L’ibuprofène toxique aussi pour les filles in utero

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Publié le 10 février 2018 | modifié le 28 décembre 2024
Par Yolande Gauthier
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L’Agence nationale de sécurité du médicament l’a déjà rappelé à de nombreuses reprises, l’ibuprofène ne doit pas être administré à compter du début du 6e mois de grossesse. Le risque d’atteintes rénales et cardiopulmonaires, parfois irréversibles voire mortelles pour le fœtus et/ou le nouveau-né, est en effet connu. Le Centre de pharmacovigilance de Nord-Pas-de-Calais a même rapporté l’an dernier un cas de fermeture prématurée du canal artériel chez un fœtus après la prise unique de 400 mg d’ibuprofène par une femme enceinte de 8 mois.

Mais ne faudrait-il pas proscrire complètement le traitement par ibuprofène pendant toute la durée de la grossesse ? La question n’est pas anodine. En mars 2017, une étude de l’Inserm a établi que la molécule pouvait, chez l’animal, entraîner des atteintes testiculaires in utero. Une nouvelle étude, publiée dans Human Reproduction, met en évidence une action néfaste sur le développement des ovaires chez les filles. Les chercheurs ont utilisé des fœtus âgés de 7 à 12 semaines, obtenus auprès de femmes ayant pris l’AINS 2 à 6 heures avant une IVG légale. Ils ont d’abord trouvé des concentrations allant de 0,4 à 14 µmol/l dans le sang de cordon ombilical après ingestion de 400 ou 800 mg d’ibuprofène. La molécule passe donc la barrière placentaire. Les chercheurs ont ensuite exposé les tissus ovariens à des doses de 10 à 100 µmol/l d’ibuprofène pendant 2, 4 ou 7 jours. Ils ont observé une diminution de la croissance des cellules ovariennes et un plus fort taux de mort cellulaire. Les effets induits par deux jours d’exposition à la molécule n’étaient pas réversibles après 5 jours d’arrêt. Ces résultats invitent donc à la prudence quant à l’utilisation d’ibuprofène pendant le premier trimestre de grossesse. Pour préserver la fertilité des enfants à naître.§

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