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Ruptures de stock : 10 000 médicaments restent sous vigilance
Les signaux d’alerte ne s’éteignent pas, mais le niveau de gravité s’atténue. Selon une étude conjointe de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), publiée le 21 mars, le nombre de médicaments en rupture de stock a reculé en 2024. Fin décembre, environ 400 spécialités étaient en rupture simultanée dans les officines, contre 800 un an plus tôt.
Cette baisse après cinq années de tensions croissantes annonce-t-elle un tournant ? Jusqu’à présent, trois vagues successives de ruptures ont été identifiées : une première à partir de 2019, une seconde en 2021-2022, puis un pic historique à l’hiver 2022-2023. « Aujourd’hui, le niveau reste élevé, mais la tendance est clairement à la décrue », analyse Clément Dherbécourt, coauteur de l’étude.
Les spécialités les plus prescrites en première ligne
La méthodologie s’appuie, entre autres, sur les déclarations des industriels. Ces derniers confirment qu’aucune classe thérapeutique n’a été épargnée. Toutefois, près de 75 % des signalements concernent trois familles : les médicaments du système cardio-vasculaire, du système nerveux (dont le paracétamol) et les antibiotiques. Autant de produits largement prescrits en soins de ville, et essentiels à la prise en charge des pathologies courantes.
Cette concentration souligne une vulnérabilité systémique, liée à la forte demande mais aussi à la dépendance de la production mondiale, souvent externalisée hors d’Europe.
Des stocks en amélioration, mais sous contrainte
L’étude note une amélioration sur le plan des stocks. « Fin 2024, la moitié des laboratoires disposaient de plus de deux mois de réserve, contre 1,3 mois fin 2022 », indique Gladys Baudet, spécialiste des données à la Drees. Une évolution directement liée aux obligations réglementaires.
Depuis 2021, les industriels doivent constituer un stock de sécurité de deux mois pour les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), soit environ 10 000 spécialités sur les 17 000 disponibles sur le marché français. Ces médicaments, jugés indispensables à la continuité des soins, font l’objet d’une surveillance renforcée par l’ANSM.
Les laboratoires ont l’obligation d’alerter l’agence dès qu’un risque de rupture est identifié. « La réglementation a permis d’améliorer l’anticipation, mais elle ne résout pas tous les problèmes structurels », observe un pharmacien industriel.
Rupture n’est pas pénurie
L’étude insiste sur un point clé : une rupture de stock ne signifie pas systématiquement une pénurie en officine. « Le laboratoire peut ne pas reconstituer son stock mais continuer à livrer une partie de sa production », rappelle Clément Dherbécourt. Dans la majorité des cas, l’approvisionnement reste partiel mais fonctionnel, évitant une interruption complète des dispenses.
Une décrue à confirmer
Le recul de 2024 marque une amélioration, mais la vigilance reste de mise, tant du côté des autorités sanitaires que des pharmaciens de terrain. La stabilité des approvisionnements dépend encore de nombreux facteurs exogènes — tensions géopolitiques, concentration des sites de production, hausses de consommation, baisses prix des traitements — qui peuvent relancer les ruptures à tout moment.
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