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Quand la population se mobilise pour « sa » pharmacienne
Les habitants de Juvigny-les-Vallées, dans la Manche, préfèrent voir disparaître une pharmacie, plutôt que de voir partir leur pharmacien. Appréciée de ses patients, Véronique Martin, 46 ans, tente de racheter l’officine où elle exerce en tant que gérante, à la suite du décès du titulaire. Récit des faits.
CLa cession d’une pharmacie sous gérance après décès est toujours compliquée pour les héritiers du titulaire qui doivent vendre dans les 2 ans, délai au terme duquel la licence devient caduque. Dans ce genre de transactions, il est très difficile de vendre au prix du marché. A plus forte raison si l’officine en question réalise 700 000 € de chiffre d’affaires (CA) et n’offre pas de perspectives de développement évidentes. C’est la situation dans laquelle se trouve la pharmacie de Juvigny-les-Vallées (Manche) qui perdra sa licence le 5 juillet si elle n’est pas reprise.
Pourtant, Véronique Martin ne demande qu’à reprendre la suite. Ayant quitté la région parisienne avec sa fille de 4 ans, elle est arrivée en juillet 2017 pour occuper, au moins provisoirement, le poste de gérant qu’elle occupe depuis, car le titulaire venait de décéder. « Dès le début, les patients m’ont demandé de rester », précise-t-elle.
En août 2017, Catherine Bedel, conjointe du titulaire décédé, met en vente l’officine auprès de 3 agences de transactions. Aucun acheteur ne se présente. « 40 % du CA de la pharmacie est réalisé par les ordonnances de patients de plus de 80 ans et il n’y a pas de renouvellement de la population », livre en guise d’explication Véronique Martin, qui décide pourtant de s’intéresser au rachat de l’officine en février 2018. Elle obtient alors le consentement de la cédante. « Le maire a organisé une réunion tripartite en mars qui a permis de s’entendre sur les différents éléments de la transaction : 60 k€ pour le fonds de commerce, 40 k€ de stock et 90 k€ pour l’achat des murs par la mairie. »
Véronique Martin commence alors son périple auprès des banques. « J’ai contacté trois banques de la région (pour un prêt de 58 k€), la CERP Rouen (agence de Saint-Lô) et l’association “Initiatives-Pays de la Baie” pour l’obtention d’un prêt d’honneur de 10 k€, pour lequel j’ai dû monter un dossier auprès de la Chambre de commerce et d’industrie, passer un oral devant des chefs d’entreprise, des banquiers et des gens de la société civile. A l’issue de cet entretien, un chef d’entreprise m’a dit qu’il ne croyait pas en mon projet car je n’arriverai pas à revendre mon officine et donc ne ferai pas de plus-value. Je lui ai répondu que j’en étais consciente mais que réaliser une plus-value n’était pas mon but. » Malgré le scepticisme de ce membre du jury, la gérante obtient son prêt d’honneur.
Une population au soutien indéfectible
Le 3 avril 2019, le compromis de vente doit être signé entre les différentes parties prenantes mais la cédante annule le rendez-vous, se rétracte et décide de vendre à la dernière minute à une pharmacienne de Vire (Calvados) dont le conjoint est préparateur. Un compromis est signé 2 jours plus tard avec ce nouvel acquéreur, à conditions de prix identiques. « Le lendemain, ma mine défaite a attiré l’attention de deux ou trois de mes patients qui ont décidé d’agir, en dehors de ma présence, et j’ai appris qu’aidés d’autres personnes ils faisaient du porte-à-porte sur cinq des sept communes de Juvigny pour organiser un rassemblement ayant pour slogan “Pas de pharmacien autre que Véronique à Juvigny” », raconte-t-elle.
Le 6 avril, un premier rassemblement de 350 à 400 personnes se tient devant la mairie puis devant la pharmacie. Un second rassemblement de 250 personnes le 13 avril fait même se déplacer France 3. Le maire, présent, annonce le retrait des acquéreurs qui, devant le soutien de la population, préfèrent jeter l’éponge. D’autant que les articles se succèdent dans la presse régionale. « Cette mobilisation des Juvignais pour me défendre m’a sincèrement étonnée », confie Véronique Martin. Reste encore à concrétiser.

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