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Sauvez la vue de vos patients
Parmi les causes de malvoyance acquise, certaines affections peuvent être évitées. A condition de les déceler à temps. Tel est l’objectif d’« Une vision pour la vie », vaste campagne de sensibilisation menée tout au long de l’année 2002 par l’association Valentin-Haüy d’aide aux aveugles et malvoyants et qui s’achève en septembre *. Principaux thèmes abordés.
Le pharmacien compte parmi sa clientèle nombre de personnes susceptibles de devenir un jour malvoyantes. Si les affections dites « cécitantes » (cataracte, glaucome, dégénérescence maculaire liée à l’âge…) sont connues de tous, les moyens simples pour limiter leur évolution ne sont pas toujours appliqués. Pourtant, une visite régulière chez un ophtalmologiste permet un dépistage précoce des lésions au niveau de la rétine ou de la macula, et un examen systématique chez les enfants avant un an peut sauver la vue des candidats à l’amblyopie. A l’équipe officinale de rappeler l’intérêt d’un dépistage précoce.
-> Corriger l’amblyopie
Mauvaise vision d’un oeil appelée encore « oeil paresseux », l’amblyopie ne s’explique pas par un défaut de l’oeil mais par la non-réponse du cerveau aux informations visuelles transmises. « Pour 780 000 naissances survenues en 2001, 23 400 nourrissons (3 %) courent le risque de développer une amblyopie », affirme François Vital-Durand, chercheur à l’INSERM de Lyon. Les enfants nés prématurément ou ayant subi une réanimation sont particulièrement concernés. Toute différence de réfraction entre les deux yeux ou la présence d’un strabisme conduit le cortex cérébral à ne traiter les signaux visuels que d’un seul oeil. Avant l’âge de 3 ans, période de « plasticité » du cerveau, l’amblyopie se normalise aisément (port d’un cache pour « éduquer » les cellules nerveuses à utiliser les signaux visuels de l’oeil déficient). « Mais après six ans, la correction devient presque impossible », souligne François Vital-Durand. Une seule solution : inciter les parents à consulter un spécialiste ou à demander un bilan orthoptique avant l’entrée en maternelle de leurs enfants. Et même avant l’âge de un an pour les prématurés, en cas de suspicion ou d’antécédents de strabisme, ou si l’amblyopie touche l’un des parents.
-> Informer les diabétiques
L’hyperglycémie chronique au niveau des capillaires de la rétine entraîne leur occlusion et diminue leur perméabilité. La rétinopathie diabétique, caractérisée soit par des néovaisseaux, soit par un oedème au niveau de la macula, touche ainsi 95 % des diabétiques de type 1 et 60 % des diabétiques de type 2 après quinze années de maladie en moyenne. Les statistiques se passent de commentaires : sur 2 millions de personnes diabétiques en France, 30 000 sont aveugles et 200 000 malvoyantes. « Par rapport à la population générale, le risque de cécité est multiplié par 50 à 100 lorsqu’il existe un diabète », assure le Dr Pascale Messin, ophtalmologiste à l’hôpital Lariboisière de Paris. « La physiopathologie de la rétinopathie diabétique reste mal connue, mais il est prouvé qu’un bon équilibre de la glycémie et de la tension artérielle diminue l’incidence de la maladie », ajoute-t-elle. Une maladie d’autant plus insidieuse qu’elle s’avère totalement asymptomatique jusqu’à l’apparition de la baisse visuelle. S’il existe un traitement (photocoagulation au laser), son efficacité dépend de sa précocité. « Malheureusement, nous ne voyons les patients que lorsqu’ils ont déjà les symptômes », déplore Pascale Massin. Pour pouvoir agir tôt, les professionnels préconisent une surveillance annuelle du fond d’oeil chez tous les diabétiques. A Paris, dans le XVIIIe arrondissement, un site pilote de dépistage vient d’ouvrir ses portes au 9, rue Darwin (voir encadré ci-contre).
