La listériose

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Publié le 22 juin 2013
Par Nathalie Belin
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Qu’est-ce que c’est ?

La listériose est une maladie à déclaration obligatoire en France due à Listeria monocytogenes, bactérie couramment répandue dans l’environnement (sol, plantes, eau, animaux). Il existe une recrudescence de la contamination au printemps et à l’automne. Les cas sont soit sporadiques, soit collectifs. La maladie reste rare en France mais la mortalité est importante et les séquelles neurologiques également. Le délai d’incubation peut aller jusqu’à huit semaines.

Comment se fait la contamination ?

La contamination se fait essentiellement par voie digestive. Les aliments susceptibles d’être contaminés sont essentiellement les fromages au lait cru, la charcuterie, la viande hachée, les poissons fumés. Elle se fait parfois via les ustensiles ménagers contaminés. Il n’y a pas de transmission interhumaine.

Le diagnostic repose sur l’isolement et la culture de la bactérie dans un liquide biologique (hémoculture ou liquide céphalorachidien).

Quels sont les signes cliniques ?

Chez le sujet sain (immunocompétent) : l’infection peut passer inaperçue ou engendrer une gastroentérite aiguë : fièvre, nausées, vomissements, diarrhée aqueuse. La guérison est généralement spontanée en quelques jours.

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Les immunodéprimés sont plus à risque de développer des formes invasives : méningite (fièvre, céphalées, raideur de la nuque) ou méningoencéphalite (signes neurologiques : troubles de la conscience, convulsions, paralysies…), septicémies.

Qui est à risque ?

Les sujets de plus de 65 ans, les femmes enceintes, les nouveau-nés, les patients immunodéprimés (patients transplantés ou atteints de maladies hépatiques ou d’un cancer, séropositivité au VIH, patients sous corticoïdes ou immunosuppresseurs…).

Chez la femme enceinte, l’infection peut guérir spontanément mais une forme invasive de listériose peut être très grave pour l’enfant à naître : mort in utero, accouchement prématuré, infection néonatale (7 % des infections néonatales). L’enfant peut présenter une détresse respiratoire, une cyanose, une atteinte multiviscérale puis, plus tardivement, des atteintes méningées graves.

Quel est le traitement ?

Gastroentérite fébrile : chez un sujet sain, le traitement est symptomatique (antipyrétique, antiémétique, antidiarrhéique…). Chez un sujet immunodéprimé, l’amoxicilline per os est indiquée si les symptômes sont toujours présents au moment de la confirmation du diagnostic.

Formes invasives : elles justifient l’hospitalisation et la mise en route d’une antibiothérapie, plus efficace si elle est instaurée rapidement : amoxicilline à forte dose en IV durant 3 à 4 semaines éventuellement associée à un aminoside, gentamycine (durant quelques jours seulement en raison de la toxicité rénale et auditive). Le cotrimoxazole ou la rifampicine sont utilisées en 2 intention.

Chez la femme enceinte, une fièvre inexpliquée conduit à mettre en route une antibiothérapie orale par amoxicilline sans attendre les résultats de l’hémoculture. Si le diagnostic de listériose est confirmé, l’hospitalisation s’impose et l’amoxicilline est poursuivie par voie injectable pendant 15 à 21 jours. Un relais par voie orale est parfois proposé jusqu’à l’accouchement.

EN PRATIQUE

La bactérie résiste au froid et à la congélation mais elle est sensible à la chaleur. Certaines mesures sont recommandées aux personnes à risque :

• éviter la consommation de fromages au lait cru et de fromages vendus râpés, de poissons fumés, coquillages crus, surimi, tarama, graines germées crues (soja, luzerne…) ;

• les produits de charcuterie (pâtés, rillettes, jambon…) peuvent avoir été contaminés après cuisson : préférer les aliments préemballés qui présentent moins de risque de contamination que ceux à la coupe ;

• cuire à point les viandes et les poissons, réchauffer systématiquement les restes d’aliments ;

• enlever systématiquement la croûte des fromages ; laver fruits, légumes, herbes aromatiques consommées crus ;

• respecter les règles habituelles d’hygiène alimentaire : lavage des mains, nettoyage régulier du réfrigérateur, vérifier les dates limites de consommation.

Sources : BEH, hors-série, mai 2012 : « Surveillance de la listériose humaine en France, 1999-2011 » ; Info-Patients Prescrire : « Prévenir la listériose durant la grossesse », juillet 2011 ; Prescrire : « Listériose maternelle et néonatale : poursuivre l’information », février 2010 ; Pilly E., Maladies infectieuses et tropicales, Ed. Cmit Vivactis 2012.