La pasteurellose

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Publié le 10 septembre 2011 | modifié le 18 août 2025
Par Nathalie Belin
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Qu’est-ce que c’est ?

La pasteurellose est due à une bactérie du genre Pasteurella (bacille Gram négatif) qui est présente dans les sécrétions des voies aériennes supérieures et la salive de nombreux animaux (oiseaux, ruminants, chiens, chats, rongeurs…).

Ces bactéries sont également présentes dans le milieu extérieur : elles survivent 2 mois dans des carcasses d’animaux enfouies dans le sol.

Comment se transmet la maladie ?

• Le plus souvent par inoculation suite à une morsure ou griffure d’un chat ou d’un chien. Le risque est d’autant plus grand que la morsure est profonde.

• La contamination peut se faire aussi par léchage d’une peau lésée, plus rarement par piqûre de végétaux ou d’outils contaminés (résiste 7 à 25 jours dans l’eau et 3 à 4 semaines dans le sol si l’atmosphère est humide).

• Il existe aussi quelques cas de contamination par inhalation dans des locaux hébergeant des animaux infectés. Certaines activités professionnelles sont à risque : vétérinaires, éleveurs, personnel d’abattoir… C’est une maladie professionnelle indemnisable.

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Quels sont les signes cliniques chez l’homme ?

• La présence d’une Pasteurella est évoquée quand des signes d’infection apparaissent moins de 12 heures après morsure ou griffure.

• La symptomatologie est dominée par la douleur. La plaie est œdématiée, rouge, avec parfois écoulement de sérosités et de pus. La fièvre est inconstante.

• En l’absence de traitement peuvent survenir des adénopathies locales, une lymphangite, des arthrites de voisinage, un phlegmon des gaines des fléchisseurs des doigts… Sur terrain fragilisé (cirrhose…) ou immunodéprimé, des formes septicémiques avec localisation secondaire viscérale sont possibles.

• Des complications tardives ont été décrites : manifestations articulaires, syndrome algodystrophique au niveau du membre atteint.

• Le diagnostic est avant tout clinique : rapidité des signes cutanés, disproportion entre la douleur et l’importance de la plaie. La bactérie peut être mise en évidence sur un prélèvement de la plaie ou sur hémoculture.

Et chez l’animal ?

• Les animaux porteurs sont le plus souvent asymptomatiques. La maladie se développe chez les animaux affaiblis et/ou soumis à des conditions d’hygiène défectueuses. Le plus souvent, il s’agit d’infections respiratoires ou d’abcès (en particulier chez le lapin, le chien, le chat…).

• De manière générale, les animaux (même de compagnie) doivent être suivis régulièrement par un vétérinaire et il est nécessaire de mettre en place de bonnes conditions d’hygiène. Il n’existe pas de vaccin.

Quel est le traitement ?

• L’antibiothérapie repose sur l’amoxicilline. En cas de contre-indications à l’amoxicilline, on peut recourir aux céphalosporines (type céfuroxime), à la doxycycline (au-dessus de 8 ans) ou à une fluoroquinolone (au-dessus de 15 ans). La durée du traitement est de 7 à 10 jours dans les formes non compliquées.

• En pratique, l’association amoxicilline-acide clavulanique est souvent préférée en première intention pour la prévention et le traitement des infections liées aux morsures d’animaux (en raison d’une activité sur la plupart des bactéries en cause).

• En parallèle : vérification du statut vaccinal vis-à-vis du tétanos, estimation du risque de transmission de la rage.

Quelle prévention ?

• Orienter vers un médecin lorsque le risque d’infection (après morsure ou griffure) paraît élevé : patients immunodéprimés (y compris diabétiques, personnes âgées…), morsures profondes, suspicion de fractures, morsures du visage…

• Laver la plaie et les tissus avoisinants à l’eau et au savon, retirer les éventuels corps étrangers. Rincer et bien sécher avant d’appliquer un antiseptique. La précocité de ces gestes d’hygiène semble diminuer le risque d’infection.

• En cas d’apparition d’un œdème chaud et douloureux, consulter rapidement un médecin.

LES CHIFFRES

• En France, on dénombre 100 à 150 cas pour 1 000 000 d’habitants et par an.

• Les morsures de chien se surinfectent dans 1 cas sur 5, celles de chat dans 1 cas sur 2.

• On compte entre 5 et 10 cas de maladies professionnelles reconnues par an en France.

• Quatre espèces sont principalement en cause : Pasteurella multocida, P. dagmatis, P. canis, P. stomatis.

Sources : « Prévenir les infections liées aux morsures de chien et de chat », Prescrire, mars 2011, tome 31, n° 329 ; Fiche zoonose « La Pasteurellose » et guide Eficat, www.inrs.fr ; « Mordu ? » Pierre Frances, Roland Briche, La Revue du praticien, tome 25, n° 853, janvier 2011.