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La vérité sur les statines
Prendre ou ne pas prendre de statines ? Telle est la question qui se pose au regard des études parfois contradictoires et des vastes polémiques qui entourent ces médicaments.
Quel est le bénéfice estimé en prévention secondaire ?
Les statines sont largement recommandées en prévention secondaire par les autorités de santé ou sociétés savantes : Haute Autorité de santé (HAS) en France, NICE en Angleterre, American Heart Association aux Etats-Unis, etc. De nombreuses études ont, en effet, confirmé leur bénéfice après un accident cardiovasculaire majeur de type infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral. La HAS a réanalysé le rapport bénéfice-risque des statines en 2010 à partir de 91 essais. Elle conclut au bénéfice indiscutable des statines en prévention secondaire avec une baisse du risque de survenue d’un nouvel accident cardiovasculaire et une baisse de la mortalité totale d’environ 10 %, tous patients confondus. Une méta-analyse parue en septembre dernier dans The Lancet confirme de nouveau ce bénéfice. Les auteurs estiment que chaque diminution de 2 mmol/L du LDL sanguin par statines pendant cinq ans est associée à une baisse de 10 % du nombre d’événements cardiovasculaires graves chez ces patients à haut risque. Le bénéfice absolu du traitement dépend du niveau de risque de chaque individu et de la baisse du LDL cholestérol obtenue. « Un patient ayant fait un infarctus du myocarde, et bien traité ensuite avec un IEC et une statine, a une espérance de vie équivalente à celle d’une personne sans antécédent d’infarctus », rappelle Nicholas Moore, professeur de pharmacologie clinique au CHU de Bordeaux.
Les statines sont-elles utiles en prévention primaire ?
C’est pour la prévention primaire, c’est-à-dire en l’absence d’antécédent d’accident cardiovasculaire, que les détracteurs se renvoient chiffres et estimations contradictoires. D’un côté, certaines études sont très concluantes sur ce bénéfice. C’est le cas de l’étude WOSCOPS incluant des hommes de 45 à 64 ans chez qui la prise de statine à 40 mg par jour était associée à une baisse de presque un tiers du risque d’infarctus du myocarde et de mortalité liée à une maladie cardiovasculaire. Dans l’étude JUPITER en 2008, la prise de statine à 20 mg par jour aurait même permis de faire baisser de 44 % le risque d’infarctus et d’AVC, et de 20 % la mortalité totale. Un bénéfice confirmé en 2012 par une méta-analyse de 27 essais cliniques au niveau international, estimant que même les personnes présentant un risque cardiovasculaire faible à modéré (inférieur à 10 % dans les 5 ans, selon le score QRISK2) en tiraient profit avec 500 événements évités pour 10 000 personnes traitées pendant 5 ans.
D’un autre côté, des auteurs comme Philippe Even et Michel de Lorgeril dans leur ouvrage respectif*, s’élèvent contre cette approche thérapeutique, jugeant excessif le nombre de patients à traiter au regard d’effets indésirables jugés trop importants. Une méta-analyse Cochrane parue en 2011 conclut à l’absence de preuve de bénéfice chez les patients à risque cardiovasculaire modéré (moins de 20 % de risque d’accident à dix ans). Puis, selon les auteurs d’un article paru dans le BMJ en 2013, le bénéfice n’est pas significatif chez les patients à faible risque cardiovasculaire (moins de 10 % de risque d’accident à 10 ans) et des effets indésirables très fréquents avec 18 % d’interruption de traitement pour des douleurs musculaires, des cas de diabète, mais aussi des suspicions de cataracte, troubles hépatiques, dysfonctions érectiles, etc. La HAS reconnaît elle-même un certain mésusage des statines en France avec un recours abusif en prévention primaire chez des personnes qui ne sont pas à haut risque cardiovasculaire.
Or, elles représentent près de 14 % des consommateurs de ces médicaments, d’après les données de l’Assurance maladie !
