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Question de principe(s) !
Le principe de précaution est partout ! C’est le concept à la mode, et c’est probablement justifié.
Qu’il s’agisse d’environnement (réchauffement climatique, ondes radio des antennes ou des portables) ou d’alimentation (OGM, vache folle), il s’est introduit dans le droit français comme dans le droit européen pour nous protéger de risques potentiels. Car la différence majeure entre principe de précaution et prévention se situe dans cette notion de risque : risque potentiel lorsqu’on parle de précaution et risque avéré lorsqu’on parle de prévention. Mais la frontière est vraiment ténue, puisque dépendante des connaissances scientifiques en perpétuelle évolution. Ce qui était « potentiel » hier ne pourrait-il pas devenir « avéré » demain, pour peu que l’état de nos connaissances évolue ?
Car en matière de santé aussi, le principe de précaution tend à s’imposer. On parle désormais de sobriété thérapeutique dans la prescription des médecins. Les crises sanitaires (Mediator, Levothyrox) sont passées par là. Et on paraît, enfin, s’attaquer aux accidents médicamenteux, beaucoup trop nombreux malheureusement, notamment auprès des seniors. D’ailleurs, il est intéressant de noter le nouvel intitulé de notre ministère de tutelle : après bien des dénominations, on parle aujourd’hui de ministère de la Santé et de la Prévention. Enfin ! Il était temps que nos élites se rendent compte de l’échec patent d’une politique centrée sur le curatif et la prescription médicamenteuse à tout va.
Place à la prévention
Et ce changement radical dans la stratégie de santé est une excellente chose pour le pharmacien d’officine. D’autant que son métier connaît une profonde (r)évolution, tant dans les pratiques professionnelles que dans son modèle économique.
Durant des décennies, le pharmacien est resté dans l’enceinte de son officine où il s’est tenu debout, et s’est restreint à des actes de comptoir (« devant »), qu’il s’agisse de dispensation d’ordonnance ou d’actes de vente directe. Désormais, avec l’avènement d’une pharmacie de services, plus clinique et donc centrée sur le patient, le pharmacien d’officine change de posture : il quitte son comptoir pour migrer dans une zone de confidentialité (« derrière ») où il est maintenant assis. Face au patient, cette attitude nouvelle d’éducateur de santé l’amène à toujours plus d’empathie, en faisant parler le patient de son traitement et de sa maladie. A cet égard, l’art du questionnement, avec notamment la maîtrise des questions ouvertes (celles qui font parler), est un prérequis. Encore faut-il disposer du temps nécessaire et suffisant pour mener à bien ces entretiens et autres bilans…
Question rémunération aussi tout change ! En tous les cas pour ce qui concerne la large partie d’économie administrée, c’est-à-dire ce qu’on appelle traditionnellement le « remboursable ». Le pharmacien, qui avait toujours vécu de la marge commerciale réalisée entre ses achats et ses ventes, bénéficie maintenant d’honoraires divers et variés. Le tout dans un périmètre très contraint… Car le trou de l’Assurance maladie est toujours plus abyssal !
Malade et maladie
Et à y regarder de plus près, le pharmacien d’officine se retrouve en toute première ligne dans les missions nouvelles qui traduisent la volonté politique d’aller vers le patient et de favoriser les actes de prévention. Schématiquement, on peut découper les actes de prévention en trois grands volets.
La prévention primaire, c’est lorsqu’il n’y a ni malade ni maladie. C’est le principe même de la vaccination. Domaine dans lequel on a vu l’apport précieux des pharmaciens de ville, tant pour la vaccination antigrippale que contre le Covid-19. Dès lors, il était logique que le ministère de la Santé – et de la Prévention ! – attribue aux pharmaciens d’officine d’autres vaccins à prescrire et à administrer, toujours dans l’optique d’améliorer des taux de couverture vaccinale peu satisfaisants (diphtérie, tétanos, coqueluche, polio, hépatites A et B, papillomavirus humain ou HPV, etc.).
Il faut s’arrêter sur le cas du cancer du col de l’utérus, qui touche encore en France plus de 3 000 femmes chaque année, dont 1 000 décèdent de cette pathologie. Les pays qui se sont engagés très tôt dans une politique vaccinale contre le HPV, tels que le Royaume-Uni et l’Australie, ont obtenu des résultats édifiants : on y a pratiquement éradiqué ce type de cancer !
La prévention secondaire, c’est lorsqu’il n’y a pas encore de malade et que la maladie est déjà présente, mais silencieuse. Comme dans le cas de l’hypertension artérielle. C’est le domaine du dépistage ou du test à visée diagnostique. Voici une voie dans laquelle le pharmacien d’officine peut désormais largement s’impliquer :
– délivrance du kit de dépistage du cancer colorectal ;
– proposition de dépistage d’une infection urinaire ;
– test rapide d’orientation diagnostique de l’angine.
Autant d’actes qui permettront une prise en charge anticipée du patient et qui éviteront la « perte de chances » pour les patients concernés.
La prévention tertiaire, enfin, lorsqu’il y a à la fois malade et maladie, et qu’il s’agit d’éviter les récidives. Mais aussi de s’assurer de l’observance du traitement et de sa non-iatrogénie. Les entretiens pharmaceutiques thématiques (antivitamine K, anticoagulants oraux directs, antiasthmatiques, anticancéreux par voie orale) et les bilans partagés de médication du patient âgé polymédiqué trouvent ici toute leur place.
Dans ces trois cas de figure illustrant des actes de prévention, la nouvelle convention pharmaceutique donne au pharmacien d’officine l’opportunité d’intervenir et d’accompagner efficacement son patient. Et de montrer que son rôle de gardien avancé de la santé publique est désormais bien concret. Assurément de quoi renommer le pharmacien d’officine préventologue !
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