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« Il faut faire de la pharmacie une destination où l’on se rend par envie »

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Publié le 10 novembre 2012
Par Laurent Lefort
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La troisième convention internationale des pharmaciens organisée par la division Cosmétique Active de l’Oréal (Vichy, La Roche Posay, Inneov, SkinCeuticals, Sanoflore, Roger & Gallet) s’est déroulée à Lisbonne du 3 au 5 octobre. L’occasion d’un échange, avec la présidente « worldwide » de la division.

LE MONITEUR : Quel est l’impact de la crise mondiale sur le secteur de l’hygiène et de la beauté ?

BRIGITTE LIBERMAN : Globalement le secteur continue à progresser mondialement, y compris pour la dermocosmétique (près de + 3 % en CA à fin juillet). En Europe, il y a des disparités importantes entre le Nord et le Sud. L’Espagne et la Grèce ont un marché négatif. La Scandinavie est positive. La France évolue sur une tendance à + 3 % à fin juillet.

Comment les différentes marques de la division se comportent-elles ?

Je ne vais pas vous donner les résultats marque par marque, mais deux constats peuvent être faits : nos marques « surperforment ? » le marché à + 6 % et on constate que les plus petites marques ont des croissances plus fortes que les grosses. Elles ont bien sûr un périmètre plus restreint. Il n’empêche : Sanoflore, Roger & Gallet et SkinCeuticals vont plus vite que les autres.

Sanoflore qui a eu des débuts que l’on peut qualifier de laborieux…

Je confirme ! On a beaucoup travaillé ces deux dernières années sur la sensorialité des textures et parfums. Travail difficile avec des ingrédients naturels et bio, notamment pour le parfum. Mais on a trouvé le chemin : on a embauché un nez, on a revu toutes nos formules, nos packagings, notre image. Nous proposons désormais un bio glamour qui recrute plus largement.

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Quelles sont les idées déjà en place dans d’autres pays européens qui seraient facilement adaptables en France ?

Des « smartbox » par thématiques, dans lesquelles on peut trouver des conseils, des échantillons, des invitations à des soins, voilà une idée pas compliquée à adapter et décliner en fonction de sa clientèle.

Des bars à textures sont également développés dans certains pays. En France, l’une des faiblesses des pharmacies est le manque d’émotion, d’envie, de plaisir, la difficulté à découvrir les textures. Il faut faire de la pharmacie un lieu de santé positive et de bien-être et pas seulement un lieu où l’on rentre quand on est malade.

Et un concept de magasin éphémère comme on a pu le voir en Italie à l’occasion d’une animation « solaire » ?

Très bonne idée aussi à partir du moment où la démarche est réfléchie et intégrée dans un planning, à raison de 3 ou 4 fois par an. Cet événementiel est un moyen de créer rupture et effet de surprise.

Vous avez évoqué les faiblesses, quelles sont les forces de la pharmacie française?

La double proximité du pharmacien et de la pharmacie. Et l’expertise. Le pharmacien est une personne de confiance, y compris dans la beauté. Les pharmaciens n’affirment pas assez cette expertise, leurs valeurs, leur métier. Pourtant, le contact est facile, la relation si privilégiée qu’elle en est presque intime.

La réalité est-elle à la hauteur de ce joli tableau ?

Pas assez. Il faut l’enrichir avec un conseil encore plus expert. Par l’éducation, la formation. Il faut accompagner d’avantage les patients pour les faire revenir. A un moment où le « digital » opère une révolution, ces valeurs sont à développer dans un lieu physique qui doit être plus agréable, plus ouvert et positif.

Comment les cosmétiques vont-ils trouver leur place dans une profession qui se recentre sur son cœur de métier ?

Prendre soin de sa peau, c’est prendre soin de sa santé. De nombreux soins sont déjà complémentaires des traitements. La cosmétique de santé peut améliorer la qualité de vie, l’efficacité de certains traitements et même leur observance.

L’indépendance farouche des pharmaciens français est-elle un atout ou un frein ?

Si la question est « Et si demain le capital s’ouvrait, seriez-vous intéressés ? », la réponse est non. Ce n’est pas notre cœur de métier.

Donc, pas de pharmacie L’Oréal demain ?

Nous sommes avant tout aux côtés des pharmaciens pour travailler sur la pharmacie de demain. Pharmacie que j’imagine surtout comme le contraire d’un lieu de maladie… Un centre de bien-être complet, prenant en compte les préoccupations du consommateur.

Pas du patient ?

Non, il faut raisonner au sens large. Il y a une multitude de patients chroniques, on ne va pas leur dire toute leur vie qu’ils sont malades Ce sont des consommateurs de biens de santé. Et les pharmaciens sont les plus légitimes pour leur apporter des réponses globales, y compris en matière de soin de la peau et des cheveux. Cela fait partie de leur ADN. Je suis très positive sur l’avenir de ce métier.