HENRI CAUSSIGNAC DÉPISTE L’ANGINE À L’OFFICINE

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Publié le 8 mars 2014
Par Myriem Lahidely
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Près de trois mois après son lancement, la Pharmacie Caussignac s’est saisie du test de dépistage de l’angine à streptocoque. Son titulaire évoque un acte simple et apprécié des patients, mais pas encore reconnu par les payeurs. Il est parvenu à fédérer des confrères volontaires de son bassin de santé et compte faire valider cette nouvelle mission par les autorités de santé, résultats à l’appui.

Il n’a pas perdu de temps. Henri Caussignac s’est lancé dans le dépistage de l’angine à streptocoque en octobre dernier, soit quelques mois seulement après la parution de l’arrêté du 11 juin 2013 qui autorise cette pratique en officine. Déjà, dès la présentation du rapport Rioli sur la place des pharmaciens dans le parcours de soins, en 2009, le titulaire de Nègrepelisse (Tarn-et-Garonne) cogitait sur la première « nouvelle mission » à instaurer dans son officine. « Le dépistage de l’angine à streptocoque me paraissait simple à mettre en œuvre au plan technique, et adapté à toutes les officines quelle que soit leur taille », explique-t-il. Cette nouvelle pratique a pour objectif de limiter les consultations chez un généraliste et de sensibiliser les patients au bon usage des antibiotiques. « Selon des statistiques nationales, 80 % des cas sont négatifs », note le pharmacien. Il constate cependant que « certains médecins prescrivent d’office des antibiotiques. Or la recommandation générale est de ne le faire qu’en présence de streptocoques bêtahémolytiques de type A ». Non traitée, cette infection peut entraîner de graves complications telles que des rhumatismes articulaires aigus et certaines atteintes cardiaques.

Avant de lancer l’expérimentation, ce titulaire, conseiller ordinal de son département et adhérent de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), tablait sur l’adhésion d’une trentaine de confrères volontaires pour mener à bien le projet. « Nous les avons contactés par le biais du syndicat en nous concentrant sur le bassin de santé de Montauban. » Un bassin qui recense cinquante officines sur quatre-vingt-dix, au total, dans le département du Tarn-et-Garonne. « Dès le premier courrier, où le projet et la perspective d’une rémunération leur ont été présentés, vingt-huit pharmaciens ont accepté d’y participer. »

L’Assurance maladie ne reconnaît pas la pratique… et ne paie pas

Si le test est simple à réaliser en officine, les pharmaciens ont buté sur la question de la rémunération. « Elle s’est avérée être un écueil majeur, car cette mission n’est pas encore formalisée et ne dispose pas de code clé comme pour l’acte d’un dentiste ou d’un biologiste », déplore Henri Caussignac. Ainsi, l’agence régionale de santé (ARS) n’a pas voulu s’engager, pas plus que la caisse d’assurance maladie. A ses yeux, la démarche des officinaux n’est pas apparue comme une priorité. « Même si elle s’est montrée intéressée par nos résultats. » De plus, faute de reconnaître cette pratique à ce jour, la caisse n’a pas fourni les tests aux officines, comme c’est le cas pour les médecins. Par ailleurs, cette expérimentation sans vocation pluridisciplinaire ne correspondait pas aux projets régionaux de santé. « La délégation départementale a fini par trouver le projet intéressant, mais elle ne disposait pas de crédit », précise le titulaire. Dans ses démarches, il avait pris soin de se déplacer de manière systématique avec le président départemental du syndicat. D’autant que le projet, qui a suscité le mécontentement du syndicat des médecins ORL, était susceptible de déplaire aussi aux généralistes. « Nos échanges ne sont pas toujours simples et nous craignons leurs réactions. Mais l’arrêté du 11 juin 2013 autorise ce dépistage en officine et l’officialise. Quant aux médecins ORL, ils ont sûrement autre chose à faire que de prélever des streptocoques ! »

