Que gagne un bac + 6 ?

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Publié le 6 septembre 2008
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En dépit de la crise, le marché de l’emploi des cadres vient en 2008 de battre un nouveau record. Et les pharmaciens dans tout ça ? Gagnent-ils mieux que d’autres bac + 6 ? Pour le savoir, nous avons réalisé un comparatif avec les ingénieurs aéronautiques, les géologues, les architectes et les avocats.

Le marché de l’emploi des cadres serait au zénith. Selon la dernière étude de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres), pour la troisième année consécutive le nombre de recrutements devrait, en 2008, battre son record. Au total, entre 200 000 et 219 000 cadres auront été recrutés cette année.

Les salaires suivent donc logiquement la loi de l’offre et de la demande. Selon une étude de l’INSEE publiée en janvier dernier, seuls les salaires des cadres et des professions intermédiaires avaient augmenté légèrement plus vite que le coût de la vie en 2006 (+ 0,5 % dans les deux cas, déduction faite de l’inflation), quand le pouvoir d’achat des ouvriers reculait (- 0,2 %) et celui des employés stagnait.

Un salaire médian de 42 000 Û pour les cadres

Mais attention, ce pimpant tableau cache de fortes zones d’ombre ! D’une part, tous les secteurs ne se montrent pas aussi optimistes. Si, par exemple, l’aéronautique est toujours en pleine croissance, l’industrie pharmaceutique commence à marquer le pas. D’autre part, les fourchettes des salaires des « niveau I », c’est-à-dire les formations supérieures ou égales à bac + 5 sont larges voire très larges en fonction du secteur, de la fonction, de l’expérience du candidat, de sa formation ou encore de la localisation géographique. Ainsi, le salaire médian des cadres en 2007 s’élevait, selon l’étude réalisée par l’APEC, à 42 000 Û mais 80 % des cadres s’inscrivent dans une fourchette allant de 30 à 70 000 Û tandis que 5 % d’entre eux touchent plus de 83 000 Û par an.

Côté formation, les diplômés d’écoles d’ingénieurs ou de commerce présentent souvent, à poste égal, un avantage certain. L’écart est aussi sensible en fonction du secteur. Le salaire médian pour un poste dans les ressources humaines est de 39 000 Û, l’informatique ou la finance affiche 42 000 Û tandis qu’il grimpe à 47 000 Û en production et à 60 000 Û pour une direction d’entreprise, une direction industrielle, marketing ou commerciale.

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La fourchette augmente évidemment au gré des responsabilités, de l’importance de l’effectif et du budget géré ou encore de la dimension internationale du poste. La situation géographique est d’ailleurs là encore un facteur déterminant. Mieux vaut, pratiquement pour toutes les fonctions, à poste et entreprise égaux, travailler à Paris ou en Ile-de-France. Le salaire médian des cadres franciliens atteint les 45 000 Û quand celui des provinciaux ne dépasse pas 40 000 Û. C’est mieux encore à l’étranger. Le salaire des bac + 5 ou plus expatriés s’envole à 60 000 Û. Si la taille de l’entreprise n’est curieusement pas si déterminante, le secteur d’activité, lui, l’est très clairement. L’industrie et la construction présentent ainsi un salaire médian de 45 000 Û, contre 41 000 Û dans les services et 40 000 Û dans le commerce.

Pharmaciens : deux poids, deux mesures

Financièrement parlant, à formation égale, mieux vaut débuter dans l’industrie qu’en tant qu’adjoint à l’officine ; le salaire médian est en effet de 36 000 Û sans formation complémentaire et de 38 000 Û avec une spécialisation, alors que la grille officinale propose un salaire de 29 000 Û environ pour un coefficient 400. Mais il monte à 36 000 Û pour un coefficient 500 et pas plus de 35 heures. En revanche, l’évolution salariale sera plus lente.

« Les salaires proposés en Ile-de-France sont un peu plus attractifs que la moyenne. De même, les titulaires de certaines officines rurales consentent un effort sur les salaires proposés pour attirer des candidats potentiels, note Caroline Salotti, responsable de l’agence Sud-Est de Pharm’Appel. Par contre, il est très difficile de prendre en compte d’éventuelles exigences des seniors quant aux revenus. Que l’on ait sept ou huit ans d’expérience dans la profession ou vingt-cinq, un nouvel employeur vous proposera quasiment le même salaire. »

Dans l’industrie, les disparités en fonction des départements ne semblent pas être si importantes, selon les chiffres du Leem et de l’APEC. Un pharmacien débutant en production se voit proposer un salaire médian un peu inférieur à 35 000 Û, contre 36 000 Û en recherche et développement et 37 000 Û en marketing et ventes. « De plus, le salaire des jeunes embauchés croît rapidement en début de carrière, note Thibault de la Celle, juriste en droit social à la direction des affaires sociales, de l’emploi et de la formation professionnelle du Leem. Notre dernière enquête montre en effet une hausse de 40 % entre la première et la cinquième année d’expérience. »

Un confrère biologiste salarié gagnera un peu plus (40 000 Û), mais guère plus au regard du nombre d’années d’études supplémentaires.

Côté titulaire, les revenus médians se situeraient autour de 45 à 50 000 Û. Mais ils sont largement tributaires de la taille de la forme juridique de l’officine. Une certitude : la chute de l’EBE (excédent brut d’exploitation) moyen l’année dernière, passé de 170 000 Û en 2006 à 155 000 Û en 2007, suivie vraisemblablement par une stagnation pour 2008, inquiète. Et pour Patrice Devillers, président de l’USPO, il faudra bien tôt ou tard réfléchir à un autre mode de rémunération des titulaires. « La situation se dégrade d’année en année, à tel point qu’il deviendra bientôt impossible de reprendre une officine en nom propre, assure-t-il. Nous sommes les seuls professionnels de santé dont la rémunération ne tient pas compte du nombre d’heures effectuées. Pire, si l’on analyse la baisse de deux points de notre marge entre 2006 et 2008, nos revenus diminuent alors même que nous devons prendre en charge davantage de missions. Pour y répondre, il sera nécessaire de trouver un système de rémunération plus juste. »

Les salaires des cadres en 2007

Dans son numéro de septembre 2007, la revue L’Expansion s’est penché sur les salaires des cadres supérieurs. Au firmament, on trouvait bien entendu les directeurs généraux avec un salaire de 561 500 Euro(s) en 2007 (+ 3,7 % par rapport à 2006). Au niveau des cadres dirigeants, c’est le directeur recherche et développement qui décrochait la meilleure paie (174 000 Euro(s), + 3 %), suivi du directeur commercial (170 500 Euro(s), + 2,7 %) et du directeur administratif et financier (167 500 Euro(s), + 3,1 %).

Un directeur marketing, lui, pouvait tabler sur 146 500 Euro(s) (+ 2 %) alors qu’un directeur des ventes empochait 128 500 Euro(s) (+ 2,8 %). Le mieux loti des managers responsables est le responsable de laboratoire (99 000 Euro(s)).

Un fiscaliste pouvait espérer 62 000 Euro(s) (+ 0,8 %) alors que le salaire d’un consultant confirmé, d’un formateur ou d’un ingénieur technico-commercial dépassait légèrement la barre des 50 000 euros.