capital. Mais la Commission n’a pas mis en avant de pays, comme l’Angleterre, où l’ouverture existe sans préjudice majeur pour la santé. Notre propre argumentation a beaucoup porté sur la Norvège.
Quid, maintenant de l’offensive de Celesio en Allemagne ?
DocMorris* a fermé sa seule officine « physique », à Sarrebrück. En revanche, il y a 150 pharmaciens franchisés sous licence DocMorris (très connus grâce à la pub TV) et Celesio en espère toujours 500. Quant à la VPC, autorisée depuis 2004, elle représente 1 % des médicaments listés et 10 % de l’OTC (en augmentation). Ce qui fait le plus débat, ce sont les « stations pick up », autorisés en 2008, qui se multiplient : une collecte d’ordonnances ensuite envoyées au pharmacien qui les fait parvenir au point où le patient les récupèrera, le plus souvent une droguerie.
Comment mettre à profit cette victoire ?
Avec cet arrêt, nous avons gagné du temps. Ma crainte c’est que nous nous repliions sur nos positions sans réflexion sur le futur du métier : plutôt commerçant ? davantage professionnel de santé, pourquoi pas jusqu’à des délivrances sans prescription ? Personnellement, je pense que si nous ne nous recentrons pas sur un rôle d’acteur de santé, l’ouverture du capital finira quand même par arriver par le biais d’un gouvernement très libéral. Par ailleurs, pourquoi ne pas envisager des rémunérations variables selon le lieu d’exercice, centre-ville ou campagne ?
Un commentaire sur l’officine allemande versus la pharmacie française ?
Les pays européens ont en général un système de protection : numerus clausus ou réservation du capital. La France est un des seuls à avoir les deux. Cela étant, je pense que nos prestations sont similaires à 90 %, même si nous sommes peut-être plus dans une optique de rentabilité et de productivité. Avec tout ce que nous avons subi, nos marges, qui étaient équivalentes à la France, sont passées à 23 %. Le revenu annuel par pharmacien est tombé à 85 000 euros. Il n’y a pas eu pour autant de fermetures d’officines. En revanche, de nombreux professionnels de santé partent à l’étranger, notamment en Angleterre, et cela commence avec les pharmaciens…
Certains Français sont très intéressés par votre système de succursales…
Elles sont autorisées depuis 5 ans et 4 000 succursales ont été créées sur 21 500 officines. Pour être profitables, il faut les cantonner à un stock minimum, sans gardes, ni préparatoire… Ce qui n’est pas souhaité par l’Ordre, car cela crée une pharmacie à deux vitesses. Le bilan est donc mitigé.
* Filiale du répartiteur Celesio.
De l’Italie à l’Espagne, on savoure
« Notre travail ne consiste pas à tenir un commerce mais à faire le maximum pour protéger la santé des citoyens. » Annarosa Racca, présidente de Federfarma (Fédération italienne des titulaires de pharmacies) défend cette position depuis des années, la CJCE lui a donné raison : « C’est une victoire cruciale pour la pharmacie italienne, une décision historique. » Andrea Mandelli, président des ordres des pharmaciens italiens, estime que cela représente surtout « une victoire des citoyens européens qui ont le droit d’avoir un service sanitaire tourné vers la santé et non vers le marché ». Le combat n’est pas pour autant terminé : dans l’immédiat, l’Europe conserve d’autres procédures d’infraction à l’encontre de la Botte.
Grand soulagement également de l’autre côté des Pyrénées. « C’est un jour de joie, la preuve que nous avions raison de défendre notre modèle », commente Isabel Vallejo, présidente de la Federacion Empresarial de Farmaceuticos Españoles (FEFE). Depuis un avis motivé de la Commission de 2006, les pharmaciens espagnols vivaient dans la hantise de voir sauter le verrou de 2 800 habitants par officine et d’une distance minimale de 250 mètres. L’interdiction de posséder plusieurs officines était aussi sur la sellette. La FEFE espère que la Commission va « repenser les avis motivés contre d’autres Etats membres ». E. Kern et A. Chauvel
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