-> Prévenir le décollement de rétine
Actuellement, la cécité totale frappe un patient sur 1 000 opérés pour cause de décollement de rétine. « C’est beaucoup mieux qu’il y a vingt ans mais la vue de nombreux patients aurait pu être préservée si l’ophtalmologiste était intervenu via le laser au stade de la déchirure », regrette le Dr Marguerite Vallat, ophtalmologiste à Limoges. Particulièrement prédisposés au décollement de rétine, les myopes doivent faire l’objet d’une surveillance accrue. Les sujets porteurs d’un handicap moyen entre 5 et 10 dioptries (soit un quart de la population myope) sont réellement à risque. Pour ces derniers, le décollement survient dans 30 % des cas. Il est directement dû à la traction qu’exerce le vitré au niveau de la rétine. La survenue brutale de phosphènes (éclairs devant les yeux) ou la vision d’une pluie de suie (évoquant une hémorragie dans le vitré) chez un myope signent la présence d’une déchirure. Une consultation doit alors être réalisée en urgence. Mais les lésions s’avèrent souvent asymptomatiques et seul un fond d’oeil régulier tous les cinq ans permet de les détecter. De même, il faut proposer un fond d’oeil aux frères et soeurs de myopes victimes de déchirure et de décollement car les mêmes lésions se retrouvent près d’une fois sur deux.
-> Détecter la DMLA
On estime à 1,2 million le nombre de personnes atteintes de dégénérescence maculaire liée à l’âge en France. Mais 30 à 40 % d’entre elles ne sont pas diagnostiquées. Avec le vieillissement de la population, la DMLA est devenue la première cause de baisse sévère de l’acuité visuelle dans les pays développés. Les formes les plus graves (néovasculaires) évoluent en moins de deux ans vers la perte irréversible de la fonction visuelle. D’où l’importance d’un dépistage précoce permettant de bénéficier à temps de la photocoagulation au laser et de la photothérapie dynamique (Visudyne).
Aux stades initiaux, le diagnostic passe par un examen chez l’ophtalmologiste (fond d’oeil complété par une angiographie si lésions). « Les personnes souffrant de maladies vasculaires telles l’HTA ou l’hypercholestérolémie ainsi que celles ayant dans leur famille un cas de DMLA devraient pratiquer un fond d’oeil tous les un à deux ans à partir de 50-60 ans », conseille Marguerite Vallat. De même, un contrôle systématique est fortement recommandé à tous les sexagénaires. Des seniors qui devraient par ailleurs consulter dès qu’ils éprouvent la nécessité d’augmenter l’éclairage pour lire. La vision gondolée de lignes droites (barreaux de fenêtre par exemple), signe d’une forme grave, doit conduire d’urgence chez le spécialiste.
* Douze forums publics régionaux organisés à travers la France. Association Valentin-Haüy : 5, rue Duroc, Paris 7e. Tél. : 01 44 49 27 27.
Opération de la cataracte : prudence !
En France, 400 000 opérations sont effectuées chaque année. « Malgré les progrès techniques, il ne faut cependant pas banaliser cette intervention qui reste avant tout un acte chirurgical avec ses propres risques ! , rappelle le Dr Marguerite Vallat, ophtalmologiste à Limoges. Le suivi postopératoire à long terme est primordial chez les myopes. Car en manipulant le corps vitré durant l’intervention, on favorise la survenue d’un décollement de rétine. » Pour les diabétiques, le risque concerne l’aggravation de leur rétinopathie après le retrait du cristallin. Une opération ne peut donc s’envisager que si cette rétinopathie est stabilisée. Encore faut-il qu’elle soit diagnostiquée… « Tout patient souffrant de diabète doit en informer le chirurgien », conseille Marguerite Vallat, qui précise le caractère non urgent de l’intervention. Mieux vaut donc s’assurer de l’intégrité du fond d’oeil au préalable. L’occasion de déceler une DMLA et d’éviter un acte chirurgical qui n’améliorerait alors pas la vision.
Dépistage de la rétinopathie en ville
Le dépistage de la rétinopathie diabétique nécessite la réalisation d’un fond d’oeil. Cet examen contraignant en raison de la dilatation pupillaire est pourtant recommandé tous les ans. Un nouvel appareil facilite l’observation de la rétine. Depuis quelques mois un rétinographe est utilisable en ville au sein du réseau de santé de Paris-Nord. Cette expérience, financée par la CNAM à hauteur de 190 000 euros, entend améliorer le dépistage grâce à cette nouvelle technique. Le rétinographe prend une photographie du fond de l’oeil sans nécessiter de dilatation en 15 minutes seulement. Les images numérisées de rétine sont ensuite envoyées par télétransmission à l’hôpital Lariboisière où des ophtalmologistes les analysent puis envoient un compte rendu au généraliste et au patient dans les 48 heures. Déjà 400 diabétiques en ont bénéficié. Une rétinopathie diabétique, de sévérité variable, a été dépistée chez 14 % des patients examinés. D’autres pathologies ont aussi été découvertes : cataracte, DMLA… Les patients sont sensibilisés par des affiches et des brochures (ci-dessus) disponibles dans les 110 pharmacies des arrondissements du nord de la capitale appartenant au réseau. J.S.
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