Pour Nicholas Moore, « quand un patient présente une insuffisance cardiaque, une artérite des membres inférieurs, une hypertension, une obésité ou un diabète, on est déjà dans la prévention secondaire, et l’utilisation d’une statine est bénéfique. L’arrêt du traitement en raison d’une polémique sur la prévention primaire serait une erreur. Et plus il y a de facteurs de risque, plus le bénéfice est important. En revanche, la prévention primaire par statine chez des personnes qui n’ont aucun facteur de risque ne sert à rien ».
On parle souvent de myopathie sous statine, quel est le risque ?
La proportion de patients souffrant de douleurs ou de faiblesses musculaires en raison du traitement par statines est très variable selon les études. La revue du BMJ parue en 2013 fait état de 53 cas de myopathies pour 1 000 patients traités, contre 0,5 trouvés lors des essais cliniques. Si ce risque est réel, une récente étude du Lancet se veut rassurante. Le risque de myopathie tournerait plutôt autour de 5 cas pour 10 000 patients traités pendant cinq ans, dont l’un est susceptible d’évoluer en rhabdomyolyse si le traitement par statine n’est pas interrompu. Outre la faible incidence de cette complication, elle est réversible à l’arrêt du traitement. « Nous constatons que modifier le métabolisme lipidique par statines ou fibrates est associé à des cas de douleurs musculaires et de rhabdomyolyse. Et il s’agit d’un risque dose-dépendant, donc probablement lié à la molécule ou à son mode d’action. D’où l’importance de ne pas associer les deux types de traitement et de l’interrompre en cas d’apparition de cet effet indésirable », explique Nicholas Moore.
Autre effet indésirable, le diabète.
L’apparition d’un diabète de type 2 serait l’effet indésirable sérieux le plus fréquent à long terme. Cette association est, comme pour les myopathies, dose-dépendante et donc attribuable à la statine qui est associée à une légère augmentation de la glycémie. Ce risque a été montré dans les essais cliniques et confirmé par cinq méta-analyses. L’incidence serait de 50 à 100 nouveaux cas pour 10 000 personnes traitées pendant 5 ans, selon The Lancet, et ce phénomène surviendrait surtout chez les patients en surpoids, obèses et/ou présentant un syndrome métabolique. « Néanmoins ce risque est intégré dans les calculs d’efficacité des statines et ne remet donc pas en cause le bénéfice individuel et collectif chez les patients à risque. De sorte que l’arrêt de la statine ne doit pas être automatique en cas de survenue d’un diabète qui augmente encore le risque d’accident cardiovasculaire », estime Nicholas Moore. Enfin, ce risque n’est pas associé à une statine particulière et ne doit pas influencer le choix de la statine la plus adaptée au profil de risque du patient.
Quels autres risques ?
Le troisième effet indésirable à long terme, est la survenue d’un accident vasculaire hémorragique estimé à 5 cas à 10 pour 10 000 patients traités 5 ans, d’après The Lancet. Les auteurs notent cependant que la prise de statine est associée à une diminution des AVC d’origine ischémique, ce qui, en quelque sorte, « contrebalancerait » ce surrisque hémorragique. D’autres risques ont été évoqués : démence, cataracte, atteinte rénale. Mais à ce stade, de nombreux facteurs confondants ne permettent pas de conclure. « Le suivi, à long terme, de centaines de milliers de patients permettra d’en savoir plus et peut-être de trouver d’autres effets indésirables rares », conclut Nicholas Moore.
*« La Vérité sur le cholestérol », Cherche Midi Editions ;« L’Horrible vérité sur les médicaments anticholestérol », Thierry Souccar éditions.
NOTRE EXPERT
Nicholas Moore, professeur de pharmacologie clinique au CHU de Bordeaux.
À RETENIR
• Le bénéfice des statines en prévention secondaire dépend du niveau de risque de chaque individu et de la baisse du LDL cholestérol obtenue.
• Dans le cas de la prévention primaire, le bénéfice ne serait pas significatif et la Haute Autorité de santé reconnaît un recours abusif aux statines dans ce contexte.
• Le risque de rhabdomyolyse a une faible incidence. Il est dose dépendant et probablement lié à la molécule ou à son mode d’action.
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