L’immuable baisse

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Publié le 5 décembre 2015
Par Francois Pouzaud
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En 2014 et sur la première partie de 2015, l’activité des officines n’a pas enregistré de rupture fondamentale par rapport aux tendances des années antérieures. Elle est orientée à la baisse, essentiellement sous l’effet de diminutions de tarifs des médicaments remboursables décidées par les pouvoirs publics.

Quelle que soit la typologie des officines, la part des ventes de médicaments remboursables (TVA à 2,10 %) diminue, passant de 78 % du chiffre d’affaires global en 2013 à 76,65 % en 2014. Ce constat n’est pas surprenant et s’inscrit dans la lignée de l’essoufflement de l’activité enregistrée ces cinq dernières années.

Les baisses de prix sur les médicaments remboursables, devenues éternellement reproductibles, les déremboursements et la baisse sur les prescriptions expliquent ce recul. Sans oublier le tassement de l’effet de structure (transfert des prescriptions vers des produits plus chers) estimé à 85 M€, qui compense de moins de moins l’impact des baisses de prix sur l’activité.

Les données IMS-Pharmastat-FSPF arrêtées à fin juillet 2015 sur 12 mois glissants sont sans surprise : l’activité globale des officines est en (légère) baisse de 0,3 % à 32,9 Md€. La tendance varie peu en cumul depuis janvier 2015 (– 0,2 %). Plus précisément, les ventes en valeur de médicaments remboursables enregistrent un nouveau recul de 1,4 % sur un an en se référant toujours à la même période (contre 1,1 % en 2014) et de 1,5 % sur les 7 premiers mois de l’année 2015. Le passage à la nouvelle rémunération n’a pas accéléré la dégradation de l’activité. L’activité remboursable a, il est vrai, augmenté au cours des premiers mois de l’année, portée par les pathologies hivernales. Néanmoins, « c’est la quatrième baisse consécutive du chiffre d’affaires remboursable depuis 2007 », remarque Philippe Besset, vice-président de la FSPF.

Les ventes de médicaments non remboursables n’atténuent toujours pas le choc lié aux coupes drastiques sur ce poste. Mais elles n’aggravent plus la situation. En effet, en 2014, elles avaient reculé en valeur de 5,3 %, représentant alors 7,26 % du CA officinal. Sur les 12 derniers mois à fin juillet, le reflux n’est plus que de 0,6 %. Il y a même un léger mieux puisque les ventes sur les 7 premiers mois de 2015 sont repassées dans le vert (+ 1,6 %). « Cette croissance en trompe-l’oeil provient du déremboursement des antiarthrosiques d’action longue type Piasclédine », relativise Philippe Besset.

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Les rurales très affectées par les baisses de prix

Autre constat qui saute aux yeux : les pharmacies dont l’activité régresse deviennent largement majoritaires : 58 % enregistrent une évolution négative. Corollaire : seulement 42 % parviennent à juguler les baisses de prix par des leviers de croissance. Rien que les baisses de prix sur la classe des IEC et des sartans au cours du premier trimestre 2015 ont été particulièrement douloureuses pour le CA des officines. Elles ont été diversement ressenties compte tenu des différents profils de pharmacies et de la structure de leurs ventes.

Les pharmacies rurales de zones agricoles enregistrent la perte moyenne par officine en pourcentage du CA prescrit la plus élevée, celle-ci flirtant avec les 0,9 %. Mais la perte en CA, de 1 926 € en moyenne, est pondérée par l’effet taille.

La perte moyenne de CA la plus forte en valeur est à mettre à l’actif des officines de centres-villes de grandes métropoles (– 3 258 € en moyenne).

« Toutes proportions gardées, ce sont les officines rurales qui sont les plus pénalisées car ce sont elles qui possèdent le plus fort pourcentage de patients chroniques, commente Philippe Besset. En concentrant les baisses de prix sur ces catégories de produits, le gouvernement envoie les pharmacies rurales dans le mur. »

IL A CONTRIBUÉ À CE NUMÉRO

Patrick Bordas, expert-comptable, responsable national du réseau professions de santé chez KPMG

Patrick Bordas Expert-comptable, responsable national du réseau professions de santé chez KPMG

Rémunération officinale : la salade russe !

Ce matin, au marché, le prix moyen des légumes est de 3 € le kilo. Avec cette information, comment peut faire un cuisinier pour élaborer ses menus ? Quel rapport avec les officines ? C’est pareil pour les titulaires avec le nouveau modèle de rémunération : on connaît la rémunération officinale en valeur, mais on ne sait pas dire comment elle se construit. En effet, les comptes des officines qui seront arrêtés dans le courant de l’année 2015 seront une addition de ventes faites selon l’ancien modèle en vigueur en 2014 et le nouveau, en place depuis janvier 2015. Et il faudra attendre début 2017 pour disposer de comptes comparables sur deux exercices complets.

La complexité ne s’arrête pas là, puisque, dès le 1er janvier prochain, les honoraires de dispensation passent à 1 € par boîte, les taux de marge baissent. Depuis août 2014, les remises sur génériques sont plafonnées à 40 %, des baisses de prix sont intervenues et d’autres sont annoncées par le PLFSS 2016 à hauteur de 550 M€. La ROSP va être revue à l’initiative de la CNAM.

Les officines doivent être sous monitoring afin de réagir à temps aux changements à venir. Il est donc important de se doter d’outils de pilotage adaptés : budget prévisionnel, compte de résultat mensuel, analyse de la marge.