Troubles du sommeil chez l’enfant : quelle place pour la mélatonine ?

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Troubles du sommeil chez l’enfant : quelle place pour la mélatonine ?

Publié le 2 septembre 2025
Par Ophélie Milert
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[QUESTION DE COMPTOIR] La maman de Lehna demande si un spray de mélatonine pourrait aider sa fille de 12 ans, un peu stressée par la rentrée des classes, à améliorer son sommeil. Éléments de réponse.

En France, la mélatonine est présente dans trois catégories de produits : médicaments, préparations magistrales et compléments alimentaires. Hormone sécrétée naturellement la nuit, elle joue un rôle clé dans l’endormissement. Face aux troubles du sommeil pédiatriques, beaucoup de parents recherchent une solution rapide, souvent perçue comme « naturelle ». En pharmacie, l’offre de compléments alimentaires à base de mélatonine s’est multipliée avec pour certains un usage possible chez les plus jeunes. Pourtant, les autorités sanitaires ne recommandent pas l’utilisation de la mélatonine chez l’enfant en dehors d’un cadre médical strict.

Les compléments alimentaires

En France, la commercialisation de compléments alimentaires contenant moins de 2 mg de mélatonine par jour est autorisée. Deux allégations de santé sont reconnues : « atténue les effets du décalage horaire » à partir de 0,5 mg et « réduit le temps d’endormissement » à partir de 1 mg.

Cependant, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a déconseillé dès 2018 la consommation de mélatonine chez l’enfant et l’adolescent, en raison des incertitudes sur ses effets sur d’autres hormones, qui pourrait interférer avec le développement pendant l’adolescence. Elle précise également que les effets endocriniens de l’administration à long terme de mélatonine chez les enfants et les adolescents sont inconnus.

Par ailleurs, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a constaté, dans une étude menée en 2021 sur l’appropriation des recommandations de l’Anses, la présence de mentions contradictoires avec les préconisations de l’Agence nationale et notamment l’usage possible chez l’enfant. Ces résultats menant la DGCCRF à renouveler l’appel à la vigilance des consommateurs les plus sensibles identifiés par l’Anses.

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Les médicaments avec AMM pédiatriques

L’absence de recul sur la sécurité à long terme, la possibilité de perturber le rythme circadien et la variabilité individuelle incitent à la prudence quant à l’utilisation de la mélatonine en pédiatrie. Les troubles du sommeil de l’enfant doivent d’abord être pris en charge par des mesures d’hygiène de vie, puis, si nécessaire, par une évaluation médicale.

Il existe des situations où la mélatonine sous le statut de médicament peut être utilisée chez l’enfant, sur prescription médicale. C’est le cas de Slenyto, indiqué chez les enfants de 2 à 18 ans présentant un trouble du spectre de l’autisme et/ou des troubles neurodéveloppementaux associés à une sécrétion diurne atypique de mélatonine ou à des réveils nocturnes fréquents. De même, chez les enfants et adolescents de 6 à 17 ans souffrant d’insomnie liée à un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), lorsque les mesures d’hygiène du sommeil se sont révélées insuffisantes. Adaflex peut également être prescrit dans cette dernière indication.

Sources : avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la mélatonine, 2018 ; communiqué de presse concernant les compléments alimentaires à base mélatonine de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, 2022.

Conseils aux parents

Au comptoir, des mesures peuvent être promues :

  • rappeler aux parents que les compléments alimentaires à base de mélatonine ne sont pas destinés aux enfants ;
  • conseiller en priorité les mesures d’hygiène du sommeil : rituels réguliers, environnement apaisant, limitation des écrans, alimentation adaptée ;
  • orienter vers le médecin en cas de troubles persistants ou sévères.