Restait comme interlocuteur privilégié l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) des pharmaciens. « Nous comptions d’abord sur l’aval de l’ARS, qui aurait permis une reconnaissance plus globale de la profession. Au final, seule l’URPS a accepté de nous financer sur son budget », pointe Henri Caussignac. Soit une somme globale de 10 000 € pour couvrir la totalité du projet, comprenant l’achat de 500 tests auprès d’un répartiteur et la formation obligatoire et préalable des titulaires et des adjoints. D’une durée d’une heure, cette formation est assurée par une professeur en microbiologie de la faculté de Toulouse. La dotation comprend également la rémunération de l’acte, qui s’élève à 10 € net. Le test, réalisé selon le protocole de la Haute Autorité de santé (HAS), est gratuit pour les patients. Il s’adresse essentiellement aux enfants de 3 à 15 ans présentant les symptômes d’angine. « Les enfants de moins de 3 ans sont rarement concernés par les angines bactériennes », relève le pharmacien. Pour les patients âgés de plus de 15 ans, la HAS recommande le recours au score de Mac Isaac*.

Un questionnaire à deux volets

En pratique, le résultat s’obtient en cinq minutes. « Alors qu’il faut deux ou trois jours dans un laboratoire et avec le même taux de réussite », fait observer le pharmacien. Le test, qui demande une dizaine de minutes au total, consiste à faire un prélèvement au niveau des amygdales et de l’arrière-gorge avec un écouvillon, puis à l’analyser à l’aide de réactifs dans un tube à essai jetable. Le dépistage s’effectue avec l’appui de deux questionnaires. « Le premier, réalisé à la fin du test, concerne son aspect pratique. Le second, mené dix jours plus tard par téléphone, fait un point sur des données plus médicales pour savoir si les patients sont allés consulter et s’ils ont pris des antibiotiques. » Le titulaire centralise tous les questionnaires et les factures émanant des pharmaciens, l’URPS les rémunérant sur la base indiquée, au terme de la période expérimentale. « La généralisation du dépistage et de son mode de rémunération fait partie des négociations en cours. » Une évaluation était prévue à mi-parcours. « Les retours sont plutôt positifs, autant de la part des pharmaciens que des patients, rassurés par le résultat quasi immédiat et le sentiment d’une meilleure prise en charge. »

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A ce jour, plus de 150 tests ont été réalisés, allant de 7 à 8 par pharmacie en moyenne, avec un maximum de 30. « Ceux qui n’ont pas pratiqué de test l’expliquent plus par manque de candidat que par manque d’implication. » Et l’hiver en cours n’a pas donné lieu à une recrudescence d’angines. Le projet vise à réaliser 500 dépistages, qui seront transmis aux instances nationales pour analyse. Il donnera également lieu à une thèse, celle de Maxime, adjoint de l’officine.

* Ce score issu des recommandations de la HAS s’appuie sur cinq questions valant un point par réponse positive (âge, présence de fièvre, ganglions, amygdales augmentées, absence de toux). Le test doit être pratiqué lorsque le score est supérieur à 2 points.

Henri Caussignac en 4 dates

• Juillet 2001 Diplômé de la faculté de Toulouse.

• 2002 Installation à Nègrepelisse (Tarn-et-Garonne).

• 2008 Transfert de l’officine sur son site actuel, à l’entrée du bourg.

• Octobre 2013 Mise en place de l’étude pilote sur la détection de l’angine à streptocoque.

Si vous avez envie d’essayer

Les avantages

• Simple à mettre en œuvre.

• Initier une démarche clinique vis-à-vis des patients.

Les difficultés

• Chronophage.

• On est tributaire de l’effectif de l’équipe.

• Posséder un espace de confidentialité, selon l’obligation réglementaire.

Le conseil

Concernant la rémunération, il serait préférable d’attendre une décision officielle, évitant que cette nouvelle mission ne soit pratiquée gratuitement à l’échelle nationale.

L’AVIS DE L’ÉQUIPE

« Les patients ont le sentiment d’une meilleure prise en charge et l’acceptent plutôt bien, observe Anne-Laure. C’est un peu la suite de nos enseignements sur la chimie. » Selon l’adjointe, « le temps d’attente amène à un échange avec le patient et cela passe mieux ». Laetitia ne peut pas pratiquer le dépistage, selon les termes de l’arrêté. Mais la préparatrice souligne qu’il est « un moyen de faire plus que de vendre des boîtes au comptoir. Lorsque le patient revient satisfait et vous le dit, c’est gratifiant ». C’est tout de même mieux que de l’entendre parfois affirmer, une semaine plus tard, que le médicament conseillé n’a servi à rien…