Les intermittents du comptoir

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Publié le 26 octobre 2013
Par Anne-Gaëlle Harlaut
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S’intégrer à l’équipe en intérim. Le succès des missions des intérimaires est dû à leur capacité à se fondre dans le moule. À la condition que tous y mettent du leur, équipe officinale « pilier » comprise.

Pour les intérimaires

Embauché pour faire face à un surcroît temporaire de travail ou remplacer un membre de l’équipe, l’intérimaire doit prendre sa place illico. On attend de lui qu’il soit opérationnel le plus vite possible, qu’il se plie à l’organisation de l’officine et bosse dur, sans faire de vagues…

Prêts à l’emploi

Préparer son arrivée permet de recueillir en amont des informations essentielles, gain de temps important pour le jour J. C’est aussi un moyen de montrer son professionnalisme et d’éloigner les appréhensions de l’inconnu.

→ La visite préalable. Fortement préconisée quand elle est possible, elle permet de prendre la température de l’officine, de faire le tour des locaux, de repérer les rangements, les gammes phares, de tester éventuellement le système informatique, de mémoriser le nom et les fonctions des salariés. Une petite heure sur place peut suffire.

→ Le questionnaire. Préparé à l’avance, il permet de sonder les principaux rouages de l’officine : « Comment se compose l’équipe ? Qui fait quoi ? Quel est le type de clientèle ? Quel est le système informatique ? Dois-je me munir d’une blouse ? »… Pour finir, une question ouverte : « Y a-t-il des informations spécifiques à votre officine que je dois connaître ? » permet d’ouvrir sur une éventuelle spécialisation. Si la visite préalable est impossible, un rendez-vous téléphonique ou une vidéoconférence (Skype…) est une bonne alternative.

→ Les présentations. En amont ou le jour J, se présenter à tous. Préciser d’emblée si l’on peut utiliser prénom et tutoiement et le niveau d’expérience (nombre d’années au comptoir, connaissance du logiciel…) pour orienter rapidement le niveau de « tutelle ». Attention : adopter la même attitude avec le titulaire et les salariés, tous sont les « clients » de l’intérimaire. L’équipe aura une place primordiale dans l’appréciation de la mission et un retour éventuel dans cette même officine ! Côté attitude, sourire, politesse, tenue correcte et calme donnent le ton dès les premiers échanges.

En mode observation

Caméléon ascendant contorsionniste, l’intérimaire doit se fondre dans le moule de l’officine et en décrypter rapidement les codes.

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→ Observer/écouter. C’est la première étape décisive pour les Sherlock Holmes en herbe. Observer les salariés, leurs gestes, leur ton, leurs habitudes : ici on parle tout bas, là on consulte le DPC dès que possible, là-bas encore on ne fait jamais crédit… Et se conformer en tout point à l’organisation existante.

→ Questionner. Dès que l’on est « bloqué » (logiciel, rangement…), mais aussi durant les pauses, ne pas hésiter à demander : « Quelle est votre politique d’avance des produits ? », « Quelles sont les habitudes des principaux prescripteurs ? »… On a à tort l’impression de déranger alors que c’est perçu comme une marque d’intérêt et la clé numéro un de l’autonomie.

À éviter : se positionner comme un expert de l’officine parce qu’on a enchaîné les missions risque fort de provoquer un rejet de la part de l’équipe. Pour être épaulé, mieux vaut rester humble.

Au-to-no-mie !

Rares sont les situations où l’intérimaire est chouchouté. S’il apporte un vent de nouveauté à l’officine, il est avant tout attendu pour « turbiner ». À lui de faire ses preuves.

→ Place aux initiatives. Inutile d’attendre une prise en charge, il faut monter au front, se mettre au comptoir, s’enquérir des tâches à effectuer lors d’accalmies, montrer sa polyvalence : « Je peux faire des dossiers en attente pour m’entraîner au logiciel ? », « Y a-t-il une commande à ranger ? »

→ Le précieux carnet. Noter les manipulations, les codes, les procédures, etc. évite de redemander plusieurs fois les mêmes choses. De plus, cela permet de garder une trace écrite pour une éventuelle future mission ici-même.

