Gare aux risques oculaires des antipaludéens de synthèse

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Publié le 29 mars 2008
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On savait déjà que la prise prolongée d’antipaludéens de synthèse (APS), dans le traitement des maladies inflammatoires rhumatismales ou en automédication chronique du paludisme (expatriés), exposait à un risque de rétinopathie sévère pouvant aboutir à la cécité. La thèse* que vient de soutenir une jeune consoeur devant la faculté de Nantes est plus alarmante encore. « Ces effets secondaires sont connus mais ont certainement été sous-estimés jusque-là car l’hydroxychloroquine et la chloroquine restent prescrites malgré la mise sur le marché de nouveaux traitements en rhumatologie », explique Anne Chiffoleau, directrice de thèse, praticien hospitalier au centre régional de pharmacovigilance de Nantes. Le problème est d’autant plus grave que la rétinopathie se développe d’abord sans signe perceptible. Lorsque les symptômes (baisse de l’acuité visuelle progressive, gêne à la lecture) se manifestent, ils ne sont pas spécifiques, surtout chez les sujets âgés, et sont donc négligés. Mais ils traduisent déjà une altération grave de la rétine. Dans 59 % des cas, le diagnostic est posé au stade sévère avec lésions définitives !

Facteurs de risque connus

Par quels mécanismes apparaissent les effets indésirables ? Mystère… Mais les facteurs de risque sont en revanche clairement identifiés : plus de 65 ans, exposition de plus de 5 ans aux APS, doses supérieures ou égales à 6,5 mg/kg/jour pour l’hydroxychloroquine et à 3,5 mg/kg/jour pour la chloroquine, antécédents de troubles de la vue, anomalies rénales et hépatiques (majorées par des traitements associés). Le pharmacien se doit donc d’être vigilant au moment du renouvellement des ordonnances de Plaquenil et de Nivaquine ou devant des demandes spontanées.

Pour prévenir ces rétinopathies, plusieurs mesures sont nécessaires : 1° Informer sur leurs symptômes, d’apparence banale mais potentiellement graves. 2° Interroger sur les antécédents visuels et médicaux (rein, foie…). 3° Analyser les traitements et détecter les médicaments hépatotoxiques ou néphrotoxiques. 4° Orienter vers un ophtalmologue tous les 18 mois (pas de facteurs de risque) et au moins une fois par an (si facteurs de risque). Ce dernier conseil s’avère essentiel en termes de santé publique

* Aurélie Guillet : « Atteinte oculaire induite par les antipaludéens de synthèse, la rétinopathie aux APS ».

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