Vie de l’équipe

Présent pour un temps limité, l’intérimaire s’immisce dans la vie de l’équipe, tout en restant à sa place. Les liens se tissent au gré des affinités, mais trois commandements doivent être respectés : discrétion, réserve et esprit d’équipe.

→ Discrétion. Éviter de commenter l’organisation, de comparer ou de divulguer celle des officines précédentes. Rigueur et professionnalisme sont attendus.

→ Réserve. Il n’est pas rare que le « petit nouveau » ou la « petite nouvelle » soit pris à partie dans une « guerre des clans », dans des querelles internes. Un seul réflexe : fuir ! Un sourire, une boutade, on change de sujet et on reste neutre.

À éviter : objet fréquent de convoitise, le salaire est un sujet délicat. S’il est abordé, mettre en balance les inconvénients de la précarité et, le cas échéant, rappeler que l’intérimaire est un salarié d’une agence d’intérim et non de l’officine.

→ Esprit d’équipe. L’intérêt de l’intérim est de vivre des expériences enrichissantes sur les plans professionnel et humain. Participer aux réunions d’équipe, aux formations en interne, aux débats professionnels est un point positif. Adopter les rituels comme aller boire un café entre collègues durant la pause est également conseillé, sans oublier de participer aux frais !

Force de proposition

Des critiques de la part de l’intérimaire, même constructives, ne sont pas du tout une attente prioritaire de l’équipe. Elles peuvent néanmoins être un plus dans certains cas de missions longues et si elles répondent à une demande : « Toi qui es passé par de nombreuses officines, comment font-elles pour améliorer ce point ? ». Dans ce cas, les solutions proposées peuvent apporter une réelle valeur ajoutée à la mission.

Pour les salariés « fixes »

Synonyme de « vent frais » pour l’équipe, l’arrivée d’un nouveau est le plus souvent bien accueillie par l’ensemble des salariés « fixes » de l’équipe. Quelques mesures favorisent son intégration rapide.

Anticiper

→ Planifier une réunion d’accueil et de présentation, si besoin dix minutes avant l’ouverture, où chacun expose son rôle et ses spécialisations.

→ Présenter aussi souvent que possible le « nouveau » à la clientèle afin de limiter les réactions fréquentes de méfiance

Organiser

→ Désigner un « parrain » les premiers jours, facilement disponible en cas de questionnements. C’est lui qui sera prioritairement chargé de répondre à toutes les interrogations du nouvel arrivant.

→ Mettre à disposition des fiches de protocole pour les tâches quotidiennes pour renforcer l’autonomie : enregistrer une mutuelle, lancer la télétransmission, enclencher et désactiver le système d’alarme…

→ Mettre en place une réunion de « recadrage » après quelques jours, où l’équipe et l’intérimaire pourront s’exprimer : « Comment les choses se déroulent-elles ? Qu’est-ce qui fonctionne bien ? Y a-t-il encore des difficultés ? »… Ces quelques minutes d’échange sont loin d’être superflues. Suffisantes pour désamorcer les malentendus, elles jouent un rôle primordial dans « l’ambiance » de la mission.

Témoignage

Marie-Laure, 40 ans, préparatrice intérimaire à Paris depuis deux ans pour l’agence 3S Santé.

Une solidarité s’installe naturellement

J’effectue actuellement des missions renouvelables pour une grosse pharmacie de plus de quatre-vingts salariés. Quand je suis arrivée, j’ai eu à peine le temps de faire le tour de l’officine que c’était parti. Heureusement, je connaissais le logiciel ! Au début, avec le statut d’intérimaire qui nous colle à la peau, on a peu de contacts avec l’équipe, qui doit se dire « Elle est là pour un mois… » À nous de nous adapter à la boîte, de nous plier à l’existant et, avant tout, de faire nos preuves côté boulot. Pas question de vouloir changer les règles, il faut savoir rester à sa place. Après seulement, s’instaure un climat de confiance, avec une touche d’humour, de sympathie et d’ouverture. Cela se fait naturellement. Une solidarité s’installe avec un vrai travail d’équipe, et même des amitiés. C’est un moteur important de ma motivation. Malgré le travail continu et difficile, je me suis attachée à toute cette équipe et à cette importante pharmacie. Et même si j’apprécie la liberté de l’intérim, j’espère être renouvelée en fin de mission.